Je me suis arrêtée de courir au bout de 21km, en arrivant au point de ravitaillement, j’ai pris un quartier d’orange que j’ai savouré comme si j’en découvrais la saveur, émerveillée. Je venais d’achever une première boucle en revenant sur Bastille par Daumesnil, en passant par l’esplanade du château puis l’hippodrome de Vincennes et la porte de Charenton-le-Pont, enfin Paris et à nouveau la foule compacte venue encourager les coureurs. Le peloton par vagues successives me dépasse pour s’engouffrer vers les quais tandis que je m’esquive sur le bas-côté, je n’ai pas le courage d’affronter le labyrinthe du bois de Boulogne. Il me faudra trouver les ressources nécessaires pour l’envisager dans quatre mois et être prête à endurer la seconde boucle lorsque le départ de mon marathon sera donné à la lisière du bois. La sueur me pique les yeux et le soleil me brule les tempes, je visualise la ligne d’arrivée et je me rends compte que j’en suis encore à me demander si la présence de quelqu’un qui m’attende de l’autre côté de la course aurait suffit seule à me pousser jusqu’à franchir la ligne. De fait, ce n’est pas le cas, j’ai franchi la ligne par deux fois sans passer le cap d’un temps de marathonienne me permettant de ne plus seulement me contenter des félicitations des autres, jamais encore je n’ai couru la distance sous le cap des quatre heures, je ne sais pas si j’en serai capable en août, je le sais encore moins depuis que j’ai cessé de courir une fois franchi le vingt-et-unième kilomètre, certes j’ai progressé en vitesse, reste à tout prouver en endurance. Au moins, tant que je me prenais un tant soi peu la tête avec mes grands délires d’endurance, je pouvais me lâcher la grappe par rapport à mon inquiétude sur la permanence des relations, pensais-je, mes atermoiements quant au lien à la grande magicienne qui devait partir bientôt. C’est ce que je pensais oui, en toute sincérité, seulement s’il en allait de même pour l’effort physique et les sentiments, je serai inscrite dans un club du cœur pour savoir aimer mieux. Non, elle ne m’a pas moins manquée à partir du moment où elle a commencé à préparer son prochain voyage et où j’ai initié ma propre préparation à ce sacro-saint marathon en août, elle ne m’a pas moins manquée les jours où elle ne répondait pas avec le même empressement qu’avant à mes messages du matin, à celui du soir avant d’aller me coucher et lorsque j’osais encore la déranger pour savoir si elle était rentrée sans encombre par les routes givrées, en espérant aussi me rapprocher de la prochaine fois en prenant de ses nouvelles, sans réclamer. A aucun moment elle ne m’a moins manquée, j’ai continué à arpenter les rues de Paris jusqu’à me perdre dans mes propres repères et éprouver mon étrangeté dans ces quartiers pourtant familiers à une rue près, pourvu seulement que je ne me perdre pas en elle, je la perdrais alors. Comme je perds le fil de ce rêve que j’ai fait et où nous marchions ensemble, mais vers où, l’ai-je jamais su. Je m’accroche en cherchant comment choisir la meilleure nuance de couleur, le mélange fera le reste, on ne peut pas tout prévoir au moment où l’on voudrait tout lâcher.

            Je peux me sentir très souvent patauger et déraper comme si je débarquais sur la Lune, je donne tous les signes d’une terrestre pour ne rien laisser paraître, surtout pas doux Jésus, et parfois je n’évite pas les questions sottes pour meubler, le commentaire creux qui vole dans l’air comme une mouche, sans faire avancer la conversation, juste pour rester sur le qui-vive. Tout sauf le vide. Je redoute toujours ce moment où il n’y aura plus rien à se dire, rien du tout, je ne le sais pas encore mais ce pourrait être le commencement de la discussion réelle, de constructifs et sains échanges, sans perspective de fuite où dérapage de tout espoir à l’horizon, et pour cela c’est en moi qu’il me faut taire.

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