Je n’ai aucune envie d’aller courir, encore moins dans la boue, mais pas le temps de réfléchir, elle m’offre ma première frontale et je ris de me trouver aussi stupide avec ce bonnet sur la tête. Le départ est donné à 18h tapantes et le trajet mène à la forêt via une montée rapidement avalée par laquelle nous quittons la ville pour plonger dans une boue grasse et copieusement salissante, je n’ai toujours pas couru après 3km, je ne sais pas par quel miracle je tiens debout, je patine. Pas elle, qui s’est élancée dès le départ dans le peloton de tête à l’assaut d’une forêt qui semble n’avoir aucun secret pour elle, je ne l’aperçois bientôt plus devant et je reconnais ce sentiment, l’admiration pour quelque chose que je ne saurais pas faire, ni aussi bien et surtout pas du tout, plus je l’imagine progresser et moins je ressens le besoin de continuer moi à faire semblant, j’enjambe d’un coup un buisson pour cesser de patiner, je n’y avais pas réfléchi, c’est déjà fait. Nous nous retrouvons, ma frontale mon sens de l’orientation et moi-même, en pleine forêt, derrière moi j’entends encore les cris et jurons d’un troupeau de coureurs en pleine débâcle, face à moi le fuseau lumineux que j’oriente comme je peux pour me frayer un chemin vers une lisière dont je ne sais ni elle se trouve ni à quoi je pourrais la repérer, j’entends une petite voix intérieure en train de commenter cette aventure saugrenue à quelques kilomètres seulement de la ville, oui mais dans quelle direction maintenant, c’est le silence et je souffle de soulagement. Bientôt, le temps tout de même d’avoir envisager de déterrer un ou deux sapins pour les décorer devant le poêle en rentrant si jamais j’avais la chance de rentrer un jour, j’entends des voitures, la civilisation n’est donc plus si loin et avec elle une ligne d’arrivée où je vais pouvoir l’accueillir, il ne manquerait plus que j’arrive après elle en lui racontant mon faux raccourci dans la nuit et je n’aurais plus aucune chance de décorer aucun sapin ni de profiter du poêle, tout le temps de mon escapade improvisée sous une lune plutôt discrète ce soir-là, je pense à son arrivée et au récit que je lui ferai de sa proposition à la rejoindre au départ de cette course. Une fois, je me suis perdue dans la forêt chez ma grand-mère, située à quelques centaines de mètres, nous étions sorties à plusieurs kilomètres de là totalement excitées parce que se perdre dans la forêt est un fantasme d’enfant, inconscientes de l’inquiétude des adultes à notre sujet. Soudain, un sentier me mène à une départementale, guidée par le bruit des voitures j’ai le choix de prendre sur ma gauche ou sur ma droite, c’est drôle parce que sur le trajet dans la voiture elle m’avait précisément dit qu’il n’était pas possible de faire le chemin à pied, tu m’étonnes, me voici donc en train de prendre sur ma gauche le virage qui mène espérons-le à Penchard. Une ou deux voitures nous doublent, ma frontale mon sens de l’orientation et moi-même, sans que je ne suscite plus d’inquiétude que cela, je pourrais tout aussi bien être à la recherche de mon renard ou d’une biche par cette belle nuit sans étoile, au loin je distingue le panneau qui indique que la route sort de Penchard, je suis sauvée et je me presse pour retourner sur la place, on annonce le premier coureur sous l’arche d’ici une dizaine de minutes, je n’ai plus qu’à l’attendre parmi les autres spectateurs en train de se réchauffer autour de la soupe faite maison.

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