3h59, c’est ce que j’ai entendu dans mon oreillette alors que j’arrivais au stand des pom-pom des Front Runners, pailletés et endimanchés comme jamais, un vrai marathon festif. La journée enfin arrivée du marathon de Paris avait bien commencé puisque j’étais parvenue à m’endormir facilement après une après-midi entière de répétition pour le concert prévu le lendemain à 20h, je devais rejoindre la chorale vers 15h, dans quel état ça je ne le savais pas. Le réveil n’avait pas encore sonné et j’étais déjà debout à 5h50, à peine un degré dehors. Le rendez-vous pour la photo de groupe en haut des Champs-Elysées avait été fixé à 7h45, le départ de mon sas était prévu à 8h40 et je me voyais franchir autour de 13h la ligne d’arrivée. J’avais en tête le 41e kilomètre et le fameux stand des pom-pom des Front Runners dont je fais à présent partie et dont les encouragements seraient l’apothéose de la course aujourd’hui. Contrairement à mon départ au mois de novembre à Athènes, je savais que je finirai le marathon, je ne savais pas encore que la même douleur allait compliquer le parcours, au même endroit et au même moment, j’étais plutôt confiante et motivée sur la ligne du départ. Celui-ci est donné avec un quart d’heure de retard, que de monde en plus chaque année pour un marathon ouvert à tout le monde sans tirage au sort, Paris va vibrer au son des 49155 coureurs qui vont battre le pavé sous un soleil levé à présent dans un ciel bleu vif, immaculé. Première nouveauté, le parcours s’engage vers l’Opéra Garnier à partir de la rue de Rivoli pour effectuer une boucle autour de l’édifice avant de poursuivre vers Bastille, les 5 premiers kilomètres sont avalés en deux temps trois mouvements et je n’ai ressenti aucune panique en m’élançant parmi des milliers de foulées différentes de la mienne, l’harmonie règne encore. Faubourg Saint-Antoine, non seulement je reconnais une rue perpendiculaire qui part chez ma sœur, mais surtout je l’aperçois elle, en tenue de course, je lui fais des signes et elle me voit. Regonflée de joie au huitième kilomètre, je m’engage sur la montée jusqu’à Daumesnil qui me paraît facile par rapport aux années précédentes où j’y avais trouvé une première difficulté, les kilomètres continuent à s’égrener rapidement et au onzième je reconnais un coureur du club posté porte Dorée. Le parcours est balisé de rencontres qui donnent du baume au cœur toujours plus, ainsi qu’une motivation redoublée à chaque nouveau visage familier. Nous entrons dans le bois de Vincennes, je garde ma bouteille d’eau à la main entre chaque stand de ravitaillement, le temps se réchauffe tout doucement, on arrive au tiers du parcours. Je me souviens avoir décidé l’année précédente d’en rester au semi alors que je franchissais péniblement le 17e kilomètre, je me souviens aussi m’être mise à marcher à ce même point lors de mon tout premier semi, cette fois-ci je passe le cap sans essoufflement et je m’apprête à voir le premier stand de pom-pom du club un peu après le 18e kilomètre. Je retire enfin le sweat qui servait à me tenir chaud, je vois au loin nos supporters colorés danser, je suis fière. Je passe devant eux tout sourire, je me sens en forme et motivée, nous revenons sur Paris. Le semi arrive plus vite que prévu, je suis étonnée d’entendre ma montre sonner chaque nouveau kilomètre sans qu’il ne se passe une éternité entre chacun, pourtant je commence à décélérer. C’est en franchissant les rails du tramway porte de Charenton que je la sens d’un coup, impitoyable et vicieuse, la douleur au genou, la même qu’au marathon d’Athènes, je panique. J’ai prévu de finir ce marathon, je ne m’attendais pas à retrouver cette ancienne sensation de paralysie, pourtant je reconnais l’impression d’avoir le genou broyé à force d’insister sur l’appui gauche, je sais que la douleur va finir par passer, du moins je ne la sentirai plus, je sais aussi qu’en attendant je vais devoir souffrir et que nous abordons seulement le 22e kilomètre.

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