Je retourne nager, je profite des nocturnes pour gagner quelques mètres sur chaque ligne et je me rends compte que personne n’est sensé savoir que je ne sais pas nager, peut-être même ne suis-je pas la seule dans ce cas, je continue ainsi à prétendre nager mon crawl. L’appréhension est moins grande et le plaisir commence à s’immiscer dans ma séance piscine. La veille, lors de la sortie longue en direction des guinguettes, je me suis même surprise à envisager la Marne comme un bassin de nage, le temps s’y prêtait, le soleil resplendissait. J’avais juste manqué le départ du groupe en arrivant trois minutes en retard, il avait fallu m’initier à un semblant de course d’orientation depuis le bois de Vincennes jusqu’à Joinville-le-Pont en passant par le mauvais côté de Nogent-sur-Marne pour retrouver les autres en pleine accélération alors que j’avais tout donné pour tenter de les rattraper au plus vite. Décidément cette préparation marathon n’en finissait pas de me fuir, bref nous nous évitions. J’ai pourtant d’autant plus profité de cette sortie ensoleillé sur une vingtaine de kilomètres que nous l’avions déjà initiée en octobre dernier au moment où je souffrais d’un nerf coincé dans la zone sciatique suite au déplacement de mon bassin, la faute aux nouvelles semelles, j’avais du alors abandonner les autres et me traîner seule vers le métro le plus proche en tremblant. Comme un parfum de revanche au moment de franchir une ligne imaginaire d’arrivée au bois.

La sortie longue suivante est restée cloisonnée au bois de Vincennes, dont j’ai pu découvrir l’immensité à travers les vingt-deux kilomètres de parcours prévus, depuis l’échauffement qui nous a emmené d’une porte à l’autre du terrain, jusqu’aux accélérations sur un cercle de deux kilomètres à proximité du lac, en passant par le travail final en côte aux abords du cimetière. J’étais à peine remise des courbatures liées aux exercices de crawl, je clôturais la semaine en beauté après un entraînement intense de fractionné le mercredi dans le club organisateur de mon premier triathlon, rien à voir avec ce que j’avais éprouvé jusqu’ici dans mon propre club. L’échauffement s’était étiré sur trois kilomètres autour du lac au lieu de deux tours de stade, puis nous avions enchainé par une préparation physique générale approfondie, avant quelques accélérations sur cent mètres, alors seulement la séance de fractionné avait pu commencer. J’ai gardé de telles courbatures de cet entraînement, que je n’ai rien pu donner à la séance de fractionné du lendemain, prévue sur 1200m et 1800m, je me suis bornée à faire un footing sans allure spécifique, je suis restée constante, incapable que j’étais d’accélérer un minimum, changer quoi que ce soit à ma foulée, c’est comme si je courais au ralentis en décomposant. En revanche, j’ai retrouvé du plaisir dès le lendemain à la piscine en avançant toujours mieux dans mes lignes de crawl, il n’y avait personne en cette fin d’après-midi du vendredi, premier jour de mars. J’observais les quelques autres nageurs crawler dans les lignes voisines en cherchant à les imiter sur plusieurs mètres. Du temps et de l’entraînement, ne rien lâcher.

2 réflexions sur “Trois éternités #39

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