Et j’ai clopiné, clopiné jusqu’au château de Vincennes, situé à deux kilomètres droit devant, j’en voyais une tour se distinguer nettement dans les arbres et me narguer de sa hauteur tandis que j’avançais dans l’allée, sous le soleil, je tremblais de partout, nerveusement. Les gens se promenaient tranquillement en prenant le temps, c’était dimanche, j’étais au maximum d’une tension remplie d’inquiétude, proche du découragement total. Quelle idée de vouloir me remettre d’une fracture du bassin en enchaînant les marathons, pourquoi ne pas abandonner et faire comme le reste du monde, m’adonner à la détente, lâcher. « Raindrops on roses », j’ai cette chanson qui me vient en tête alors que je cherche le soleil, « Girls in white dresses with blue sashes », ces petites choses auxquelles on se raccroche, parce qu’autour de soi tout pourrait s’écrouler quand s’effrite le fragile espoir de reconstruire, « These are a few of my favorite things », il suffit parfois de peu de chose pour ne pas baisser les bras définitivement, la caresse d’une brise ou le sourire d’une inconnue, le souvenir d’un ciel plus dégagé qu’ailleurs en Uruguay ou le souvenir d’un fou-rire qui ne voulait pas passer, le crépitement des oignons qui dorent dans une poêle ou les premières notes du dernier tube. Dès le lendemain, je prends rendez-vous avec une kinésithérapeute qui écarte l’hypothèse d’un nerf coincé, au mieux je souffre d’une lésion musculaire, rien d’étonnant dans le cadre d’une préparation sportive plus intense et à seulement deux mois de dernier marathon couru, au pire une tendinite de la hanche, dans ce dernier cas il me faudrait respecter un repos strict. Le même soir, je me rends à une séance de shiatsu prévue de longue date, je m’y suis intéressée parce que cette pratique japonaise est centrée sur l’équilibre des flux corporels, le contexte ayant changé je suis prête à croire au miracle, au rééquilibrage de mon bassin même. J’arrive et me soumets à un interrogatoire de circonstance sur mon mode de vie, mes blessures et ma motivation pour ce rendez-vous, puis je m’allonge sur le futon, je cherche à me détendre en regardant par la grande baie-vitrée, la masseuse me demande de fermer les yeux. Moi qui m’attendais à une série de pulsions actionnées par les pouces pour faire circuler l’énergie et capter les éventuelles tensions mais il n’en est rien, il ne se passe pas grande chose sinon que j’entends des bruits d’allumette et je sens une odeur d’encens et une chaleur. Mais il ne se passe toujours rien, bientôt la séance est finie, je me relève, plutôt très perplexe. Ce n’est qu’en rentrant chez moi que je découvre, comble de ma désillusion, que j’ai oublié ma ceinture chez la praticienne. Non seulement aucun miracle n’a opéré, mais en plus je me trouve démunie du seul accessoire dont je ne me sépare quasiment pas, l’arnaque est qualifiée. La masseuse, amusée par l’anecdote, parlera du fameux « gant oublié », insinuant par là que je n’avais qu’une hâte, retourner chez elle pour passer une autre séance à ne rien faire du tout. Au lieu de cela, ma ceinture et moi nous sommes attelés à tout faire pour nous reposer. J-30.

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