J-9. Je reçois en détail le programme et le parcours du marathon d’Athènes un matin. Ils ne prennent pas la course historique à la légère, l’organisation est rodée au millimètre près. Le marathon historique d’Athènes est connu pour ne pas être parmi les plus plats du monde, mais il faut s’en rendre compte sur la carte pour réaliser à quel point le dénivelé sera constant. Sur les sept premiers kilomètres d’échauffement, une fois quittée la ville de Marathon, le trajet commence par un plat plutôt rassurant en début de course, mais c’est pour mieux nous préparer au faut plat qui enchaîne jusqu’au vingt-cinquième kilomètre, sans trêve ni autre option que courir toujours plus loin jusqu’à arriver dans le dur du parcours où ça grimpe pour de bon avec une belle et incontournable côte qui nous mène, pour les plus braves, au trente-deuxième kilomètre. Un car attendra ceux qui auront abandonné avant la côte, du jamais vu. Au sein de la chorale, la cheffe n’a de cesse de nous répéter que pour atteindre une note plus aiguë que les autres, il faut la penser basse, la tête légèrement inclinée vers le bas, faire un geste de la main qui descend pour visualiser une descente plutôt qu’une montée trop difficile. Une telle astuce peut-être mise en pratique pour la course, au moment où j’aborde une côte dont l’ascension me paraîtrait compliquée ? Je m’imagine en train de dévaler une pente les bras balans et le corps parfaitement détendu, alors qu’en réalité je m’appuie presque de tout mon corps sur mes genoux à chaque pas pour ne pas m’arrêter totalement et laisser tomber. Non bien sûr, la stratégie ne fonctionne pas, la douleur dans l’effort et son intensité l’importe. Rien ne sert de penser le dénivelé négatif pour positiver et mieux fuir la souffrance, celle-ci finira par revenir au galop au prochain kilomètre, accompagnée d’une désillusion plus grande encore au moment de réaliser que le plus dur reste toujours à courir, jusqu’au dernier mètre. Le grand Zatopek allait jusqu’au culte de la souffrance dans l’effort, peut-être qu’en allant la chercher de manière offensive, il subissait moins ses assauts aux premiers signes de fatigue. Pour sa part, le français Mimoun avait l’habitude de s’insulter lorsque la menace de ralentir ou d’abandonner se faisait sentir, une autre façon d’expérimenter sa propre présence en se regardant courir, le chrono dans une main et le fouet dans l’autre main, prêt à servir au besoin. De mon côté, les quarante-huit heures de prescription après la séance d’ostéopathie étant écoulées, je peux m’octroyer une sortie pour tester les effets de ce premier rendez-vous, d’emblée je me sens plus en confiance parce que la douleur persistante a été définie enfin et qu’en tant que telle, elle n’est plus mon ennemie mais au contraire une alliée pour apprendre à être au plus prêt des sensations physiques et rester à l’écoute d’éventuelles alertes à venir. Dehors, il fait beau, un grand soleil balaye la rue et l’air s’est adoucit depuis la Toussaint, l’animation m’emporte comme pour me ramener à la vie, toujours à la même case départ.

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