Un soir, nous nous sommes posées à la Petite Porte, elle voulait m’offrir un cadeau et m’a demandé de fermer les yeux, c’était le dernier Paul Auster et moi je me souviens surtout avoir gardé les yeux fermés tellement longtemps, un temps infini, j’y voyais clair, je voulais un baiser. Comme les indiens qui pensaient qu’on volait leur âme en les prenant en photo, elle a vol mon âme en embrasant une image de moi que je n’aurais donné à personne d’autre, j’étais soumise. Je n’avais qu’une seule façon de savoir que je comptais pour elle, c’était de ne pas dire au-revoir, elle s’en offusquait au plus haut point, ainsi elle me revenait comme Eurydice à Orphée, nous bravions la nuit qui devait nous séparer pour prolonger le jour et sa lumière par nos discussions illuminées des heures entières au téléphone, nous délirions et nous nous déclarions, c’était chaque soir comme une Renaissance imprégnée de génie, d’originalité et de folie, furieusement nous projetions à nous deux sur l’écran de nos nuits blanches un nouvel Eden. Nous ne décidions rien, nous désirions tout, seule la lumière du jour avait autorité sur nos cœurs, tant qu’il faisait jour nous pouvions danser à son rythme, le plus lentement possible pour veiller, nous avions inventé un pas de danse qui dégageait le ciel au-dessus comme une piste de dancing. Bientôt, je n’ai plus eu besoin de fermer les yeux pour la voir, elle était avec moi partout tout le temps et nous passions nos vacances ensemble alors qu’elle aurait dû me manquer à en crever, je n’avais plus besoin de la lumière ni du jour, tout du moins je le croyais, elle était avec moi. Le jour croise la nuit mais ils ne s’embrassent pas sinon il y aurait un jour, une nuit, une autre nuit, puis à nouveau le jour, et le jour encore une fois, puis la nuit et la nuit, rimes embrassées. Avec LUX nous avons permis au jour d’embrasser la nuit, nous réinventions la nuit à la lumière de nos illuminations, tandis que le jour se poursuivait pour nous dans une marche sans horizon, seule comptait l’envie de rester ensemble le plus longtemps possible parce que nous savions elle et moi qu’il suffisait qu’un instant la lumière vienne à s’évanouir entre nous pour que notre relation périclite sans qu’elle et moi ne sachions y suppléer que ce soit en mots, en acte, en rien.  J’avais de plus en plus de mal  me réveiller le matin parce que la lumière du jour ne faisait plus effet sur moi, il me fallait sa présence pour me sortir de ma torpeur et me permettre d’ouvrir les yeux, y voir clair, pouvoir raisonner un minimum, sans elle je titubais et ne faisais que grogner, rapidement ma dépendance a commencé à inquiéter autour de moi, on ne dénigre pas le soleil aussi facilement ni la révolution ancestrale de la Terre pour imposer soudain la lumière propre de son amour pour quelqu’un qui n’éclaire personne d’autre que moi, je n’y voyais plus clair.

Nous n’avons jamais laissé se faire jour nos intentions dans ce que nous vivions de cette relation qui ne disait pas son nom parce que ni l’une ni l’autre ne voulions briser la magie que nous avions créé à croire que nous jouions avec la lumière alors que c’est elle qui s’amusait de notre inventivité lorsqu’il s’agissait de la faire perdurer comme d’allumer le feu pour la première fois, ou de feindre l’éteindre à jamais pour pousser l’autre à réagir en menaçant d’une extinction des feux s’il ne se passait rien d’intense, d’aussi intense que le lever du jour, le coucher du soleil. Nous nous sommes embrassées un soir dans l’endroit le plus obscur de la Terre toute entière, parce qu’il ne fallait pas non plus que la lune et les étoiles de la nuit disent au jour que nous n’avions plus besoin de la lumière du jour pour vivre, j’avais besoin de rester toujours étonnée.

6 réflexions sur “LUX #2

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