Sur le tapis rouge, cela ne se voit pas devant la caméra et encore moins de dos, je rampe. Le soleil, le sel et le vent ont eu raison de mon énergie au bout de six heures et cinq minutes d’effort, que dis-je de triple effort, cinq petites minutes qu’évidemment j’aurais voulu éviter. Seulement voilà, j’ai toujours un peu de mal à trouver mon souffle dans les premières minutes de mise à l’eau même si je ne panique plus, j’ai sans doute encore trop tendance à admirer le paysage défiler devant moi et cela sans regret, enfin je me suis arrêtée aux deux derniers ravitos. Toujours est-il que j’ai fait mieux que l’année dernière et avec un bonheur décuplé parce que je savais où je mettais les pieds, j’avais déjà mes repères sur le remblai, j’étais un peu chez moi. Le réveil n’a pas eu besoin de sonner à quatre heures du matin, j’étais déjà en train d’énumérer toutes ces petites tâches mises bout à bout dans l’ordre le plus efficace et qu’on appelle logistique, j’ai ouvert la fenêtre et les premières mouettes m’ont souhaité beaucoup de courage. Je suis arrivée dans un silence total au parc à vélo pour 5h30 et au moment d’en franchir l’entrée, le speaker nous souhaite le bonjour, je me dis que j’étais alignée, il enchaîne par une interview en direct de Charlène Clavel, du club des Sables d’Olonne, qui finira sur la troisième place du podium, je m’y reprends à deux fois pour gonfler les pneus de mon vélo, tout le monde arrive. Nous sommes quelques centaines à présent à marcher vers la plage tandis que le ciel décline toutes les nuances chaudes des couleurs orange et rouge, c’est un spectacle fascinant, unique. Il est 6h34 lorsque le speaker prend à son tour le micro, c’est le numéro de mon dossard, 634. Une heure plus tard, le départ est donné à mon groupe d’âge et le goût salé de la mer me donne des frissons de joie, la bouée qui marque le virage vers le chenal me paraît cette année moins loin et lorsque je me trouve entre les deux phares, je sais qu’il reste une longue ligne droite à parcourir sans réel besoin de regarder devant sauf à dévier, je peux donc nager en trois temps. Bientôt, la vague des hommes les plus jeunes aux bonnets roses nous rattrape, j’essaie de garder ma respiration et mon calme, ce n’est pas comme si je nageais dans le canal plein d’algues. Quand je sors de l’eau, je sais que le meilleur est à venir et, contrairement à l’année dernière, je trouve mon vélo tout de suite dans l’impressionnant parc à bolides, le temps est au beau fixe, c’est parti pour une série de faux plats sur tout le trajet, il faut relancer sans cesse, je me régale. Je ne peux pas ne pas me dire que j’aurais dû rouler davantage, retourner à Longchamp plus tôt et cesser d’appréhender les sorties vélo sur Paris sauf que la veille j’ai eu la bonne idée de m’abrutir devant un documentaire dénonçant la dangerosité de la circulation à Paris, voitures, vélos, camions et piétons confondus, sans parler de ces encombrants que sont les trottinettes. Un jour, j’irai habiter en bord de mer et je pourrai rouler directement en sortant de chez moi.

Photo : l’arrivée sous l’arche de l’Ironman 70.3 des Sables d’Olonne.

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6 réflexions sur “Vichy #5

  1. Ha oui!!!! C’est de la volonté autant que de l’abnégation… et je dirai même de la folie à vivre pour et par son propre corps…
    Effectivement, les sorties à vélo en milieu urbain s’apparentent à des préparatifs d’expéditions militaires sur plans et sur cartes pour éviter par exemple certaines avenues, certaines rues, certains ronds-points…
    Le trajet lui même relève du survivalisme militant et politique,
    Et chaque arrivée vivant à bon port, s’apparente à une victoire avec les honneurs…

    Aimé par 1 personne

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