La première fois. Ou devrais-je dire la fois d’après, celle qui donne au précédent tout son sens, la dimension inaugurale de quelque chose de possible et durable, ici et maintenant ? Si une aventure se résume à un simple épisode fortuit, alors une histoire devrait se distinguer davantage par l’épisode suivant, puisque la différence se fait au moment de la fois d’après qui vient confirmer et légitimer la première fois comme un véritable et potentiel commencement. Reste à savoir quelle fois d’après choisir pour qu’elle soit suffisamment significative de sorte à marquer la fin de l’aventure et son aboutissement, le début d’une histoire, une vraie histoire. Ou comment passer de l’exploration de l’inconnu à la conquête d’un territoire plus familier. Quoique. Il sera donc une prochaine fois. Sauf que celle-ci m’échappe si je regarde de plus près la trame de ma propre histoire, initiée à la faveur d’un sacré coup de baguette magique. J’étais loin d’envisager une première fois le soir où, en ignorant la présence d’une inconnue à chemise verte dans mon dos, je m’offre même le privilège inédit de vivre une fois pour rien.   La première fois pourrait correspondre à l’épisode du jean marron, sauf que je ne me sens pas concernée, pas sensément en tout cas. C’est déjà moins le cas lors du passage des yeux bleus. Il ne s’est rien passé, pourtant de mon côté le courant passe, comme un moment de flottement. Ou un patatrac cardiaque, selon. Rien de grave ni de conséquent, juste un joli moment auquel je ne m’attendais pas. Je suis restée assise plus d’une heure dans un gymnase, je vais pour saluer la grande magicienne à l’issue de son passage, tout le monde vient la saluer et je ferais mieux de passer mon tour, après tout qui suis-je pour aller la déranger, je la connais à peine. Je me surprends à continuer d’avancer droit vers elle, ça n’a aucun sens, il va encore falloir trouver quelque chose d’intelligent à dire et je commence à me connaître à ce petit jeu là. Autant se défiler. Mais non, j’avance encore, me voilà face à elle. Bravo, c’était très beau ! J’ai dit « Bravo » ? Pincez-moi, je rêve. Et ce n’est pas fini, je vais pour lui claquer la bise, forcément elle marque un temps d’arrêt, sans doute se demande-t-elle si j’ai remarqué la sueur qui perle sur son front et ses joues, mais oui j’ai même surpris une goute qui a suivi la scène. J’avais l’intention de lui faire la bise, à cet instant il ne s’est pas rien passé même si les faits sont anodins, j’ai voulu leur donner une symbolique certaine dont l’idée m’échappe probablement lorsque je quitte les lieux. C’est la fois d’après encore qui compte peut-être, toutes les fois d’après importent dorénavant. Il n’y a aucune première fois, mais je compte. Cette fois d’après par exemple, nous y voilà, j’ai été invitée, un événement. J’arrive lessivée, vannée, anéantie. Je repars de chez elle ressuscitée, excitée, riche de mille et une anecdotes, images et récits fous. Mais surtout j’arrive intimidée parce que je débarque en terrain inconnu, bref c’est l’aventure. Et je repars, certes à regret et très tard, mais conquise.

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