Il fait trois degrés. Le soleil est timide, la sortie vélo sera fraîche. Il faut sortir de l’hiver. J’ai beau savoir que l’on ne se réchauffe pas en roulant, je le découvre à nouveau chaque fois avec effroi, je dois commencer par lutter contre ce lent engourdissement des pieds et des mains pour trouver l’énergie d’avancer en attendant un ou deux degrés en plus. Je connais cette boucle qui longe le canal de l’Ourcq jusqu’à Claye-Souilly en passant par le sublime parc de la Poudrière qu’il faut traverser d’un bout à l’autre pour rattraper ensuite la Marne, que je n’avais que difficilement trouvée lors de ma dernière sortie en solitaire, je m’étais retrouvée en train de rouler sur une route nationale, klaxonnée. Aucun danger cette fois puisque la sortie est groupée et magistralement guidée par notre William international, qui prend la tête du peloton de cyclistes équipés comme des pros. Je me sens comme une touriste avec mon bonnet sous le casque, mes deux paires de chaussettes et ma double couche de polaires, j’ai surtout peur de ne pas tenir la cadence. Les quais du canal de l’Ourcq sont déjà très fréquentés à cette heure matinale, je slalome sans difficulté en restant dans la roue du cycliste me précédant, le trajet m’est familier. La traversée sous les arbres du parc de la Poudrière est grisante, j’aimerais rouler sur mon vélo de course plutôt que sur celui de route pour pouvoir mieux accélérer mais je ne le maîtrise pas encore assez pour assurer une sortie de 80km sur cet avion de chasse. Comment ne pas sauter le pas dans la préparation d’un triathlon longue distance en me raccrochant à des garde-fous par peur de ne pas parvenir à dompter puissance et vitesse.  La veille, j’ai nagé pendant une heure et une minute en alternant brasse coulée et crawl. Durant la semaine, le label Ironman m’envoie des challenges à remporter, je commence à me prendre au jeu comme s’il s’agissait d’un entraînement en club, pour autant j’ai bien conscience qu’il y a urgence, je devrais vite retourner aux entraînements, la base. Mais je continue à courir après les challenges, je parcours la distance d’un L en 7 jours. D’autres jours, il s’agit de courir pendant 40mn ou encore en sprint sur 4 miles (6,4km), de nager 1800m ou de rouler pendant 45mn, proposition d’entrainement calibré à la clé. Pourquoi suis-je aussi réticente à l’apprentissage et aux modes d’emploi, pourquoi ne suis-je pas capable d’aller chercher les conseils avisés et de les suivre, d’appliquer une recette ou lire le mode d’emploi d’un ustensile avant de le mettre à la poubelle, pourquoi. Après ma séance de natation, je pars courir pour assurer la transition la plus facile puisqu’elle n’existe pas dans le cadre d’un triathlon, je suis même détendue comme un bout de chewing-gum, je ne sens plus du tout mes jambes courir, seule l’odeur du chlore que je respire en transpirant me rappelle que je suis dans la recherche d’un certain effort. Je ne sors pas de ma zone de confort, j’accumule les minutes d’enchaînement par plaisir.

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