Je suis assise à la plage, ou plutôt au café La Plage, en face du lieu où j’ai pris le départ du triathlon de Paris il y a un bientôt presque un mois, format S.  Je suis rentrée hier de l’île, jour de fête nationale en Grèce, j’ai d’ailleurs été réveillée peu avant sept heures du matin par une fanfare dont je pensais qu’elle jouait devant la fenêtre de ma chambre tant l’acoustique du port est exceptionnelle et l’enthousiasme des musiciens convaincant. L’année dernière, ce même jour férié, le quartier de Mati connaissait l’un des plus importants incendies qu’ait connu Athènes. Situé en bord de mer, à quelques kilomètres du port de Rafina, le quartier a été ravagé par la catastrophe, les flammes ont fait plus de quatre-vingts victimes. Les rescapés se sont réfugiés dans la mer, à quelques dizaines de mètres seulement des rues, la plupart des habitants ont eu le réflexe de prendre leur voiture, ils sont morts asphyxiés dans l’habitacle. Le feu d’artifice était déjà lancé dans la soirée pour célébrer la fête nationale lorsque la nouvelle du drame est parvenue sur l’île de Tinos.

Lorsque je suis venue passer mes vacances quelques semaines plus tard, au mois de septembre, j’ai été confrontée à une première en Grèce, la grève des personnels naviguant sur les ferrys. Mon hôtel étant complet, et la situation politique semblant pour l’instant sans issue, j’ai réservé une nuit supplémentaire près du port de Rafina, dans le quartier de Mati. Je me souviens encore de l’odeur de brûlé, très fort, et de l’émotion en découvrant les paysages calcinés en arrivant à l’hôtel, la catastrophe se lisait entre les vagues de la mer, mais personne n’en parlait. Lorsque je suis allée courir le marathon d’Athènes le 11 novembre, les habitants de Mati étaient habillés de noir et avaient réalisé sur notre parcours une haie d’honneur, que nous avions traversé en les applaudissant, j’ai eu les larmes aux yeux. J’aurais préféré arrêter là ma course et retourner dans le port de Rafina, prendre le premier bateau pour Tinos. J’ai effectivement mis fin à ma course, mais parce que mon bassin s’était déplacé suite au port de nouvelles semelles qui étaient sensées corriger mon déséquilibre du bassin, la douleur était trop forte, j’allais vers la blessure, j’ai abandonné. Il m’a fallut plusieurs jours pour digérer cet échec. Le marathon d’Athènes était ma première course avec le club de course que je venais de rejoindre en juillet, j’étais fière d’être une Front Runneuse et je voulais le prouver. Je me suis alignée sur toutes les courses possibles, du 10km au trail, en passant par les semis et par la découverte du triathlon.

En avril, je finissais le marathon  de Paris, heureuse de passer devant le stand de mon club, à un mètre seulement de l’arrivée, c’était la seule motivation de ma course, les voir et qu’ils me voient en bonne voie cette fois-ci pour franchir la ligne d’arrivée. Une semaine plus tard, je participais au stage de triathlon. Je ne sais toujours pas comment j’ai eu cette idée étrange de m’initier à ce sport pluri-disciplinaire, moi qui n’avais jamais nagé de crawl et ne disposais même pas d’un vélo pour rouler dans Paris. L’apprentissage du crawl fut laborieuse, à un mois seulement de ma première participation à un triathlon XXS. La coach m’avait mise à la planche, je devais ensuite comprendre les mouvements de bras, la respiration et l’opposition, l’alignement et la coordination avec les jambes. J’ai failli abandonné là aussi, mais la motivation de franchir la ligne d’arrivée de ce triathlon organisé par Athletic Coeur de Fond l’emporta. Premier podium, chose incroyable, je finissais troisième de ma catégorie, plus décidée que jamais à en découdre avec le crawl et le vélo. J’adoptais Spring, un valeureux vélo de course mono-plateau avec qui j’affrontais les dénivelés des gorges de l’Ardèche et le vertige en haut des virages escarpés. Un mois plus tard, j’étais alignée sur mon premier triathlon format S, 750m de nage, 20km de vélo et 5km de course à pied sur un parcours de cross ou quasi. Contre toute attente, je n’ai pas paniqué au départ en groupe de la natation, j’ai trouvé mon rythme et alterné crawl et brasse coulée le mieux que j’ai pu, de fait je ne suis pas sortie dernière de l’eau. J’ai récupéré mon vélo dans le parc avec un sentiment de soulagement et sans forcer sur les deux boucles du parcours. C’est au moment de partir à la course à pieds que je me suis rendue compte de mon avantage sur d’autres concurrents en fin de parcours, pour ainsi dire. J’ai pu doubler ceux qui s’étaient distingué plus que moi à la nage et au cyclisme, Et je me suis juré qu’un jour, je finirais par rattraper mon retard sur le crawl et que je franchirai la zone de confort en vélo pour maîtriser toujours mieux les trois disciplines du triathlon. Et si possible au format M.

 

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