Enfin, O. et le projet d’un prochain voyage. Le retour d’une randonneuse peut en cacher un autre. Et il se trouve que celle qui m’avait initiée à la randonnée sur l’île l’année précédente a pour perspective la même destination au printemps. Larguer les amarres, le reste suivra. Lâcher de souvenirs, comme on laisse s’envoler des ballons pour les regarder s’éloigner au loin, défilé de saisons pareil à une succession de photos dont on ne sait plus pourquoi on les a prises en les examinant à nouveau.

 

Par exemple, la dernière fois que je l’ai vue à la répétition. Je ne m’attendais pas à ce qu’elle vienne, cela relevait du miracle. Je l’ai serrée dans mes bras devant tout le monde, j’étais en train de grignoter quelques amandes dont j’avais rapporté un sachet. Je revenais de Belleville, où j’étais allée féliciter la destinataire des cartes postales pour ses cinq années de clean. S. avait ramené un petit paquet de Haribo pour le pot après la répétition, je l’ai emporté chez moi en douce. Si je crois au miracle, pour autant je ne donne aucun crédit aux formules magiques, et le savant mélange d’amandes un soir et de bonbons Haribo le lendemain n’a jamais fait changer le cours d’aucune histoire, en tout cas pas la mienne.

 

La preuve. La dernière fois que je la raccompagne chez elle, une simple accolade, rien d’autre. Pas même un essai de tentative avortée. Rien de rien. Elle rentre chez elle, moi chez moi. Je n’ai plus jamais remis les pieds rue Custine. J’emprunte Clignancourt si je viens du Sud et Caulaincourt si ma migration du jour m’amène du Nord. Il n’y a plus de jonction entre ces deux rues qu’un seul numéro rapprochait à mes yeux, comme un check-point entre deux quartiers que tout oppose, le point central du Tout-Paris de mon esprit le temps d’un automne.

 

Un dernier tour de piste, et puis s’en va. La dernière fois que je cours avec elle au stade, c’est pour mieux la perdre de vue. Les grands spots n’avaient pas été allumés, sans doute pour décourager les retardataires à s’éterniser en ce dimanche où la fermeture des portes se faisait plus tôt que tous les autres soirs. La nuit tombait et nous n’y voyions quasi plus rien, l’ambiance était surréaliste, sublime. J’avais repéré la lune et courais dans sa direction de toutes mes forces, celle-ci jouant à s’éclipser derrière les nuages pour mieux reparaître et me laisser suivre ma voie sans m’influencer sur la décision, le virage que je devais prendre, selon. J’ai continué à courir, à défaut de savoir voler.

 

 

J’ai couru une distance totale de 1429,33km en 2016, en commençant peu avant le marathon, donc sur neuf mois, 888 miles. A vol d’oiseau, j’aurais pu arriver à Gjovic en Suède, dans le Comté d’Oppland, ou à Michalovce en Slovaquie, dans l’ancien comitat hongrois de Zemplin.

Au lieu de ça, j’ai continué à marcher chaque matin sur Caulaincourt pour aller écrire, et à marcher sur Clignancourt certains soirs pour aller crier.

Ce soir, j’irai crier fort sur Sarah Jaffe, Before you go.

J’ai la chanson en tête, enfin presque.

A vol d’alto.

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