Fut un temps, il y a de cela fort longtemps, je ne connaissais pas encore la grande magicienne, j’étais prête à croire à n’importe quoi pourvu que la confiance dans mes chimères réponde de manière la moins illusoire possible à mes attentes et je tentais de m’arranger avec la réalité. Seulement, il ne suffit pas de randonner pour être grande magicienne, ça ne se devine pas. Tout d’abord, une grande magicienne se distingue par cela qu’elle ne prend rien personnellement, pas plus les dires que les faits, mais comme reflet de ce qui se joue en face. Comme chacun sait, les magiciens recourent beaucoup au miroir mais rares sont ceux qui l’utilisent encore pour surveiller leur propre reflet, car nous sommes tous le reflet de l’autre, ou plutôt le reflet de ce que nous faisons à l’autre, de l’intention que nous avons lorsque nous décidons de faire ou dire quelque chose à l’autre, en sachant que cela aura un impact visible. L’environnement, entendu comme ce qui nous entoure, est le premier reflet de notre âme, le chemin est parfois long pour le néophyte de comprendre que tout ce qu’il dit et fait, mais aussi ce qu’il ne dit pas et ne fait pas, tout cela agit sur ce qui l’entoure, il dispose d’un pouvoir sur la nature et les gens, l’évolution des choses et ce qu’il appelle le hasard, il agit. Beaucoup d’entre nous, qui ne se doutent pas ou n’ont pas encore croisé de grande magicienne, ne le savent pas encore ou n’en ont pas pleinement pris conscience, qui continuent à réagir, à survivre plutôt qu’à vivre. C’est une question de timing, le moment arrivera qui les éclairera. Pourvu seulement qu’ils n’aient pas basculé du mauvais côté comme c’est le cas des sorcières. Les sorcières se différencient aussi facilement des magiciennes que les vipères des couleuvres, à savoir que les premières mordent et sont dangereuses, contrairement aux premières, inoffensives aussi longtemps qu’on ne les provoque pas, comme chacun de nous. Et de même que les magiciennes, elles savent qu’elles sont dotées de pouvoirs exceptionnels pour lesquels elles ont travaillé des années durant et enduré de rudes épreuves, cependant elles n’ont pas su attendre, elles n’en ont plus pu d’atteindre la sagesse, le Graal de tout alchimiste, dont les pouvoirs se décuplent à partir du moment où l’apprenti s’en détache et se recentre. C’est la partie, la dernière, la plus significative du long et intense apprentissage de la magie. Rares sont celles qui parviennent au bout de ce parcours intérieur périlleux jusqu’à leur cœur, et il n’est pas inhabituel de croiser des sorcières qui ont nourri sur des rancœurs enfouies au fond d’elles, et que le travail n’aura pas permis de dépasser, une amertume terrible et radicalisée. J’ai croisé des sorcières, je commence à savoir les repérer, elles se croient puissantes mais n’ont aucune autorité naturelle, elles crient d’autant plus fort que personne ne les écoute, elles n’ont de pouvoir que de maigres artifices dont elles abusent à mauvais escient, surtout pour manipuler leur public après avoir réclamé la scène alors que tout se joue dans les coulisses pour qui sait rester humble et humain. Je connais une sorcière dans le sillage de la grande magicienne, j’ai parfois eu peur pour elle, au tout début, mais c’était mal la connaître encore. C’était ne pas reconnaître surtout que je ne croyais plus à l’Amour.

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