De Madagascar, elle m’a rapporté un instrument de musique en bois avec un lémurien très joliment gravé dessus, je secoue la maraca rarement mais souvent je regarde le primate. Elle m’a également offert une écharpe et au moment de me l’offrir, elle m’en tend deux, une rouge et une bleue, à moi de choisir laquelle je veux pour moi, elle prendra l’autre. Piège. D’instinct, ou devrais-je dire réflexe lémurien primaire, mon regard se porte sur le bleu comme une petite fille endoctrinée et qui irait choisir la poupée Barbie plutôt que le camion. Je me sens d’autant plus ridicule dans ce réflexe que je n’ai jamais choisi la poupée et, connaissant la bête sauvage que j’ai en face, une panthère tout juste de retour d’une balade, force est de constater l’enjeu qu’elle met dans ce choix dont le dernier argument de décision n’est pas le moindre, elle sait que je sais, à présent qu’elle a atteint de son côté la maturité chromatique et qu’aucune nuance de vert ne la fera revenir en arrière, que sa couleur de prédilection est le rouge. Elle me tend les deux tissus à même hauteur et m’observe, concentrée. Je décide d’éloigner mon regard de l’écharpe bleue pour le porter vers la rouge et c’est elle que je vois rayonner dans la noblesse des motifs et du violet, de l’orange aussi, mêlés à sa couleur favorite, honorée comme jamais dans l’objet de son offrande posée entre ses mains sans qu’elle n’ait bougé ni fait le moindre commentaire. Les couleurs ont chaviré. Par quel miracle, je ne saurais le dire. Je suis partie avec l’écharpe rouge, en plein mois d’août. Je n’ai jamais eu trop chaud, cela fait trois éternités au moins que je n’ai pas eu chaud. Sauf quand je me suis retrouvée mitraillée par les rayons du soleil déclinant au septième ciel chez la grande magicienne et lorsque je portais l’écharpe rouge autour de mon cou à Paris. Tout l’automne, je l’ai portée, je l’ai traînée dans les rues de Paris, de chez moi à chez elle, dans les Parc des Buttes Chaumont, sur les berges du Canal Saint Martin, lorsque j’écrivais et qu’au bout de trois heures mes doigts, gelés et engourdis, ne trouvaient plus d’autre chaleur qu’au creux de mon écharpe, comme au début lorsque je me rechargeais en la serrant très fort, si fort que j’aurais voulu qu’elle m’engloutisse comme font les boas, pour ne plus avoir froid. Je me suis promenée dans la jungle de Paris, mon écharpe rouge nouée autour du cou, justement parce que j’arborais l’écharpe qu’elle m’avait offert, je me promenais par vents et marées, pour être certaine que tous restent persuadés que j’étais légitimée à rentrer chez elle, malgré les ragots et le qu’en dira-t-on et le mauvais œil et tout de qu’aurait objecté la sorcière.

L’écharpe me tient chaud au cœur, la magie opère pour faire circuler ses battements depuis mon cou jusqu’à mes poignets, en passant par mes tempes et mon estomac, son rouge à elle circule en mois et je circule parmi vous, poussez-vous, laissez-moi vous dépasser vous autres, que je prenne ma place, primate que je suis, celle qui occupe la première place dans son cœur.

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