Dix jours que je ne cours pas,

dix jours que j’écris, que je crie.

Dix jours que je pense à oublier,

dix jours que j’oublie de penser,

dix jours que je ne pleure plus –

Dix jours que je quitte la tristesse,

dix jours que la colère me traverse,

dix jours que je me bats contre moi,

dix jours que je fuis pour mieux me sauver –

Demain le dernier des dix jours, j’ai survécu.

Ce qui ne te tue pas. Mais je ne me sens en rien plus forte.

Tout cela m’aurait donc tuée et personne ne me l’aurait dit ?

Je dois retourner parmi les vivants pour qu’ils me racontent.

J. d’abord, celle par qui tout est arrivé, pour des raisons d’évident voisinage. Note à moi-même, creuser les liens éventuels entre voisinage, affinité et réciprocité. J. a retrouvé sa randonneuse, parti plusieurs mois user ses souliers sur les sentiers de la solitude. Pendant tout ce temps, J. est restée en contact et a suivi son aventurière à distance, couchant même par écrit ses récits à la place de la randonneuse, trop occupée à vivre l’instant plutôt que le retranscrire. J. a attendu, s’est réjouie de la liberté savourée avec tant de bonheur par sa randonneuse, elle a patienté et elles se sont retrouvées, heureuses d’avoir su avancer, chacune pour soi et ensemble, malgré la distance de plusieurs centaines de kilomètres entre elles. Note à moi-même, raconter plutôt les histoires des autres qui finissent bien plutôt que les miennes dont j’ose à peine envisager la chute. Un dimanche soir, le 18 décembre, j’ai envoyé une bouteille à la mer sous forme de message à la randonneuse dont j’attentais moi aussi le retour pour entendre le récit de son périple et parce que l’éclat de son rire me manquait par-dessus tout. Je savais aussi qu’elle appréhendait son retour, je tentais tant bien que mal de lui donner des prétextes pour rentrer plus rapidement dans le quartier et à la chorale. J’avoue, je ramais. Quelle ne fut pas ma surprise non seulement de recevoir une réponse de sa part dans la minute, mais surtout pour boire un verre le soir même.

Je les ai retrouvées toutes les deux, à l’Etoile de Montmartre, J. et sa randonneuse, elle était donc rentrée. C’était mon miracle de Noël. J’ai écouté passionnément le récit de sa longue randonnée, de ses vingt kilomètres de marche quotidienne, de ses rencontres insolites et de la peur de se blesser et de ne pas arriver au bout de l’aventure. J’étais autant captivée par son récit que par l’attention portée par J. à chacun des épisodes relatés, leur relation me fascinait. Lorsque je leur ai demandé de me raconter le commencement de leur histoire, il s’est passé cet autre miracle en forme de révélation. Non seulement, elles n’avaient pas la même date en tête concernant le début de leur relation, mais surtout, loin de s’offusquer de ce désaccord sur la disparité entre leur réponse à ma question, elles se sont montrées au contraire amusées voire émerveillées par la version que l’autre avait tendance à mettre en avant de leur histoire commune. De quoi passer de longs hivers au chaud en se racontant tous les soirs la journée qu’elles auront passé ensemble en se dévoilant chacune l’expérience propre qu’elles en ont fait sous la forme d’une version originale et unique de la même histoire. La magie du partage.

J’ai couru les trois jours suivants, alignant 11 kilomètres le lundi 19, 12 kilomètres le mardi 20 et, selon une logique qui littéralement m’aliène et m’enveloppe de plaisir fou à la fois, 13 kilomètres le mercredi 21. Il me suffisait le jeudi 22 de courir facilement 14 kilomètres pour atteindre les 220 kilomètres parcourus depuis le début du mois et exploser le compteur à 300 kilomètres pour finir l’année en beauté. Ou en fauteuil roulant, selon. « On ne sait ce que peut le corps », aurait dit Spinoza. Je sais en tout cas que mon corps peut, et parfois mieux que mon esprit, il a ce pouvoir de m’envoyer des alertes là où ma volonté déchaînée m’ordonnera d’aller toujours plus loin, à n’importe quel prix. Or, ce jeudi 22 décembre, j’ai senti la fracture se manifester de manière insistante, à force de tensions et d’excès ces dernières semaines. Il m’est arrivé de courir deux fois dans la même journée. Mon corps m’a sauvé sinon la vie, du moins ma condition de bipède, provisoirement. Je suis restée debout. Prête à affronter la tempête.

L. ensuite, chez qui s’est déroulée la répétition des altos à la fin du mois d’octobre. Nous nous sommes retrouvées un dimanche soir pour voir un film ensemble, je venais de faire découvrir le parcours de mes trois stades dans l’après-midi à ma nouvelle voisine de quartier. Je n’en étais pas à l’époque encore à vouloir oublier, L. m’a inspiré l’idée de publier pour donner corps à mes addictions plutôt que celles-ci ne me prennent la tête tout à fait. Pour partager, aussi et surtout.

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