Selon Dali, le centre du monde serait la gare de Perpignan, le grand Sud-Ouest donc. Dans mon enfance, le centre du monde était le village de Ménerbes, sa côte ascendante pour y accéder par le stade et le cours de tennis où je me souviens avoir joué l’été, son autre versant pour repartir côté marché et lavoir, le côté que j’aime le moins, touristique. Le centre du monde de mon enfance est protégé bien sûr, choyé même avec élégance entre le massif montagneux du Luberon avec ses cèdres et le Mont Ventoux enneigé, lorsque le sommet est visible depuis le village la journée est faite, tout se passera bien, et lorsqu’il ne daigne pas se montrer, c’est sans doute qu’il y a trop de touristes présents. Tous les sentiers partent de Ménerbes ou en poussant juste plus loin aux Beaumettes, d’où part la Véloroute du Luberon, la Voie Verte du Cavalon qui suit l’ancienne voie ferroviaire sur 37km depuis Cavaillon jusqu’à Apt en passant par les anciennes gares. Et aux deux orbites opposés, on trouve Oppède-le-Vieux dans ses ruines et l’ombre du Luberon qui protège l’âme de ce village anciennement occupé par les Seigneurs et abandonné vers la fin du XVIIIe siècle des suites d’une pandémie, quelle étrange hasard, et de l’autre côté Gordes la magnifique, village perché et sublimé par le soleil couchant. Le soleil qui colorie, le soleil qui s’est fait tant oublier pour revenir comme un miracle, le soleil toujours lui qui dévore mon visage lorsque je marche toute la journée dehors, le soleil qui rit de mes couleurs et redonne espoir sans y être pour rien, juste parce qu’il est là et que ça change tout au paysage et à l’ambiance de chaque instant pour le rendre plus intense et plus doux, les souvenirs me reviennent d’étés entiers bercés par le soleil. La journée à Marseille est tout aussi baignée de lumière et de chaleur alors que je ne me souviens de la cité phocéenne que l’imposante rue du Prado parce que mes parents y avaient des amis, jamais encore je n’avais marché sur la Canebière, direction le port. L’ambiance est presque festive, la rue est animée de sonorités joyeuses à différents coins de rue, comme une invitation au voyage et à la découverte de chaque nouveau quartier. On se croirait déjà en Italie, voire au-delà de la Méditerranée, un agréable dépaysement. Tout au bout du port de Marseille, le Mucem permet de s’élever sur la tour du Fort Saint-Jean pour admirer la beauté de la basilique Notre-Dame, la Bonne Mère qui veille sur tous les Marseillais et au-delà, comme le Sacré- Cœur veille sur tous ses admirateurs depuis le haut de ma bute, qu’il me tarde de retrouver sous un même ciel bleu, au soleil. L’hiver semble n’être qu’un vague souvenir en rentrant sur Paris, dix degrés plus tard. La menace d’un troisième confinement est plus présente que jamais, le couvre-feu n’a jamais été aussi insupportable à vivre, au fur et à mesure que les journées se rallongent et que se réduit l’espoir d’en profiter, le lever du soleil reste alors la seule promesse ici.

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