La voisine a initié le deuxième rendez-vous, dans le quartier cette fois, dans notre rue.  J’avais décliné une première invitation de sa part la semaine précédente, début septembre, ayant déjà prévu de mon côté de soutenir une manifestation place de la République avant de rejoindre au MK2 quai de Seine pour voir ensemble « La Belle Saison » la randonneuse, qui a décalé le rendez-vous d’une demi-heure si bien que nous nous sommes retrouvées dans l’obscurité de la salle de cinéma. Izia Higelin était d’une sensualité renversante, belle et brute. La randonneuse a détesté Cécile de France dans le rôle de l’étudiante féministe des années 60’, moi qui pensais au contraire que le contexte général du film allait l’emballer, pas du tout. Elle m’a proposé de passer la soirée ensemble, ce que j’ai accepté trop vite. Je me suis retrouvée dans un café entourée d’autres féministes encore, la cuisine était déjà fermée et la fête ne promettait pas d’être dansante. J’aurais du rentrer avec Izia et planter les féministes. Une semaine plus tard, à l’occasion d’un verre avec la voisine, je lui raconte ma soirée ratée. Elle a écouté attentivement mon récit et j’ai trouvé dans son empathie face à mon désarroi un peu de réconfort. Nous avions convenu de nous retrouver aux alentours de 19h37 à La Timbale, le café situé idéalement à même distance entre chez elle et chez moi, avec terrasse. De son côté, la relation avec son amante était plutôt en train d’évoluer, m’apprit-elle surprise, c’est-à dire de devenir sentimentale, la voisine n’avait pas prévu de s’attacher aussi vite. D’autant qu’entre temps elle avait hébergé quelques jours une femme avec son fils, débarqués de nulle part et dont elle se rappelait à peine comment lui était venue cette proposition, elle me racontait cet épisode avec dérision et dans un soulagement évident, ses convives étant partis le matin même seulement, après avoir loupé (exprès ?) un premier train la veille au soir. Les invités n’avaient pas cru bon d’offrir un verre ou une attention en guise de remerciement. Le monde est parfois bizarre dans lequel une frustration nous fait basculer bras ouverts dans un contentement autre alors que nous le refusions en tant que tel, nous l’envisagions à peine. L’épisode de la drôle d’intruse avec son fils avait incité la voisine à chercher le soutien de son amante et créer un rapport de confiance plus approfondi là où elle ne voulait plus s’engager. De mon côté, je ne savais pas clairement si le fait de voir la voisine me faisait du bien parce que j’avais l’occasion de lui parler de la randonneuse ou pour d’autres raisons qui restaient confuses, toujours est-il que les choses paraissaient s’apaiser une fois lui en avoir fait part. Elle m’a d’ailleurs gentiment proposé de la solliciter quand je le souhaitais, « jour et nuit ». Bien sûr, je n’y ai pas eu recours, je ne voulais pas la déranger au moment où sa vie prenait un nouvel élan sentimental, j’avais surtout besoin de rester seule. Au mieux, nous serions amenées à nous croiser à nouveau entre les rayons de la supérette où j’avais mes habitudes. Dans les faits, il suffit de le dire pour que cela n’arrive jamais.

Une réflexion sur “Trois éternités #9

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