Quelle était donc ma motivation réelle pour décrocher un ticket d’entrée au marathon de masse des Jeux Olympiques de Paris en 2024 si ce n’est pas celle de courir un marathon parce qu’autrement, j’aurais couru celui de Paris jusqu’au bout au lieu de servir de lièvre sur une dizaine de kilomètres avant de rester au stand de pom-pom du club à encourager les coureurs, alors que j’avais un dossard depuis le report pour cause de crise sanitaire de l’épreuve en 2020, tout comme je n’ai pas couru le semi non plus pour me concentrer sur ma saison de triathlon. Gagner le gros lot, savoir que j’ai été chanceuse, être dans le coup, faire partie des privilégiés ? J’ai gagné un sujet de réflexion qui va me porter tout l’hiver à la place, voire sur les trois années, dis-je en découvrant l’adaptation cinématographique de L’Amour dure trois ans par Beigbeder. Et si je parlais d’amour sous couvert de marathon, parce qu’à la faveur d’un rendez-vous manqué avec le plus grand marathonien de tous les temps, je voulais évoquer tous ces rendez-vous manqués avec l’autre, l’âme sœur, sans même l’avoir su, ou justement parce que je sais. J’en parle toute la journée de dimanche, je ressasse en boucle la journée de la veille où j’ai profité d’un ciel dégagé pour courir avant de m’enfermer au cinéma parce que la pluie s’en est mêlée et que je suis déjà rentrée trempée jusqu’aux os à vélo cette semaine, je ne récidive pas, alors je laisse tomber mon dossard, j’en parle en sachant que je m’adresse à la bonne personne. A la fin de la journée, je suis passée à autre chose avec raison ou philosophie, avec soulagement surtout parce que cela m’a permis de me dévoiler un peu plus en partageant l’objectif qui me tient à cœur depuis que j’ai terminé cette année mes cinq triathlons en trois mois, 3 L et 2 M, à savoir progresser sur la longue distance, sur l’Ironman 70.3, pour décrocher d’ici quatre ans, lorsque je serai à nouveau la plus jeune de ma catégorie, un slot pour les Mondiaux du label. C’est un objectif totalement délirant étant donné mon classement actuel mais il me tient à cœur. J’entends parler de la course contre Eliud Kipchoge comme l’arnaque de l’année le lendemain, beaucoup de coureurs se plaignent de l’inégalité entre les sas les plus lents et la sacro-saint élite. J’imagine alors que je n’aurais pas été spécialement fière d’avoir décroché mon dossard pour le marathon des JO dans ces conditions, pire je serais passée pour un imposteur au moment même où je me donne tous les moyens possibles pour me légitimer enfin en tant que triathlète. Ma place n’était donc pas dans le sas le plus lent des coureurs alignés sur le 5km contre le champion kényan, mais bien dans ma sortie dominicale sur 10km, suivie de 1500m de natation.

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