Le masculin défonce la norme rassurante, il s’impose et pousse le féminin à fuir mais pas trop loin parce que sans elle, il n’existe pas non plus, elle apprend à composer avec ce double élan. Le féminin tente une approche subtile et à force d’observer encore et rester toujours en retrait, la manœuvre échoue et tous les plans de séduction s’effondrent par manque de confiance, forcément le masculin s’en mêle et attise la colère, elle sent souffler fort un vent de rébellion. Et puis le masculin suggère au féminin de s’affirmer un peu plus en s’inspirant de sa virilité, la moue faisant elle se fait couper les cheveux plus court, à la garçonne comme on dit si bien, et les traits de son visage s’en trouvent plus dessinés, elle pourrait presque se prendre à les contourner d’un rien de maquillage, une touche de féminité à la Jeanne Moreau dans Nikita. Elle allonge le pas et le féminin invite le masculin à adoucir sa marche militaire en cadence, au rythme des regards lancés ici et là, à l’affût d’une nouvelle image qu’elle voudrait inspirer, un regard plus ferme et moins fuyant, une démarche plus assurée, des gestes moins évasifs parce qu’il n’y aurait plus d’hésitation entre deux bords mais une harmonie improvisée entre sa brutale envie d’exploser à tout instant et cette sempiternelle tendance à devoir disparaître. Alors elle tâtonne et teste les pistes qui la mène d’une extrémité de sa personnalité à l’autre, un Grand Huit depuis les profondeurs de la mélancolie auquel le masculin refuse de se laisser aller jusqu’à la superficialité d’une crânerie qui ferait honte au féminin si elle ne commençait à bien connaître en elle cet autre qui remet en cause l’intention véritable de ses propres élans. Je suis féminin moi aussi, dit le masculin en bombant la poitrine, et le féminin part d’un éclat de rire tonitruant, je suis masculin moi aussi, dit le féminin en lui claquant l’épaule avec force. Et elle repart d’un pas leste, fière de pouvoir porter sa faiblesse et ses doutes en bandoulière.

2 réflexions sur “Genre #1.2.1

  1. J’aime ce texte😍
    Je me retrouve tellement.
    C’est comme si tu racontais mes nuits blanches, mes pensées.
    J’ai lu des phrases que je me suis deja dits…
    Je suis feminin dit mon cote masculin et je suis masculin dit mon côté féminin.
    Et moi… je me dis je suis les deux ou non…
    Je me sens déchirer puis recoudre à travers tes mots.
    🥺 j’ai même pleuré….🥺
    Merci pour ces jolis mots si bien ecrit…

    Aimé par 1 personne

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