quatre-vingt-dix jours à traverser les récifs poétiques de proses impromptues

mon vaisseau est rompu 

paré à l’amarrage 

mais arrive-t-on jamais quelque part 

en restant à la surface 

suis-je dévastée par les vents ou sauvée par la rime 

pauvre victime

aux quatre coins de ma feuille des gribouillis illisibles 

qui donc a voulu dire quoi en moi 

sinon l’immobilité 

elle m’a forcée à sauter par la fenêtre qui n’existait pas 

avant de l’avoir ouverte 

me voici dans cet ailleurs d’ici 

devenir cet autre là

à inventer

j’ai vingt ans ça vient avec le verbe à la fin 

dans l’autre langue ma gorge est fermée 

comme la fenêtre jusqu’à la nausée 

un jour les flots me bousculent 

à rebours 

le rein me traverse jusqu’à la veine 

sujet puis verbe 

je compte présent ma voix 

à l’aventure

dix vins à goûter jusqu’au jour du festin 

jeter l’ivraie garder l’ivresse 

savoir de la folie 

reconnaître le bon grain 

cultiver sa sagesse comme si elle était le fruit du hasard 

ou de la souffrance 

la liberté d’un étonnement 

éternel 

et revenir à soi 

mais pas seulement

Photo : Picasso par Brassaï, 1960.

5 réflexions sur “Le pain, la pomme et les poèmes #16

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