Tu inventes, tu réinventes tout, tu répètes et tu t’entraînes à tout répéter, tu récites encore. Comment tu as révélé tes sentiments dans ta première lettre de dix pages avant de te dévoiler davantage dans tes cent pages et prendre l’habitude d’une écriture à travers laquelle tu vois ton reflet se dessiner à travers le choix des mots, l’intention que tu y mets, ton désir d’être lue. Un peu comme dans une thérapie individuelle où tu ressasses les mêmes sujets en modulant le récit et les portes d’entrée jusqu’à trouver les bonnes questions, l’art de dire les mêmes choses mais autrement pour mieux en prendre conscience à travers un nouvel éclairage, une intuition. Tu commences par retranscrire l’histoire des autres avant d’écrire la tienne et t’inventer toi. L’habitude de te mettre à table et coucher les autres par écrit est ton nouvel équilibre vital, tout peut encore arriver de pire dans la journée pourvu qu’il te reste ce moment de vérité centré autour de la feuille quitte à n’y rien inscrire pendant des heures et t’apaiser de sa blancheur comme une ressource prometteuse face aux cacophonies insensées et irrespirables. Au moment où tu passes de l’écrit à l’oral, tu n’as plus le droit de parler des autres, il s’agit de toi et de ton ressenti, dans ton rapport aux autres certes mais ne cherche surtout pas à te défiler parce qu’il faut apprendre à parler pour soi, assumer sa position et non pas celle des autres. Passer à l’oral provoque de la résistance chez toi, rien n’est moins évident que de se raconter sans réfléchir, se dévoiler sans aucun filet face à un interlocuteur et bientôt un groupe entier, cela s’appelle lâcher-prise et il te faut non plus des heures mais des mois pour y parvenir. Justement à l’occasion d’un travail d’écriture en groupe où l’exercice consiste à lire sa phrase devant tout le monde, forcément tu penses au jugement, serais-tu toi-même dans le jugement, qui plus est à l’occasion d’une activité que tu avais faite tienne, dans laquelle tu te recentrais. Alors tu as pris la feuille, le stylo, et d’un coup d’un seul tu as écrit sans plus réfléchir à rien. Ton premier lâcher-prise, t’explique-t-on au moment où tu as lu ta phrase et raconté cette expérience qui t’a fait du bien sans même que tu en saisisses l’enjeu, ce sentiment de fierté. Au sein de la chorale, tu retrouves les avantages et inconvénients du groupe, tu composes avec les autres en faisant entendre ta voix, et celle-ci est tellement plus intéressante encore une fois si elle se mélange aux autres, tu fais partie d’un pupitre, les pupitres forment un tout. L’harmonie que tu cherchais en toi, vers laquelle tu tends tous les jours, tu l’entends dans un chant, à travers à un accord même et parfois surtout lorsque les notes frottent, tu frissonnes. Les répétitions puis le concert, tu apprends la répétition, sept fois le même passage en boucle. La perfection n’existe pas, autre lâcher-prise, mais rien ne t’empêche de tendre vers elle. Lorsque tu t’entraînes, cette tendance s’accentue jusqu’au risque de se blesser, nouveau défi, ne pas risquer de se blesser sinon la possibilité même de courir la course du siècle s’évanouit. Encore et toujours, tu éprouves tes limites et tu t’inventes, seule mais plus tout à fait non plus.

2 réflexions sur “Genre #2.1.2

  1. Comment s’accorder soi-même pour produire un son juste… certains utilisent un diapason, d’autres la sonnerie du téléphone, ça fonctionne assez bien pour les guitares. En revanche pour les écrivains le diapason est plus difficile à trouver. Il se cache dans le temps, peut-être entre les jugements, dans cet espace qui se crée entre les jugements et qui devient plus vaste au fur et à mesure où ils s’évanouissent. Un espace temps donc ce serait une hypothèse pour ce que cela vaut… J’ai aimé ce texte pour son questionnement et tout ce qu’il y a au delà. Merci et bonne journée !

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