Heureuse qui comme Pénélope dans l’attente tisse sa toile, tisse et s’étire de tout son long en tissant. Elle est entrée dans ma cathédrale, dans la cathédrale de Cologne, mon Dom. Je me réveille en pleine nuit, pour rien, et je prends conscience que quelqu’un de fondamental est entré dans ma vie, ou plutôt que quelque chose de fondamental est entré, a changé ma vie. Alors il m’arrive de serrer les poings comme sur un marron, j’ai chaud, je me rendors aussitôt.

Savoureuse qui comme la grande magicienne voyage sans attache et s’attache à aller voir d’autres paysages que ceux que le quotidien et ses tracas affichent sans cesse sous son visage. Comme un canari, dès le matin, la grande magicienne chante sa propre mélodie, elle n’attend d’aucune chorale qu’on lui indique la partition ou le rythme à suivre, elle crée l’harmonie. Durant ses explorations, elle mène la troupe et suggère la direction, elle repère les dangers. Son chemin s’élèvera toujours vers les hauteurs et les sommets depuis lesquels se dessinent les sentiers à suivre, tel un visionnaire elle restera à courant-courant de ce qu’il faut avoir vu. De mon côté, le chemin descend à la cave, où coule toujours la source qui me retient au passé, à la recherche du souffle de longue haleine qui me permette de courir plus longtemps et chanter plus grave comme si j’accédais à une profondeur plus saine que la vaine intensité à laquelle jusqu’ici je n’avais de cesse de me raccrocher pour me sentir, un temps, plus vivante. La vie se colorait de jaune et je joie, les objets se mettaient à valser comme dans un tableau de Van Gogh et j’avais envie de danser avec eux pour ne plus cadrer avec le reste et n’en faire qu’à ma guise, instinctivement et dans l’élan, courir à perdre haleine et hurler tout mon saoul. Pour cela, et afin de renouer avec un réflexe primaire, presque enfantin s’il était restait évident et naturel, à la portée de l’adulte, mais c’était tout le contraire une fois ce dernier soumis aux conventions, maté par les réprimandes et le regard d’autrui en société, il me fallait régresser. Pour courir comme au premier jour, il me fallait sonder l’inutilité des limites et percer les brèches à travers lesquelles la lumière s’infiltrerait, s’imposer comme un exilé trop longtemps éloigné de sa terre, et qui y mettrait les pieds à nouveau pour y planter, libre et fort de son expérience nourrie de frustrations autant que d’espoirs, le drapeau de la réconciliation et les premières notes d’un accord capable de soulever d’un seul bond les solitaires et les bandes rivales, les riverains et ceux de l’autre bord, zombies sortis des ténèbres et enfants de chœur, tous ces destins dont les portraits en noir et blanc étaient affichés chez la grande magicienne,  et qui révélaient en un seul regard les faits et gestes de communautés sur des générations. Tous les matins, la vie des portraits reprenait son cours, comme un soutien venu de très loin, tandis que je reprenais la course en prenant soin d’élargir le périmètre géographique des mes trajets avant et après chacun des trois stades que je visitais sur mon parcours, de sorte à créer une constellation inédite avec de nouveaux repères dont je devenais moi-même la comète.

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