L #10

17/10-17/11. Fin de la saison de triathlon, vive la prochaine saison, qui se prépare déjà activement autour de deux apéros, le premier entre anciens, et j’en fais déjà partie en ayant rejoins mes camarades de bassin, de route et de piste lors du stage à Pâques, et ce soir est jutement annoncée la destination du prochain stage, je bloque les dates, je les plaque à terre. Le second apéritif vise à accueillir les nouveaux inscrits au club, je suis celle qui ne savait pas nager le crawl il y a six mois et qui ne changeait pas de vitesse en prétendant suivre le groupe. J’ai été ces derniers mois accueillie et encouragée comme je l’ai rarement été ailleurs, mon apprentissage des six derniers mois a été aussi laborieux que jouissif, le groupe ne ma pas lâchée, je n’ai pas lâché l’affaire, ni sur la respiration en natation ni sur les dénivelés en vélo. Jamais je n’y serais parvenue seule, je n’aurais pas même essayé, les autres m’ont tout inspiré. Y compris la sagesse, sous une certaine forme. Je suis retournée courir sans savoir de façon avérée que j’avais une fracture et cela n’est pas passé inaperçue que je courrais n’importe comment, je risquais surtout d’aggraver mon cas en abimant genoux et dos si je devais forcer. Et je les ai écouté, j’ai fini par aller faire une radio alors même que je croyais sentir diminuer la douleur, de fait la fracture s’est confirmée, un trait tout blanc et bien visible sur la radio. Alors je suis retournée nager, dans l’eau je ne boîte plus et tout me paraît soudain si léger, j’apprends la lenteur, je décompose à outrance chaque mouvement de crawl, il n’y a plus aucun enjeu de vitesse ni de performance, je suis blessée, je veux garder la tête hors de l’eau. Mon énergie n’est plus catalysée dès 7h du matin, elle se déverse lors des répétitions de chorale, je crée des chorégraphies improvisées sur les bancs d’école, je ne tiens pas en place. Sur le trajet du retour le soir, je cherche un visage connu sur une terrasse de quartier, tout ce que j’aurais évité encore quelques semaines auparavant, j’en trouve, je raconte mon histoire. Je retrouve des gens, je me reconnais dans leurs histoires, j’ai envie d’écrire la mienne aussi. Lydie, ma fidèle pingouine, me dit qu’aucune blessure n’est anodine ou n’arrive par hasard, je devrais me pencher de manière plus impersonnelle que jamais sur ce fait tout sauf divers.

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L #9

07/10-17/11. Un nouveau lundi. Six semaines avant le marathon de Palerme. Un tout petit 7km au réveil pour vérifier les sensations au niveau de l’orteil dont je ne sais pas s’il est cassé. Forcément, les sensations ne sont pas bonnes, j’ai peur d’avoir mal et ce faisant je suis tendue. Et tout en courant, je me dis qu’il est impossible que mon orteil soit cassé, auquel cas je ne serais pas en train de courir et me faire cette réflexion, fêlé tout au plus, un peu comme moi. Quoique j’ai fait preuve d’une sagesse inédite pendant les dix jours qui ont suivi la blessure, j’avais tout prévu avec les trois premiers jours de repos total, mis à part la marche parce qu’il ne faudrait pas non plus risquer de plomber le moral en cessant toute activité physique, puis reprise de la natation le mercredi midi, un moment de grand soulagement sans douleur, puis ont suivi à nouveau deux jours de repos occupés à d’autres plaisirs comme le chant, les échanges avec Alex, une autrice du Maine de passage à Paris pour la promotion de son livre ; enfin une reprise en demi-teinte de course le samedi avant d’aller travailler, natation le soir. J’ai aimé retourner courir, moins la peur d’avoir mal, encore moins le bassin de nage bondé. Un dernier jour de repos, soit un total en dix jours de six jours off, sans course ni affolement. Et l’idée fixe au réveil ce matin qu’il était grand temps de reprendre l’entraînement, au mieux la blessure continue à se résorber, certes plus lentement que prévu et si blessure il y a, au pire l’orteil comprendra lui-même qu’il n’a rien à faire dans ce programme de préparation marathon, il se détachera de lui-même et ira voir ailleurs si mon pied y est ? Je n’exclue rien.

Suivent 8km le soir, soit le tour de mes deux stades, le troisième étant en travaux à son tour. Cette blessure me rappelle ces personnalités dont on entend l’accent canadien lorsqu’ils se mettent à parler, beaucoup moins lorsqu’ils chantent. Autant je boîte en marchant, et on me le fait remarquer, autant lorsque je me mets à courir ma foulée est lente mais moins chaotique. Et il se trouve même que la douleur s’estompe lors de cette deuxième sortie, le plaisir revient. Et j’achève mon retour sur la piste par une séance de test VMA que je n’effectue bien sûr pas, je me contente de trottiner à côté des autres coureurs en les encourageant, j’ai besoin de leur contact pour rester motivée, je tente tant bien que mal de dissimuler la douleur mais il se trouve que je cours n’importe comment et on ne tarde pas à me le faire remarquer, je suis bien entourée et c’est ce que je cherchais en venant dans un club, je ne force pas, j’arrête de courir. Il n’y a bien que la grande magicienne pour m’affirmer qu’avec un orteil cassé et un bandage soigneusement ficelé, elle a pu continuer à pratiquer l’art martial dans lequel elle excelle, sans risquer d’aggraver ses postures ni souffrir, n’est pas non plus grande magicienne qui veut.

L #8

Un lundi avec un orteil cassé est un lundi pire encore que tous les autres, en tout cas au réveil. L’accident s’étant produit le samedi matin, j’avais eu 48 heures pour me faire à l’idée que je n’allais pas courir dans les prochains jours, que je n’allais plus courir pendant un temps incertain, l’inquiétude était montée d’un cran en lisant tout ce qu’il ne faut pas sur les fractures du pied. Jusqu’à la symbolique du petit orteil cogné pour évacuer la mauvaise mémoire ou le trop plein de mémoire, bref une régénération en quelque sorte par le membre le plus inutile du corps humain. Pourtant je n’étais pas certaine que le petit doigt de pied soit cassé. Autant je boitais sur tout le trajet pour aller récupérer mon inexploitable dossard pour le Paris-Versailles (ne me demandez pas pourquoi je vais retirer un dossard pour une course qui a lieu le lendemain de ma blessure encore toute fraîchement douloureuse), autant j’ai noté une amélioration certaine dès le lendemain, jour de la course dont le dossard encore consigné dans l’enveloppe, végétait avec malaise, contrit sur le bord de l’évier dans la cuisine. J’ai pu marcher plus aisément dès le saut du lit, mieux j’ai bougé l’orteil sans ressentir de douleur. Je n’étais pas encore débarrassée d’une gêne à chaque pas, sans pouvoir la situer véritablement, l’hématome s’était répandu sur la surface avant du pied, la zone fragilisée avait dégonflé. Quelque part et malgré ce spectacle désolant, je me suis sentie tirée d’affaires. La veille, je pensais annuler toutes les courses à venir, de fait je n’ai pas couru le Paris-Versailles, mais je pensais aussi au semi de Saint-Denis avec l’arrivée au stade de France, et surtout au marathon de Palerme. Après l’abandon au marathon d’Athènes il y a tout juste un an, je n’envisageais même pas une nouvelle situation dramatique pour cet événement dont je me faisais une fête depuis que je savais que ma marathonienne préférée y participait.

Un lundi pire que les autres donc. Sauf que je pars comme tous les lundis de chez moi à 8h tapantes pour faire le trajet à pieds, certes ma démarche manque de fluidité, mais enfin j’avance et surtout, je ne souffre pas. Je me permets même d’envoyer un message en pleine envolée pédestre pour signifier à une amie que je passe à l’instant sous sa fenêtre, que je n’étais pas capable de situer avant ce samedi, jour de la blessure. Le muscle du mollet est tiraillé, je compense forcément en m’efforçant de ne pas poser la pointe du pied droit sur le sol, cela va mieux et c’est réconfortant. Un peu plus tard, je reçois un mail pour me féliciter de mon travail la semaine précédente, plus tard encore je suis convoquée dans le bureau de ma supérieure qui m’annonce que, des conséquences du mail de félicitation reçu, je suis invitée à partir pour un séjour découverte au Danemark en novembre. La semaine qui suit le marathon. N’y voyez aucun signe, moi il me frappe au visage dès cet instant où la carotte m’est offerte alors même que je risque de ne pas être en mesure de fournir l’effort requis pour l’obtenir. D’un seul élan, je réquisitionne le calendrier et les possibilités de préparation Marathon intensive. Il me resterait six semaines de préparation si je reprends l’entraînement lundi prochain, soit dix jours tout pile après la dernière séance de fractionné ou je me suis sentie en pleine forme. C’était jeudi dernier au stade Léo Lagrange de la Porte de Charenton, je suis arrivée après tout le monde pour me changer dans les vestiaires, mais j’ai couru avec une autre Isabelle, née le même jour que moi à une quasi décennie près au passage, et qui court au même rythme. Ou plutôt, qui me permet de trouver un rythme de course bien plus ambitieux que celui auquel je me cantonnerais en m’entraînant dans mon coin. Six semaines pour finir mon cinquième marathon sous les quatre heures et si possible loin, le plus loin possible des quatre heures.

Il fallait donc que je sois à deux doigts de mettre fin à la préparation du marathon de Palerme pour commencer à l’envisager sérieusement, cette même préparation à mon cinquième marathon, moi qui n’ai jamais brillé dans cette discipline. Qu’est-ce qui a changé, je ne saurais le dire, sinon que je me suis trouvée une passion dans le triathlon que je ne pratique pas non plus avec excellence mais dans laquelle discipline j’ai fait des progrès qui m’ont gratifiée, presque structurée à mesure que la saison avançait. J’ai participé à deux XS, deux S et deux M en améliorant mon temps et ma technique à la nage chaque fois, j’ai ressenti un bonheur inouï au moment de doubler dans la dernière discipline, la course à pied, j’ai pris un plaisir indicible à chevaucher mon premier vélo de course baptisé « Spring » sur les parcours sécurisés et solitaires des tracés vélos. J’ai trouvé un nouveau sens à mon amour de la solitude, j’ai puisé dans mes ressources l’énergie d’aller au bout des épreuves et de donner le meilleur de moi-même, là où je finissais invariablement par marcher à chaque marathon, toujours un peu plus tard certes, mais enfin j’avais rendez-vous avec le quasi abandonné à chaque fois. J’ai gagné un quart d’heure à chaque marathon mais en venant de loin, de très loin. Mon premier marathon, je l’ai couru avec une fracture encore non résorbée du bassin. Hors de question de courir le marathon de Palerme avec une fracture d’orteil mal remise. Je me suis imposée trois jours de repos avant la reprise de la natation, dix jours de repos avant le retour sur la piste. Jusqu’ici, je ne m’étais pas sentie concernée du tout ni par la préparation ni par le marathon, à présent que j’avais trouvé mon angle d’attaque je ne pouvais plus ne pas m’investir corps âme et orteil dans cet ambition projet de courir le plus beau marathon de toute ma vie. Au moment même où j’avais pris cette décision, je re vais le mail collectif de notre référent ès marathon pour nous donner les dernières informations concernant la pasta party, la participation au financement d’un bus sensé nous emmener jusqu’à la ligne de départ. J’ai dit oui à tout. Tout.

L #7

Pour ce 29 septembre 2019, j’avais envisagé tour à tour plusieurs options, depuis la plus farfelue parce qu’au moment de m’initier avec joie et enthousiasme au triathlon, j’avais déjà en tête l’objectif de participer à un Ironman 70.3, celui prévu à Cascaïs m’attirait davantage. J’avais déjà visité ce joli village de pêcheurs, situé à quelques kilomètres de Lisbonne, le bruit de l’océan la nuit m’avait paru magique et je m’imaginais déjà me mettre à l’eau aux aurores. Un peu plus tard, j’avais participé à la loterie pour le marathon de Berlin qui tombe à la même date, en me disant que j’aurais trouvé le bon prétexte pour ne pas courir un format L trop tôt. Non seulement, je n’aurais jamais été prête à affronter un parcours vélo vallonné de 90km suivi d’un semi-marathon, mais en plus j’avais considérablement réduit la charge d’entraînement en course à pied pour m’initier au triathlon, si bien que je n’aurais pu suivre une vraie préparation marathon une fois inscrite au premier format M à la fin du mois d’août. Je n’ai pas été tirée au sort pour le marathon de Berlin et j’ai pu m’inscrire à celui de Palerme. Quand au format L, j’ai repoussé mon objectif à l’année prochaine où je pourrais en découdre avec un half Ironman aux Sables d’Olonne, le temps de nager plus vite, rouler plus longtemps. J’avais alors, légèrement dépitée, opté pour la dernière option, le Paris-Versailles de 16km. Sans même chercher à savoir s’il ne me restait pas l’espoir d’une possible inscription pour un dernier triathlon en cette fin de saison. Je me suis intéressée au Greenman, un cross-triathlon inscrit au calendrier de la fédération le 6 octobre, en Alsace. J’ai même contacté les organisateurs le lendemain du triathlon de Cherbourg pour leur demander si mon vélo serait adapté à leur type de parcours, les 10km de course à pied s’apparentaient davantage à un trail. Je me souviens de mon message écrit à l’encre d’une excitation folle, je me suis présentée comme une débutante dans la discipline en déclinant mes faits d’arme avec un vélo de route. La réponse ne s’est pas fait attendre, très sympathique et qui commençait par me corriger sur le fait que je n’étais plus du tout débutante à ce stade. Je ne m’attendais pas à cette réponse. Puis de m’expliquer que le parcours ne présentait pas vraiment de difficulté technique, juste quelques endroits « ludiques » (passage de gué, monticule) plutôt accessibles pour mon vélo. Je me suis laissée le temps de la réflexion sachant que le TGV nécessitait de démonter le vélo. Le Paris-Versailles donc, sans motivation aucune sinon de courir la course avec le club et y fêter l’anniversaire de notre doyen à l’arrivée avec une coupe de champagne, mais même ça… Je n’ai pas eu le temps de regarder le parcours de la côte des gardes, ni même d’aller chercher mon dossard, je me suis blessée la veille en heurtant violemment mon petit orteil à l’escalier de la piscine en plein mouvement de brasse à l’entraînement. Sur le coup, j’ai pensé que la douleur était normale, surtout à l’orteil, saut que je me suis mise à boiter en sortant du bassin. Le 29 septembre 2019 restera définitivement gravé comme le jour de repos total et salvateur.

L #6

Et pourtant, je me suis mise à courir, comme un besoin de délier mes jambes après les avoir crispées sans réussir à pousser avec puissance sur les quarante kilomètres du parcours vélo. Tout d’abord, il faut circuler dans le parc sur d’innombrables boucles avant de sortir sur le port de Cherbourg pour deux boucles sur lesquelles les coureurs se croisent dans les deux sens, les badauds s’écartent à peine pour nous laisser passer, l’événement tire à sa fin. J’ai le moral dans les chaussettes et je ne m’explique pas cet échec sur le vélo, tout en comprenant parfaitement que sans avoir roulé je ne peux pas avoir le niveau d’un cycliste, je m’en veux. Je double tout de même quelques coureurs dont un gars qui me félicitera pour ma « remontée » sur la course à pied lorsqu’il viendra sur le stand de ravitaillement boire du coca. Comme au triathlon de Chantilly, je ne sens pas passer les dix kilomètres, mes jambes fonctionnent beaucoup mieux que sur la selle, je n’ai aucune question à me poser, je fixe le coureur devant moi dans l’intention de le rattraper et de fait, je finis par le doubler, ça marche. Je cours depuis cinq ans, je n’ai roulé qu’à l’occasion des triathlons, je nage depuis six mois, il ne faudrait pas non plus s’attendre à un miracle, je devrais me satisfaire de franchir la ligne. L’arche de la ligne d’arrivée a déjà été rangée et les récompenses sont en train d’être distribuées, les athlètes sur le podium sont applaudis, la bière coule à flot sur le stand du club. Je l’ai fait, avec un résultat plus que médiocre en vélo, mais j’ai bouclé les 10km en 48mn. J’ai progressé en natation, sur le temps comme sur la technique, voyons le bon côté des choses, et surtout je sais ce que j’ai à travailler pour la saison prochain, en vue du format L. Pour l’instant, la priorité est à la douche chaude dans les vestiaires du club, à une pinte dans un troquet sur les quais face au coucher du soleil et au retour en train, la fatigue se fait sentir. L’eau n’est plus chaude dans les douches, je peine à trouver un troquet proche de la gare et au moment de m’assoir en terrasse, une pluie diluvienne s’abat sur Cherbourg. C’est à ce moment que j’ai commencé à apprécier la ville où des convives m’ont invitée à me réchauffer à l’intérieur en m’assurant que sous ces trombes d’eau, personne ne volerait le vélo. Tout le monde semblait se connaître et les gens sont venus vers moi facilement, le ciel s’est éclairci. Le temps de finir ma bière, je me suis imaginée avec bonheur m’installer ici et rouler le soir. Eviter les transports pour aller nager en eau libre, éviter la foule pour sortir de Paris à vélo… éviter aussi la collision avec le sanglier à une heure de l’arrivée à la gare Saint Lazare, l’animal a défoncé le train qui reste immobilisé trois heures. Les pompiers passent dans les compartiments mais n’ont pas de couverture de survie, personne ne sait comment arrêter la climatisation qui nous frigorifie tous les membres, je sors dans le couloir faire les cent pas. Bien sûr, une fois à Paris, il est quatre heures du matin, une queue de taxis nous attend, prévenus de notre déconvenue. Je remonte à vélo vers la place Clichy, Paris s’offre à moi.

L #5

J’avais retenu du triathlon de Cherbourg que l’eau serait à 18 degrés et qu’il risquait de pleuvoir pendant toute l’épreuve, sans doute la raison des désistements de dernière minute qui m’ont valu une inscription la semaine avant l’événement. J’ai pris mes billets aller-retour le jour de l’événement, sans trop savoir pourquoi cette détermination, il me fallait un format M. Nous nous sommes mis à l’eau, filles en bonnet rose d’un côté et garçons en bonnet bleu de l’autre, jusqu’à avancer vers la ligne de départ, l’eau était gelée mais surtout l’eau était salée, je ne m’attendais pas à me réjouir à ce point de ce détail évident comme le jour, j’allais pouvoir nager dans la mer. Certes, je n’étais pas en Grèce, mais ce goût de l’eau de mer me réconforta d’un seul coup. Pourtant, tout n’avait pas commencé dans la fluidité, je m’étais aperçue une fois sortie de l’immeuble que j’avais oublié mon casque et mon vélo avait cédé aux secousses du train, il était tombé et la chaîne avait sauté. Ce n’était encore rien du tout. J’ai commencé à nager sans paniquer, je voyais bien les meilleurs nageurs s’éloigner devant moi, mais je continuais à mon rythme, en alternant crawl et brasse coulée jusqu’à trouver mon confort dans le crawl à un temps avec la possibilité de regarder devant moi chaque fois. Une chance de m’être alignée sur cette course pour comprendre enfin comment nager sans dévier. Les spectateurs étaient venus en nombreux, les clubs de la région étaient présents, l’ambiance m’a parue plus conviviale qu’à Chantilly, Deauville et St-Lo s’affrontaient en public. 31mn56 J’ai fait mieux qu’à Chantilly et surtout, je n’ai pas paniqué, j’ai pris du plaisir dans la mer… Le soleil s’est imposé au moment de rejoindre le parc à vélo, je suis un moment désorientée. Au point où j’en suis, puisque je viens de faire le tour complet du parc à vélo en courant, je m’offre une barre de céréales sans céréales, dattes amandes et myrtilles, la combinaison glisse d’elle-même sans que j’ai trop à m’énerver, le scratch n’a pas résisté comme la fois d’avant. Mais il reste très peu de vélos dans le parc, le niveau est plus élevé en province, la chance qu’ont les clubs de pouvoir s’entraîner aux trois disciplines sans avoir à s’éloigner d’abord. Une fois sur le vélo, j’ai un premier coup de barre dès les premiers dénivelés, pourtant inoffensifs, mais je constate que je n’ai rien dans les jambes, aucun jus, pas d’énergie du tout. Je me souviens m’être régalée sur le parcours du triathlon dans un Paris calme, endimanché et sécurisé pour l’occasion, le parcours autour de Chantilly m’avait ravie parce que je me trouvais enfin seule dans un paysage magnifique et baigné de soleil, ici en bord de mer j’ai lutté contre le vent, j’ai peiné à me réchauffer, je n’avais pas ma place du tout dans la course. Sur la toute fin du parcours, j’ai pu accélérer parce que le tracé empruntait des nationales où il était facile de filer tout droit, seul moment où j’ai dépassé les 30km/h, j’ai vraiment désespéré. 1h49mn sur un parcours qui ne présentait en soi aucune difficulté, jamais fait pire encore. Arrivée dans le parc, j’ai posé mon vélo et pensé « Rentre à Paris, laisse tomber la course. »

L #4

Cherboug… et ses parapluies. Je suis inscrite sur mon deuxième triathlon distance olympique et les prévisions météorologiques pour dimanche sont pluvieuses, mais qu’à cela ne tienne ! Pour peu que le vent s’en mêle aussi, je ferai l’expérience du parcours vélo le plus redoutable avant de finir essorée sur la course à pied en front de mer, les paysages normands se méritent. En attendant, je profite d’un regain de chaleur en région parisienne pour une dernière baignade en eau libre sur la base de loisirs de Torcy, je n’avais pas sorti ma combinaison depuis le triathlon de Chantilly, n’espérant même plus passer le cap de la liste d’attente à une semaine.

Le train qui part de la gare de l’Est mardi soir à 18h46 en direction de Vaires est bondé, difficile d’y placer mon vélo dans le compartiment pourtant adapté sans risquer certaines réactions hostiles de passagers, je regrette la trêve aoûtienne où les trains nous étaient réservés… Sur place, très peu de nageurs se sont mis à l’eau, je ne reconnais parmi les affaires posées dans l’herbes celles de mes acolytes venues répéter une dernière fois leur swim-run prévu sur l’île de Ré ce même dimanche où j’affronterai vents forts, grosse tempête et marées. Elles doivent déjà être dans l’eau depuis une demi-heure, j’enfile la combinaison et me jette à leur poursuite, l’eau s’est bien rafraîchie par rapport aux baignades de cet été – nageons. J’avance en crawl et je m’impose un mouvement de tête pour voir devant moi toutes les deux respirations, je respire sur trois mouvements de crawl, ça tire un peu sur les cervicales au début, mais je trouve le bon rythme pour visualiser à peu près mon parcours sans dévier ou être obligée de me repositionner à la brasse. Merci à Lucy Charles pour sa technique au top. Je suis tellement concentrée sur ce nouvel apprentissage que je ne vois pas passer les deux premières îles, je décide de tourner après la deuxième pour éviter l’algue qui prolifère derrière la troisième île et ralentirait ma nage, d’autant que le soleil est en train de se coucher, déjà.

Lorsque je sors de l’eau, les autres nageurs sont déjà rhabillés. Toujours pas de nouvelle de mes acolytes du swim-run. Les lueurs surréalistes du coucher de soleil me captivent. Il ne reste plus que les moustiques et moi-même lorsque trois têtes hilares sortent de l’eau et me saluent, étonnées de me voir immobilisée devant le spectacle du crépuscule dont la clarté permet de distinguer encore quelques canards et les mouvements discrets à la surface du lac. Ce n’est plus un temps pour aller nager en eau libre, la saison du triathlon tire à sa fin en ce début d’automne, pourquoi donc avoir repris un dossard pour Cherbourg, six heures de trajet dans une même journée pour affronter la pluie. Oui mais l’émotion, oui mais la satisfaction et le réconfort après l’effort, et l’illusion d’avoir grandi encore un peu tout en rajeunissant aussi. Peut-être l’impression, l’espace d’un simple chrono, de maîtriser le temps qui passe trop vite.

L #3

Liste d’attente, je suis sur liste d’attente alors que la rentrée bat son plein, donc j’attends. Rentrée au club avec la préparation au marathon de Palerme, je reprends le fractionné et ça pique, je me rends compte que le fractionné sur un kilomètre commence à vraiment me plaire. Je me contentais encore l’année dernière de faire un footing sans changer d’allure sur 6 x 1km, à présent je travaille mon allure et ma reprise à chaque nouveau bloc, fini la zone de confort. Rentrée au club de triathlon où la séance de fractionné court avec un échauffement sérieux et progressif me permet de m’éclater dans les accélérations, aller au bout de la foulée. Je trouve d’autres coureuses à mon allure qui m’aident à éprouver mes propres limites et ça fait du bien. Enfin, rentrée au club de natation, j’ai tardé à reprendre l’entraînement parce que j’avais fini par me caler sur ma natation d’un kilomètre pile le midi, là où personne ne me regardait nager. Et ça ne loupe pas, dès les premières lignes, le coach me reprend sur l’opposition et le battement de jambes, forcément en nageant seule, je me suis confortée dans les mauvaises habitudes et je n’ai pas fait en sorte de nager mieux, je ne me donne aucun moyen de nager plus vite si je ne tends pas les pointes et si je ne vais pas chercher plus loin avec les bras au moment de respirer.

Je n’avais encore jamais essayé la séance du samedi matin, réservée aux nageurs triathlètes, avec une ligne réservée à l’entraînement d’endurance et une autre à la technique de nage. Pourquoi je pense que cette dernière m’est réservée, je ne pourrais le dire, sinon que je ne me vois pas suivre la cadence de l’autre ligne pendant deux heures entières. Grosse erreur ! Au bout d’une heure de technique sur deux nages seulement, la séance est finie et je n’ai aucun moyen de rejoindre les autres, la logique de l’entraînement ne veut ni intrusion ni interruption. Je m’octroie la première ligne de la piscine et je nage un dernier kilomètre.

Je suis toujours sur liste d’attente, 16e au moment où je me suis inscrite et 2e au bout d’une semaine. Le triathlon du Contentin, à Cherbourg, Normandie. Pour changer des châteaux, un départ dans la rade, un peu comme aux Sables d’Olonne, me dis-je, un deuxième format M. Mais je n’ai fait aucune sortie longue à vélo, je ne suis pas retournée à la base de Torcy depuis plus de deux semaines, comme si la rentrée avait sonné le glas des baignades en eau libre. Pourquoi cette envie d’en découdre à nouveau avec le format olympique juste après Chantilly, sans doute pour corriger les défauts que j’ai identifié le jour de mon premier format M, sauf que le délai ne m’a pas permis de progresser entre-temps, mais je m’inscris quand même. Et ce soir, je reçois la réponse tant attendue, je fais partie de la liste définitive, je vais pouvoir participer au triathlon du Contentin avant de ranger ma combinaison et mon vélo pour l’hiver.

L #2

Lorsque je l’ai courue en 2014, La Parisienne fut ma première inscription à une course. Je n’avais encore jamais couru plus de 5km, je me suis demandée si j’allais arriver à bout du parcours d’une curieuse distance de  6,7km, aujourd’hui la course propose un tracé sur 7km. Jamais je n’aurais récidivé si je n’avais été sollicitée au boulot pour faire partie d’une équipe. Nous nous sommes retrouvées à 8h45 pour la photo de groupe devant la Tour Eiffel et il a ensuite fallu patienter presque deux heures pour accéder à la ligne de départ, il faisait 9 degrés. J’aurais voulu partir par la première vague possible parce que je sais que sous couvert de course, cet événement autour d’une cause rassemble surtout des personnes qui marchent. Il ne faudrait plus courir que des courses, plus petites, qui reversent leurs fonds à une cause telle que la lutte contre l’endométriose ou la prostate, de plus en plus d’organisations voient le jour. Je suis partie par la septième vague en m’étant avancée jusqu’à la première ligne, nous nous sommes retrouvées à trois coureuses en tête du peloton pendant quelques centaines de mètres, je suivais d’abord les deux premières jusqu’au moment où nous avons rejoint la sixième vague, partie cinq minutes avant nous. L’une des deux autres coureuses s’est perdue dans les zigzags à opérer pour passer le mur des dernières coureuses lancées juste avant nous, je suivais encore la dernière survivante avec moi du trio de tête de notre vague. A un moment stratégique où l’option se présentait de dépasser par la gauche sur le trottoir ou par la droite en passant entre deux coureuses très proches au risque de les bousculer un peu, j’ai perdu l’autre coureuse dans mon rétroviseur. J’en ai profité pour abandonné mon sweet-shirt sur le trottoir avant de revenir slalomer à nouveau parmi la foule dense, compacte et lente des parisiennes. J’ai fini par me prendre au jeu et relancer ma foulée tous les dix mètres voire moins pour dépasser un coup en sautant entre deux coureuses, la fois d’après en contournant tout un groupe assorti aux mêmes couleurs et à la même foulée, pour mieux accélérer dès que possible sur une ligne pas vraiment droite, mais pas si maladroite non plus. J’ai peu bousculé. Je me suis même offert une petite accélération sur les cent derniers mètres en me rappelant qu’au septième kilomètre, sur un parcours de 10km, j’arrive toujours au point de décélération. Je finis 82e sur… combien de participantes, 35000 a crié le speakeur ? Un peu plus de 21000 finiront classées. Je me souviens ne pas avoir pris la médaille que l’on me donnait dans un sac, il y a cinq ans, parce que je voulais récupérer une rose et l’offrir à celle qui m’attendait. Cette fois, je récupère deux roses pour les mettre chez moi et y accueillir celle dont j’ai attendu la visite toute la semaine, pour ne pas dire des semaines et des mois, puisqu’entre temps j’ai slalomé de mon côté sans trop savoir où aller ni comment la retrouver sans bousculer trop de personnes tout autour pour pouvoir la rejoindre, dans un lendemain idéalisé. Elle a remarqué que les roses avaient même une odeur de rose. tout arrive un jour, ou presque.

L #1

L comme long, le format de triathlon auquel je me suis inscrite, le Half prévu le 5 juillet 2020, je suis large. L comme large justement, prendre la tangente et m’éloigner un peu des groupes au moment où ils se reforment, à la rentrée, tandis que j’aspire à rependre l’entraînement seule ou à deux, sans la pression du nombre et cette frustration de ne pas y retrouver mes objectifs. Dix mois de préparation avec un hiver qui sera concentré sur la natation lorsque les routes seront trop gelées pour sortir le vélo et que les sorties au stade le matin seront compromises. Dans un premier temps, l’automne sera placé précisément sous le signe des sorties longues, puisque les douze semaines de préparation marathon doivent nous emmener vaillamment jusqu’à Palerme pour y courir les 42,195km le 17 novembre. J’ai perdu le groupe dès dimanche dernier, lors de la première sortie longue. Je ne sais pas pourquoi cela m’arrangeait, j’ai fini par traverser une passerelle au-dessus du canal de l’Ourcq, un peu après Bobigny, personne du groupe n’avait rebroussé chemin parmi les plus rapides partis en tête, personne ne m’avait rattrapée non plus depuis que j’avais distancé le gros de la troupe au tout départ. Enfin, le printemps signifiera, avec le retour des beaux jours, le moment de m’attaquer au principal enjeu dans un triathlon de format long, à savoir les 90km de vélo, une première pour laquelle il me manque tout un pan d’expérience non acquise, des réflexes et de la puissance. Dix mois de préparation en trois saisons pour me sentir prête le jour J, être capable surtout de prendre un plaisir fou à participer au Half Ironman des Sables d’Olonne. Dix mois d’intensité.

L comme love. J’aurais aimé courir avec la fée foulée mais elle vole trop vite pour moi. Elle, cela fait dix mois que je la raconte de long en large, depuis le premier échange en automne, cela fera un an pile le 17 novembre, jour du marathon de Palerme, étrange hasard de la vie. Depuis la soirée givrée du nouvel an jusqu’aux retrouvailles estivales à mon retour de Grèce, en passant par le séjour ensoleillé à Nice et le trail des deux baies en plein vent du Nord, la course de la Saint Valentin et les quelques nouvelles échanges au gré des occasions créées. Elle m’accompagne en pensée dans la préparation du marathon de Palerme, ce sera mon premier marathon avec la championne dont la réputation est parvenue à mes oreilles bien avant que mes yeux ne découvrent une photo d’elle, cheveux courts, changement de coupe. Elle n’est pas celle qui m’attendait sur une ligne d’arrivée pour me féliciter, mais c’est avec elle que je veux m’aligner pour prendre un nouveau départ à deux pour mieux grandir ensemble et éprouver l’horizon qui s’offre à nous droit devant à l’aune de nos rêves partagés. Je ne suis pas celle qui lui promettra de la rassurer mais qui veut l’aider à trouver sa sécurité intérieure, comme moi la première j’ai fini par trouver la mienne au fil des pages et du partage, à force de multiplier les foulées loin de la foule, trouver mon élan et ma respiration. Un jour viendra où notre histoire aura un commencement et se sera enrichies d’anecdotes, d’improbables points communs au détour d’une découverte au hasard de nos pérégrinations, nous aurons approfondi les premiers échanges et nourri nos affinités originelles comme on retourne une terre pour y semer les germes qui donneront les fruits du potager à cultiver. Ensemble, nous avons, par à-coups et à tâtons au tout début, marché vers une ligne de départ dont il nous fallait d’abord tracer le trait pour départager le présent de ce qui sera l’avant, et marquer ainsi ce que nous envisageons pour ce qui sera l’après, une fois trouvé la petite musique qui nous ressemble et que nous reconnaîtrons ici ou là-bas, maintenant et ailleurs. Tout reste à écrire.