Vichy #30

Trois mois aujourd’hui tout pile que je fréquente mes trois salles de sport situées chacune à 300m de chez moi, je sors matin ou midi et soir la serviette à la main pour aller à la plage trouver des sensations musculaires forcément nouvelles pour moi, je n’aimais pas le renforcement. Depuis que je suis passée à dix heures de Pilâtes par semaine, trois à cinq heures de RPM à danser sur ma selle de vélo et une à deux séances de natation, une saison nouvelle s’est inventée. Elle me parle d’un climat enthousiaste et complice, d’un ciel ambitieux et de vagues motivantes. Et pour récompenser mon assiduité, mon apicultrice de super prof de Pilâtes m’a apportée un pot de son miel couronné Prix Ile-de-France 2019, de quoi me doper en tout bien tout bonheur pour mes prochaines compétitions en tartinant la douceur du printemps sur mon pain le matin. Ça continue dimanche prochain avec le deuxième 10km de l’année après celui de Nice où j’ai retrouvé des sensations de course que j’avais totalement perdues depuis la fracture au pied l’année dernière, je me suis calée sur le rythme des autres filles du club pour ne rien brusquer et j’ai senti la confiance et un plaisir fou revenir dès les premières foulées sur la Prom’ niçoise. Le 10km des Champs-Elysées part de l’avenue Hoche et propose un parcourt exceptionnel jusqu’au Parc Monceau en passant par les Champs que nous aurons le privilège de descendre. J’officierai le week-end suivant pour la troisième fois en tant que Cupidon à l’occasion de la course de mon club, les Front Runners, celle de la St Valentin pour laquelle je dois faire matcher des profils inscrits pour le 5km en duo avec la consigne de franchir ensemble la ligne d’arrivée, et je suis référente pour la première fois du Super Sprint Paris 19e organisé par mon club de triathlon, Athletic Cœur de Fond, là où pour moi tout a commencé sur la distance XS en 2019. Le mois de mars cette année va arriver trois fois plus vite et je m’en réjouis, mais je profite surtout de chaque instant de l’accalmie hivernale pour continuer à me préparer dans la douceur à ce qui va devenir dès le mois d’avril l’objectif de ma nouvelle saison, l’Ironman full distance. Tandis que j’écris ceci, un mail de la salle de sport me propose une formation de coach sportive, la bonne blague - moi qui rêvais depuis si longtemps de fabriquer enfin mon miel de lavande…

Il faut plus d’une fois pour un conte de fée #30

j’ai reçu d’une étoile un appel en absence
dans la nuit de janvier je l’ai laissé filer
il m’a rappelé la voix d’avril cette voix
quand je l’ai entendue pour la première fois
et que toutes les fois ont écrit 
notre histoire
les planètes alignées me ramènent toujours
les mains dans la terre de cette rencontre 
authentique
je la cultive et la cultiverai souvent
blottie contre l’un des instants mûrs 
aujourd’hui
comme le chat sur l’unique filet de lumière
dans la pièce obscurcie j’attends sans 
rien attendre
seules mes lèvres récitent ce refrain pour elles-mêmes
and from your lips she drew the hallelujah *

*Leonard Cohen, “Hallelujah”, 1984.

Photo : Leonard Cohen (et son chat) à Los Angeles en 2016.

Il faut plus d’une fois pour un conte de fée #29

la vie animale s’étire en moi comme un récit j’allonge ma colonne 
je développe la structure mes membres tressautent 
les personnages fictifs
prennent vie à l’appel de leur nom vertèbre après vertèbre je déroule 
mon dos et ce sont autant de facettes d’un même 
caractère dévoilé
tout le corps se déploie dans l’espace et l’engrenage me prend jusqu’au cou 
mes doigts lèvent les dernières tensions puis dans un souffle
mettent la ponctuation

Photo : le chat de Mitch (1960-).

Il faut plus d’une fois pour un conte de fée #28

tout se construit dans le temps et le temps lui-même 
s’y reprend à plusieurs fois pour trouver son souffle 
premier 
celui par lequel tout a commencé 
depuis le début nous le croyons régulier 
en réalité il peine plutôt et s’ajuste
à nos humeurs rattrape la seconde 
qui traîne trop
et envie l’espace qui s’étire jusqu’au-delà
de nos propres capacités respiratoires
en se disant pourquoi les gens ne perdent pas
de vue le temps 
comme lui je rêve d’un jardin
où rien ne fanerait toujours j’y flânerais 

Photo : August Macke, « Le jardin », 1914.

Il faut plus d’une fois pour un conte de fée #27

j’ai projeté à l’ombre du palmier 
la chaleur d’une main pour éprouver 
des sentiments la force 
sa poigne ferme
était persuasive et je suis restée 
au soleil de mes tremblants souvenirs 
je m’y suis assoupie 
sous peu l’emprise 
est devenue telle que pour s’éveiller
ma main a libéré de son aigreur 
la plante qui trop longtemps
s’est rêvée arbre 
de son cœur tendre je me suis régalée 
marié aux autre choux fiers sur leur tige
et je me suis promis
d’y revenir

Photo : Kasimir Malevitch, « Torse de femme », 1928.

Il faut plus d’une fois pour un conte de fée #26

le bleu m’éclabousse j’habite l’immensité 
d’un océan où la poésie crée l’indécent
ce lieu improbable où le pire
peut sonner juste
où le meilleur échappe à la réalité
et dans ce chez moi le trop plein est accepté
ici tout tangue 
ton immeuble s’écrase au mien
et quand tu marches il y a toujours ce clocher
un rien ferait tout chavirer 
c’est comme ce phare 
que dans ton regard j’avais cru voir s’allumer

Photo : Vassily Kandinsky, « Moscou », 1916.

Il faut plus d’une fois pour un conte de fée #25

ses ailes de papillon 
ont caressé la joue 
du paysage passage 
par l’élan éventail
insufflé du génie 
dans la branche hébétée
elle fait chorale avec
les arbres qui éternuent
pour trouver une note
dire le vent qui se lève
dans la prairie prédire
en ce jour l’harmonie

Photo : Joan Miro, « Oiseau zéphyr », 1956.

Il faut plus d’une fois pour un conte de fée #24

ce soir une tourterelle 
s’est fait belle 
pour se distinguer 
de sa vulgaire voisine 
elle a lissé le brun
du plumage  
gommé la rousseur 
banni le gris à vie
et roucoulé ses notes 
une à une
selon l’harmonie
de sa fidélité
je te tiens par la taille
d’une seule main 
pour te soulever
tu la vois s’envoler

Photo : Pablo (perchoir) Picasso.

Il faut plus d’une fois pour un conte de fée #23

tu m’as appris le printemps pour toi j’ai fleuri 
mon langage 
la prose de mon fleuve a déroulé
son roman jusqu’à l’océan où le récit 
est corail
d’oralité et d’un lieu à l’autre 
j’entends couler ta voix frêle aux mots ciselés 
comme des perles 
l’une d’entre elles plus rare m’a raconté
avoir troqué son éclat de nacre pour un teint
plus bronzé
assorti aux reflets argentés
du soleil qui caresse la surface de l’eau
il se dit
que la perle en or n’a pas sombré

Photo : Kees van Dongen, « En la plaza, femmes à la balustrade », 1911.

Il faut plus d’une fois pour un conte de fée #22

ou peut-être ma vision 
fut particulière 
de ce monde où nous n’étions 
pas contemporains 
et l’ici s’est dissipé 
en grande poussière 
de souvenirs inventés 
variations intenses
le maintenant qui s’écrit 
en folle impatience 
dans une nuit déliée
je lui appartiens
il me relit au matin 
la lumière se fait

Photo : Edvard Munch, « La nuit étoilée », 1923.