Après tout j’ai commencé à rouler au mois de mai l’année dernière, le stage était annulé et je ne tenais pas le crawl sur toute une séance, qui plus est j’avais tant couru que je ne pouvais plus. Cette année le stage est maintenu, je n’ai jamais autant nagé la distance d’un triathlon long en crawl que ces dernières semaines, enfin je reviens à la course à pied avec une furieuse envie d’en découdre et non plus lasse des sempiternelles mêmes douleurs, je suis blonde et je frise, comme si je renaissais, émerveillée, la poésie permettrait-elle de se mettre au monde soi-même. Direction le massif de l’Esterel donc, en déclinant le nom cet après-midi, je m’y intéresse enfin. Souffrir, dit-elle, poursuivre le travail sur le dénivelé, vertige de l’ascension et descentes en lâchant tout, ne plus se raccrocher à rien, la roulette russe, le prochain virage peut être le dernier. Comment mieux préparer ce col du Cengle qui me terrifie tant sur l’ascension de la montagne Sainte-Victoire prévue au mois de mai, demain, mon vélo dont j’ai changé le guidon est prêt et me le fait savoir tous les matins, il n’y a pas une fois dans la journée où je ne me heurte pas à lui, je connais la musique de sa mécanique, même aux cycles Laurent où je l’ai amené transiter, ils se regardaient parce que cette musique-là, celle de Shimano, c’est la magie de la puissance. Je lui parle à mon vélo, je parle à mes deux vélos comme à mes deux chats, il sait ce qui arrive. Moi je ne veux pas trop savoir, techniquement parlant, alors je me raccroche à toute poésie, massif de l’Esterel de l’ancien Provençal estelell qui veut dire soleil, c’est pas magnifique hein, sinon nous avons une piste venue du latin qui parle de sterilis, à savoir stérile, n’importe quoi, oublions les langues mortes pour ressusciter le mot provençal Estèla, étoile, la voilà l’origine. Je vais aller décrocher la lune au massif de l’Esterel, tellement je brûle, envie d’absolu, d’intensité comme jamais, Mistral inspire-moi, guide-moi à travers tes contrées, dans ma quête, je viens à toi braver ton vent, ta folie, ne mésestime pas mes intentions, je suis en transition.

Alexandre Deïneka, « La course de relai », 1947.

4 réflexions sur “Nadège Night & Day #56

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