Nadège Night and Day #31

J’ai deux chats, Kit&Kat, et deux vélos, Spring et Storm, ce dernier, mon vélo de course, fait presque partie de ma famille de félins tellement nous nous sommes apprivoisés lui et moi, j’ai mis un temps fou à me familiariser avec lui, mon Storminou, trouver mes marques, être à l’aise. Il est parti hier soir aux cycles Laurent pour lui changer le cintre, en espérant qu’il n’y ait rien à modifier d’autre dans sa structure, le gars de l’atelier m’avait l’air plutôt confiant et rassurant. Pour parcourir les routes de la Sainte Victoire dans quatre mois, il me faudra pouvoir changer de vitesses autrement qu’en allant les chercher au bout des prolongateurs en pleine côte, jusqu’ici je n’avais pas été capable de gravir quoique ce soit sans devoir m’arrêter, trouver le pignon adapté et tenter de repartir en danseuse et en force alors que tout le monde progresse. Pourvu que je le récupère au moment où la météo nous permettra de retourner à Longchamp. J’en suis à 42km de course à pied en ce dernier jour travaillé, avec une dernière séance côtes et escaliers sur ma sacro-sainte butte Montmartre, ou plutôt une séance touristes et pavés pendant laquelle je slalome comme je peux parmi la foule qui monte et redescend du Sacré-Cœur pour trouver le meilleur spot et se prendre en photo avant de filer en terrasse dans le quartier, nous sommes plusieurs à grimper et dévaler les escaliers de la rue Foyatier et courir sur Caulaincourt. Mercredi soir, la piscine était plus bondée que jamais pour un soir en semaine, je me suis incrustée tant bien que mal parmi les vrais athlètes aux muscles saillants et au rythme frénétique, je compte récidiver d’ici quelques heures en me projetant déjà dans ce moment où je m’enfonce tête la première en apnée jusqu’à une ligne libre pour m’étirer de tout mon long et sentir les courbatures disparaître progressivement sous l’effet de l’élimination de l’acide lactique accumulé pendant l’effort et recyclé grâce à la stimulation du système vasculaire dans l’eau.

Nadège Night and Day #25

Trois années séparent cette photo de la précédente, prise sur la place Masséna au cœur de Nice. Trois années et trois confinements, je porte la même tenue du club, les chaussures ont changé, et tellement d’autres choses aussi que je m’amuse à regarder ces deux photos en les comparant. Sur la première, j’ai rejoint le club des Front Runners de Paris depuis à peine six mois, j’ai couru et gagné ma médaille d’or au marathon des Gay Games, supportée par la coach Delphine, je suis partie courir le marathon d’Athènes en novembre et j’ai rencontré Pascal en devenant bénévole pour la course de la Saint-Valentin comme lui, nous avons partagé la même chambre, les mêmes délires, et j’en suis à progresser sur les courses de 10km d’une minute chaque fois. Un mois plus tard, je cours les 5km en duo avec Chloé sans plaisir mais avec un podium, puis je découvre enfin le triathlon à l’occasion du Super Sprint organisé par Athletic Cœur de Fond. Sur la deuxième photo, j’ai rejoint ACF depuis ce premier triathlon XS au mois de mars 2019, je m’entraîne en tant que triathlète et j’ai à mon actif trois triathlons longue distance en 2021, mais par-dessus tout je suis venue passer un week-end en amoureuses avec ma coureuse hors-pair dont je partage la passion, les résultats, le moindre entraînement pour s’encourager à deux. Je prends du plaisir dans tout ce que je fais, un plaisir fou à chaque fois, je m’estime chanceuse, tellement heureuse d’avoir trouvé cette personne qui respire la même joie, ce bel enthousiasme. Peut-être me fallait-il patienter ces trois longues années avant de la rencontrer, ne serait-ce que pour attirer son attention enfin et me montrer plus rassurante, c’est qu’elle me donne envie de l’être chaque jour un peu plus et de devenir cette meilleure part de moi vers laquelle je tends. C’est forte d’un élan nouveau et de souvenirs ensoleillés par milliers que je retourne sur la piste dès lundi midi, lendemain de notre sortie sur les collines de Nice avec les trois clubs réunis, et parce que nous avons couru ensemble dans mon stade de 300m je choisis d’y retourner pour une séance de fractionné de plus en plus court, je me sens en forme plus que jamais, transportée. Le lendemain, je double la distance d’échauffement pour courir jusqu’au stade de 400m prête à m’essouffler sur un fractionné long, le vigil à l’entrée m’informe que j’ai un quart d’heure seulement avant l’arrivée des scolaires, c’est parfait pour assurer la séance de 3x1000m à fond. Et puisque j’ai déjà visité deux de mes trois stades, je profite de la séance relax du mercredi pour m’entraîner sur le petit stade de la rue Championnet avec son église et ses arbres, il fait 250m et contrairement à ma séance de la veille, seule sur la piste, je suis entourée d’une dizaine de coureurs et d’un public de parents venus assister à l’entraînement de foot de leur progéniture, l’ambiance est printanière, ou alors c’est l’été dans ma tête qui se dilue dans la météo hivernale. Un mois tout pile que je ne suis pas retournée à la chorale, depuis le week-end au château de Presles, nous avons logiquement gagné une demi-heure d’ensoleillement depuis donc et le chat dans ma gorge s’est dissipé, nous chantons Over the Rainbow pendant quasi toute la répétition. Il ne me reste plus qu’à honorer ma première séance de natation pour me laisser glisser vers la fin de la semaine et le timide retour du soleil sur la capitale pour y adoucir les températures.

Direction Etoile #48

J’ai rêvé que je prenais le dernier virage au bout de ma course et que je regardais ma montre au moment de l’arrêter, certaine d’être à 12km au bout d’une heure, je lis 22km. C’est aujourd’hui le jour du marathon de Paris mais je ne vais pas courir les 42,195km sous peine de ne pouvoir reprendre l’entraînement comme prévu cette semaine, néanmoins j’ai tenu à aller retirer mon dossard et je serai au départ de la course à 9h41. Direction Etoile. Le bus 31 passe à 8h31, c’est le trajet en bus que je préfère de l’année, tous ceux qui montent ont un dossard et il n’y a personne ou presque dans les rues, lorsqu’on grimpe vers l’Arche de Triomphe, les coureurs convergent tous vers le même endroit en courant, en traînant, le monde entier s’est donné rendez-vous sur les Champs. J’y retrouve Marion, une coureuse du club, chose incroyable car on peinerait presque à avancer vers les sas tellement la foule est dense, c’est son premier marathon, je suis fan. Avec le recul, je suis soulagée et contente d’avoir écourté ma sortie vélo de la veille pour rentrer sur Paris après 40km depuis la gare de Brunoy, je pars donc sur des distances olympiques pour ma reprise, la logique veut que je cours une dizaine de kilomètres, à savoir l’équivalent de ma sortie trail à Meaux le dimanche précédent, j’écoute les signaux qui viennent à moi pour gérer ce temps de récupération au mieux. Le soleil commence enfin à nous réchauffer lorsque nous prenons le départ pour dévaler le long des Champs Elysées, c’est un moment magique que je n’aurais raté pour rien au monde et je suis ravie de le partager avec une future marathonienne motivée à bloc et à l’affut de son allure, nous accélérons depuis Concorde jusqu’à rue Rivoli après avoir effectué le désormais traditionnel crochet par Opéra, je lui montre la boutique R&C. Lorsque nous approchons du bois de Vincennes, notre allure est sous les 5mn au km, j’espère que Marion tiendra cette allure jusqu’au bout ou du moins ne pâtira pas d’un départ trop rapide, tout indique qu’elle est à plus qu’à l’aise, elle a trouvé son rythme. Arrivées au niveau de la Porte Dorée, nous entendons de loin la si jouissive play-list du stand des pom-pom dressée par le club pour encourager les coureurs, j’accompagne Marion jusqu’aux supporters déjà à l’œuvre et je la laisse poursuivre sa course épique. Elle finira son marathon en 3h38 et sa folle performance me donnera le sourire jusqu’au bout du week-end et définitivement envie de retourner à l’entraînement avec les autres. J’y suis d’ailleurs dès le mardi soir pour l’entraînement aux Buttes Chaumont alors que la nuit commence déjà à tomber, je viens tout juste de quitter l’été ce dimanche, l’échauffement est à peine terminé que les gardiens sifflent déjà pour nous inviter à quitter le parc pour courir autour des grilles, je m’incruste dans un groupe et je m’élance.

Direction Etoile #8

Ce n’est pas tant la vitesse qui compte que la direction que l’on décide de prendre, non ? Les Sables d’Olonne dans quatre mois, mon premier Half-Ironman, je suis une touriste. Mais pour cette occasion, je m’offre un tout petit triathlon maison comme j’aimais le faire à cette époque qui me paraît si lointaine où je suivais encore les entraînements. J’arrive pour 8h01 à la piscine et je retrouve mes deux acolytes dans la même ligne d’eau que moi, nous ne nous sommes encore jamais adressés la parole et pourtant nous partageons la même habitude de nous retrouver à la fraîche pour quelques longueurs. Aujourd’hui, je décide de partir en crawl et de m’y tenir le plus longtemps possible au lieu de m’échauffer en brasse coulée et venir au crawl progressivement jusqu’à y rester, et je tiens parce que je ne pars non plus comme pour un super sprint ou pour doubler, bien au contraire je vais chercher le plus loin devant comme si je creusais mon sillon. J’ai l’impression que je pourrais continuer sur ma lancée et garder la cadence pendant toute la matinée, je sais où se situent les deux autres nageurs sur ma trajectoire et je parviens à les intégrer dans ma progression, je mesure la chance que j’ai d’être là, même si j’aurais préféré éviter cette fracture du bassin il y a six ans dont je subis les séquelles, au moins elle me donne accès à la possibilité de traiter mon affection de longue durée. Cependant, je dois être rentrée à 9h chez moi pour rouler sur le home-trainer, sortons. La transition est évidente, je n’ai qu’à pédaler et transpirer tout ce chlore qui me colle à la peau malgré la douche, plus l’effort sera intense, plus vite cette odeur disparaîtra. Toutes ces évidences, on sent le chlore pour la journée entière malgré tout savonnage, on ne se réchauffe pas en roulant lorsqu’il fait froid, partir trop vite dans une course ne permet pas de la gagner et parfois le Negative Split est la plus payante des stratégies. J’ai roulé un peu moins de vingt kilomètres et il me reste la partie course pour consacrer la dernière demi-heure de ce format S à la course à pied en relevant mon désormais quotidien challenge d’un sprint sur quatre miles, en prenant la rue des Poissonniers en direction de la rue Marcadet à l’aller et dans l’autre sens en revenant du boulevard Ney. Mon premier triathlon maison est accompli et me porte dans cette dernière journée travaillée de la semaine, l’annonce est officielle le soir-même, pas de confinement le week-end et c’est tant mieux pour profiter d’un regain de printemps et du soleil prévu. Pourquoi ne pas tenter un format M dès le lendemain, jour posé pour déconnecter, autour d’une sortie au parc de la Poudrière par le canal de l’Ourcq moins fréquenté en semaine. Un format un peu spécial, pas très académique, qui commencerait par 10km de course.

L #48

Premiers jours du mois de juin et le stade a rouvert, le stade a ouvert ses portes à nouveau. Jamais je n’aurais cru être émue par cela, l’ouverture des portes d’un stade post-confinement. C’est l’effet surprise qui a joué, après un mois de mai confisqué, le mois où rien ne me plaît. J’ai commencé ma boucle comme d’habitude en direction du boulevard Ney, dont les trottoirs sont aussi larges que la route et me permettent de ne gêner personne tout en profitant d’une meilleure luminosité sur tout le trajet, le soleil se couche à l’aller et se lève sur le trajet retour. Porte Saint Ouen, je n’oblique plus vers le stade Max Rousié, de la même manière que je ne tente pas un crochet par le stade Bertrand Dauvin lorsque j’arriverai porte de Clignancourt, mon ancienne boucle n’est plus d’actualité et les tours sur le bitume se font ressentir au niveau des articulations, j’arrive porte de Clichy et je m’immisce à nouveau avec les piétons. Sans vraiment m’en rendre compte mais sans l’ignorer complètement non plus, je me retrouve à courir sur mon trajet matinal vers le siège, là où je n’ai pas remis les pieds depuis trois mois, comme si je ce repère pouvait me rassurer en ces temps incertains de crise sanitaire et distance sociale, je chercherais donc à me rapprocher autrement de ce que je connais à défaut d’y retrouver comme auparavant ceux que j’y côtoyais, bientôt j’irai courir au parc Monceau. Direction Guy Moquêt pour basculer à nouveau du 17e vers le 18e arrondissement en zigzaguant entre piétons en plein shoppings et terrasses qui débordent de partout et de joie, une ambiance de libération me porte depuis quelques jours où il n’y a plus table disponible à l’horizon tant l’impatience était grande de se retrouver et tenter un rapprochement physique malgré la distance sociale imposée, la ville explose à nouveau en toute fin d’après-midi et jusque tard et rivalise d’inventivité pour pousser les murs et mordre sur la route, sur l’avenir.

L #35

Le semi-marathon de Paris est annulé, la décision est tombée la veille alors même que la plupart des coureurs sont en train de récupérer leur dossard. Le mien m’attend sagement dans ma cuisine, je m’étais faite à l’idée de me lever tôt dimanche, dernier jour de mes vacances, même si je ne me sentais pas suffisamment entraînée. L’année dernière, j’avais passé toute la semaine précédent le semi en Angleterre, dans la région de la Cornouaille, à courir trois miles tous les matins en t-shirt noir et chaussures oranges, face au spectacle chaque matin inédit et fulgurant du vert intense et des arcs-en-ciel aussi sublimes qu’évanescents. Le parcours du semi avait changé et nous faisait désormais partir d’Austerlitz et non plus du château de Vincennes. Et j’avais lutté, contre la douleur des anciennes blessures, puis contre le vent. Je me souviens d’avoir pensé abandonner au quinzième kilomètre parce que je n’avançais plus, j’avais plutôt l’impression de m’essouffler à pédaler dans le vide comme un hamster dans sa roue. Puis la descente vers Paris à partir du 17ème kilomètre m’avait ramenée à la raison et j’avais bouclé le parcours.

Pas de semi demain. Plus d’enjeu. Je me suis économisée pour rien. Que je crois, mais c’est faux. J’ai surtout profité de cette semaine de repos pour nager davantage et rouler un peu sur ce nouveau vélo, que je commence tout juste à prendre en mains, à prendre en pédales devrais-je dire. Jusqu’ici j’appréhendais le moment où il me faudrait m’élancer dans les rues, les chaussures clipsées aux pédales, d’abord un pied puis l’autre en regardant plus que jamais loin du guidon à l’affût du moindre stop ou obstacle qui m’obligerait à dégager mon pied de la pédale en pivotant légèrement vers l’extérieur. Je commence dans une impasse puis je prolonge par une voie qui débouche elle-même sur une rue, je me retrouve sur la départementale que je connais par cœur, me voici visée à la selle en apnée, le cœur battant parce qu’on m’a prévenue que la chute était inévitable au début. Mais je ne chute pas, pas encore. Peut-être n’en suis-je pas encore au début, les ennuis viendront avec la vitesse et le temps.

Privilège de vacancière, je suis arrivée la première aux heures d’ouverture de la piscine des Amiraux le midi et j’ai pu m’élancer seule dans une ligne d’eau parfaitement calme avant que d’autres nageurs ne me rejoignent. Un premier aller pour moi toute seule, en m’étirant sur toute ma longueur et en prenant le temps de l’échauffer, et toujours personne dans ma ligne sur le retour. Le luxe absolu. Un frisson de joie parcours tout mon corps lorsque mon bras va chercher loin devant pour me tracter en m’appuyant sur l’eau, je jubile en soufflant de toutes mes forces dans l’eau. Les autres nageurs peuvent à présent me rejoindre un par un, la séance m’appartient. J’alterne deux cent mètres de crawl et cent mètres de brasse coulée pour trouver la sensation de glisse qui me manque encore et je nage aussi longtemps que la présence des nageurs à présent en nombre me le permet.

Plus de semi. 44000 autres coureurs pénalisés comme moi. Certains se retrouveront pour courir la distance en groupe, d’autres en profiteront pour renouer avec les sorties en solitaire. Comme moi.

L #32

23’45’’ les deux boucles de ce chaotique parcours de 5km dans les Buttes Chaumont, mais quelle ambiance et quel bonheur d’entendre mon nom scandé au micro devant le Rosa Bonheur à l’issue de la première boucle et à l’arrivée par un Poney déchainé, la course de la Saint Valentin est résolument l’événement sportif le plus festif de la saison et je me suis régalée à encourager mes camarades qui avaient pris le départ du 10km le plus tordu de Paris. J’avais profité de la douceur printanière pour parcourir à pied la distance de 3km jusqu’au gymnase proche du parc, en mode échauffement, et la traversée du canal sous un ciel souriant m’avait provoqué un frisson de joie. Le retour autour de midi fut moins fluide avec le monde, une manière de travailler la reprise après un effort intense et malgré les petits tiraillements. Une journée de repos et j’espère repartir dès le lendemain en profitant de ce temps clément. Le compte à rebours des dix jours avant la relâche est lancé et je suis allée nager tous les midis de cette longue, fastidieuse et éreintante semaine pour me permettre de tenir jusqu’à la fin de chaque journée, ponctuée par une curieuse alternance entre éclaircies et giboulées. Quelle idée de sortir le deuxième jour une séance de fractionné maison alors que la pluie tombe drue et n’a pas décidé de cesser, entrecoupée de quelques épisodes de grêles, sinon que les éléments déchainés contre moi m’incitent à tout donner pour en finir au plus vite, très vite. J’ai couru seulement neuf kilomètres la veille, je n’ai pas l’énergie pour aller plus loin alors que mon tracé idéal m’aurait emmené facilement au-delà des douze kilomètres, seulement voilà plus rien ne semble évident, pas plus le rythme de ma foulée que ma respiration, rien. Mon endurance est mise à rude épreuve en plein hiver, je manque surtout de sorties longues. Rien n’y fait, je me traîne derrière une prépa marathon qui ne me motive pas, je suis nouée. Plus que cinq jours et la course à pied sera derrière moi, avec l’objectif cette fois de rouler, rouler toujours plus loin et toujours mieux pour aborder sereinement une distance de 90km. Cela fait un an jour pour jour que j’ai retrouvé mon bonnet de bain, j’étais retourné nager une petite heure, simplement pour tester les sensations et sans même mettre la tête sous l’eau, jamais mes cervicales n’auraient tenu le rythme de 5000m de nage ainsi toutes les semaines. Plus que quatre jours et je décide de retourner aux Buttes Chaumont dès ce soir pour l’entraînement côtes et escaliers de la prépa marathon, histoire de revenir sur les lieux et profiter encore un peu des souvenirs de cette course folle samedi dernier entre les ballons et l’enthousiasme des pisteurs. Je ne vais rien lâcher et revenir rompue mais satisfaite peut-être, à bientôt dix jours du semi marathon de Paris.

L #29

Ce n’était pas difficile de faire mieux qu’à Joinville, j’aurais voulu faire mieux encore. Mais. Mais il faisait très froid ce dimanche matin, les bronches s’enflamment vite en courant, et j’ai du faire le trajet vers le départ de ce premier 10km de l’année à vélo par manque de métro. Autant dire que je ne me suis pas réchauffée en traversant Paris, je suis arrivée les doigts de pieds et de mains congelés, le temps de récupérer mon dossard sans épingle, je me suis alignée pour un départ donné à 9h30. Je connaissais le tracé tout en virages, plutôt éprouvant. Je me souviens l’année dernière avoir pensé abandonner au 7e kilomètre, j’avais les bronches en feu, je parvenais à peine à inspirer et je n’avais plus l’impression d’avancer, je me traînais. Rien à voir cette année, je me fais doubler bien évidemment au départ, mais je ne pars pas trop vite non plus, en fait j’ai la foulée parfaite, le rythme idéal pendant le premier kilomètre. C’est au troisième kilomètre que tout s’est gâté, et non plus au septième ou huitième qui se passent beaucoup mieux pour le coup qu’au moment de la première boucle, la côte me ralentit parce que je ne suis pas échauffée ou déjà essoufflée par les dix kilomètres de vélo dans le froid, un bon enchaînement pour m’améliorer dans la transition vélo course à pied au triathlon. Toujours est-il que ce fameux troisième kilomètre sera le plus lent de la course. Ensuite, je retrouve un rythme plus soutenu, pas trop discontinu, moins decrescendo qu’avant. Et surtout je ne flanche pas sur la fin, je m’offre même le luxe d’un sprint sur la ligne d’arrivée pour que personne, et c’est bien la toute première fois, ne me double à mon arrivée. Je n’ai pas fait mieux que l’année dernière, pourtant les sensations étaient meilleures, j’ai profité du soleil lorsque je sentais sa chaleur m’emmitoufler, j’ai pensé à mon vélo qui m’attendait sage sur la ligne d’arrivée, à l’après-midi que je ne voulais pas passer seule, à elle. Si cette année, contrairement à la précédente, mise sur la qualité des sensations plus que sur la quantité des épreuves et des performances, tout me porte à croire que je vais pouvoir prendre le temps et le loisir de me régaler comme jamais dans ma nouvelle catégorie d’âge de vétéran.

Je conclue donc dans l’allégresse cette première semaine de préparation très peu intense puisque j’ai initié une première séance de fractionné maison en m’attelant à effectuer 5x1000m avec un kilomètre aller et un autre pour le retour en mode récupération, j’ai tenu un rythme autour des 4mn/km. Pour la première fois aussi, j’ai réalisé une séance d’escaliers & côtes maison en remontant ma rue jusqu’à son sommet, la place du Tertre, avec une exploitation dans les règles de l’art de la rue Foyatier, composée d’un seul escalier de 222 marches à escalader entre les passants à la montée et à dévaler le plus rapidement possible dans la descente. Ma sortie d’endurance fondamentale du lundi soir m’a emmenée faire le tour des stades sur 12km et ma sortie matinale de 8km le mercredi a été inspirée par une boucle dans le quartier jusqu’à la place Clichy. Cette semaine, je retourne à l’entraînement, le vrai.

L #28

Je n’ai pas récidivé dans le triathlon maison depuis mercredi dernier, les forces m’ont manquées pour boucler l’aller-retour en vélo à l’entraînement matinal de natation par une dernière sortie course à pied, que j’ai effectuée le lendemain mais sur les rotules. C’est moi que j’aurais du regonfler à la cave samedi matin, et non pas mon vélo à plat. Une inscription au triathlon d’Enghien-les-Bains plus tard et le moral repart à la hausse… celui-là, avec sa fameuse côte de Saint-Prix que j’aimerais apprendre à dompter d’ici là, je ne pouvais pas le louper. Un peu comme un triathlon maison, un peu comme chez moi.

Me voici donc inscrite à deux triathlons L, respectivement en juin puis en juillet, et à trois triathlons M sur les dimanches du mois de mai, histoire de mettre en pratique les bénéfices du stage de triathlon prévu en avril, une semaine après le marathon de Paris. Tout se met doucement en place et je finis par m’inscrire à un premier 10km, celui du 14e arrondissement de Paris, et que j’avais déjà couru l’année dernière, transie de froid. J’avais fait mieux qu’à la Prom’ Classique, le 10km de Nice couru deux semaines avant, mais je n’avais pris aucun plaisir à sillonner les ruelles encastrées dans la grisaille.

J’y retourne cette année parce que l’ambiance des courses me manque, parce que je n’ai pu courir qu’un semi à Palerme et que le dernier 10km sur lequel je me suis alignée à Joinville remonte à septembre de l’année dernière, autant dire dans une autre vie. Entamons donc la nouvelle année par un premier défi, ne pas faire pire qu’à Joinville… Comme prévu, je retourne à l’entraînement, j’improvise même une séance de fractionné maison, sur 5x1000m avec un kilomètre d’échauffement vers le stade et le même trajet pour récupérer au retour, j’atteints la vitesse de 3:34/km en me motivant toute seule.

J’exulte alors qu’une demi-heure plus tôt, je m’inquiétais et je m’inquiète toujours de savoir si je suis encore capable d’avoir de bonnes sensations en course à pied, les douleurs persistent aux ischios, le démarrage est de plus en plus laborieux. Et pourtant, je m’entête à m’aligner sur des courses comme pour m’offrir la promesse d’une forme retrouvée, d’un regain d’énergie à venir, et m’inspirer l’espoir de pouvoir prendre du plaisir encore longtemps, au moins cette saison, voir venir arriver les beaux jours du printemps et courir en assistant au joli spectacle d’un lever de soleil au-dessus du stade.

L’inquiétude sera toujours au cœur de la course à pied, à la lisière de l’excitation et sur fond de blessures anciennes ou à éviter, j’aurais au moins appris à me connecter à mon corps et à l’écouter un peu plus réagir au fil des saisons, éprouver ses limites et me pousser dans mes retranchements lorsque je me retrouve face à moi-même, qui suis mon seul et unique adversaire, mon meilleur soutient aussi dans l’épreuve. Pourvu que le plaisir de sortir et la satisfaction de rentrer rassasiée et enivrée d’énergie persiste plus que tout !