Direction Etoile #8

Ce n’est pas tant la vitesse qui compte que la direction que l’on décide de prendre, non ? Les Sables d’Olonne dans quatre mois, mon premier Half-Ironman, je suis une touriste. Mais pour cette occasion, je m’offre un tout petit triathlon maison comme j’aimais le faire à cette époque qui me paraît si lointaine où je suivais encore les entraînements. J’arrive pour 8h01 à la piscine et je retrouve mes deux acolytes dans la même ligne d’eau que moi, nous ne nous sommes encore jamais adressés la parole et pourtant nous partageons la même habitude de nous retrouver à la fraîche pour quelques longueurs. Aujourd’hui, je décide de partir en crawl et de m’y tenir le plus longtemps possible au lieu de m’échauffer en brasse coulée et venir au crawl progressivement jusqu’à y rester, et je tiens parce que je ne pars non plus comme pour un super sprint ou pour doubler, bien au contraire je vais chercher le plus loin devant comme si je creusais mon sillon. J’ai l’impression que je pourrais continuer sur ma lancée et garder la cadence pendant toute la matinée, je sais où se situent les deux autres nageurs sur ma trajectoire et je parviens à les intégrer dans ma progression, je mesure la chance que j’ai d’être là, même si j’aurais préféré éviter cette fracture du bassin il y a six ans dont je subis les séquelles, au moins elle me donne accès à la possibilité de traiter mon affection de longue durée. Cependant, je dois être rentrée à 9h chez moi pour rouler sur le home-trainer, sortons. La transition est évidente, je n’ai qu’à pédaler et transpirer tout ce chlore qui me colle à la peau malgré la douche, plus l’effort sera intense, plus vite cette odeur disparaîtra. Toutes ces évidences, on sent le chlore pour la journée entière malgré tout savonnage, on ne se réchauffe pas en roulant lorsqu’il fait froid, partir trop vite dans une course ne permet pas de la gagner et parfois le Negative Split est la plus payante des stratégies. J’ai roulé un peu moins de vingt kilomètres et il me reste la partie course pour consacrer la dernière demi-heure de ce format S à la course à pied en relevant mon désormais quotidien challenge d’un sprint sur quatre miles, en prenant la rue des Poissonniers en direction de la rue Marcadet à l’aller et dans l’autre sens en revenant du boulevard Ney. Mon premier triathlon maison est accompli et me porte dans cette dernière journée travaillée de la semaine, l’annonce est officielle le soir-même, pas de confinement le week-end et c’est tant mieux pour profiter d’un regain de printemps et du soleil prévu. Pourquoi ne pas tenter un format M dès le lendemain, jour posé pour déconnecter, autour d’une sortie au parc de la Poudrière par le canal de l’Ourcq moins fréquenté en semaine. Un format un peu spécial, pas très académique, qui commencerait par 10km de course.

L #48

Premiers jours du mois de juin et le stade a rouvert, le stade a ouvert ses portes à nouveau. Jamais je n’aurais cru être émue par cela, l’ouverture des portes d’un stade post-confinement. C’est l’effet surprise qui a joué, après un mois de mai confisqué, le mois où rien ne me plaît. J’ai commencé ma boucle comme d’habitude en direction du boulevard Ney, dont les trottoirs sont aussi larges que la route et me permettent de ne gêner personne tout en profitant d’une meilleure luminosité sur tout le trajet, le soleil se couche à l’aller et se lève sur le trajet retour. Porte Saint Ouen, je n’oblique plus vers le stade Max Rousié, de la même manière que je ne tente pas un crochet par le stade Bertrand Dauvin lorsque j’arriverai porte de Clignancourt, mon ancienne boucle n’est plus d’actualité et les tours sur le bitume se font ressentir au niveau des articulations, j’arrive porte de Clichy et je m’immisce à nouveau avec les piétons. Sans vraiment m’en rendre compte mais sans l’ignorer complètement non plus, je me retrouve à courir sur mon trajet matinal vers le siège, là où je n’ai pas remis les pieds depuis trois mois, comme si je ce repère pouvait me rassurer en ces temps incertains de crise sanitaire et distance sociale, je chercherais donc à me rapprocher autrement de ce que je connais à défaut d’y retrouver comme auparavant ceux que j’y côtoyais, bientôt j’irai courir au parc Monceau. Direction Guy Moquêt pour basculer à nouveau du 17e vers le 18e arrondissement en zigzaguant entre piétons en plein shoppings et terrasses qui débordent de partout et de joie, une ambiance de libération me porte depuis quelques jours où il n’y a plus table disponible à l’horizon tant l’impatience était grande de se retrouver et tenter un rapprochement physique malgré la distance sociale imposée, la ville explose à nouveau en toute fin d’après-midi et jusque tard et rivalise d’inventivité pour pousser les murs et mordre sur la route, sur l’avenir.

L #35

Le semi-marathon de Paris est annulé, la décision est tombée la veille alors même que la plupart des coureurs sont en train de récupérer leur dossard. Le mien m’attend sagement dans ma cuisine, je m’étais faite à l’idée de me lever tôt dimanche, dernier jour de mes vacances, même si je ne me sentais pas suffisamment entraînée. L’année dernière, j’avais passé toute la semaine précédent le semi en Angleterre, dans la région de la Cornouaille, à courir trois miles tous les matins en t-shirt noir et chaussures oranges, face au spectacle chaque matin inédit et fulgurant du vert intense et des arcs-en-ciel aussi sublimes qu’évanescents. Le parcours du semi avait changé et nous faisait désormais partir d’Austerlitz et non plus du château de Vincennes. Et j’avais lutté, contre la douleur des anciennes blessures, puis contre le vent. Je me souviens d’avoir pensé abandonner au quinzième kilomètre parce que je n’avançais plus, j’avais plutôt l’impression de m’essouffler à pédaler dans le vide comme un hamster dans sa roue. Puis la descente vers Paris à partir du 17ème kilomètre m’avait ramenée à la raison et j’avais bouclé le parcours.

Pas de semi demain. Plus d’enjeu. Je me suis économisée pour rien. Que je crois, mais c’est faux. J’ai surtout profité de cette semaine de repos pour nager davantage et rouler un peu sur ce nouveau vélo, que je commence tout juste à prendre en mains, à prendre en pédales devrais-je dire. Jusqu’ici j’appréhendais le moment où il me faudrait m’élancer dans les rues, les chaussures clipsées aux pédales, d’abord un pied puis l’autre en regardant plus que jamais loin du guidon à l’affût du moindre stop ou obstacle qui m’obligerait à dégager mon pied de la pédale en pivotant légèrement vers l’extérieur. Je commence dans une impasse puis je prolonge par une voie qui débouche elle-même sur une rue, je me retrouve sur la départementale que je connais par cœur, me voici visée à la selle en apnée, le cœur battant parce qu’on m’a prévenue que la chute était inévitable au début. Mais je ne chute pas, pas encore. Peut-être n’en suis-je pas encore au début, les ennuis viendront avec la vitesse et le temps.

Privilège de vacancière, je suis arrivée la première aux heures d’ouverture de la piscine des Amiraux le midi et j’ai pu m’élancer seule dans une ligne d’eau parfaitement calme avant que d’autres nageurs ne me rejoignent. Un premier aller pour moi toute seule, en m’étirant sur toute ma longueur et en prenant le temps de l’échauffer, et toujours personne dans ma ligne sur le retour. Le luxe absolu. Un frisson de joie parcours tout mon corps lorsque mon bras va chercher loin devant pour me tracter en m’appuyant sur l’eau, je jubile en soufflant de toutes mes forces dans l’eau. Les autres nageurs peuvent à présent me rejoindre un par un, la séance m’appartient. J’alterne deux cent mètres de crawl et cent mètres de brasse coulée pour trouver la sensation de glisse qui me manque encore et je nage aussi longtemps que la présence des nageurs à présent en nombre me le permet.

Plus de semi. 44000 autres coureurs pénalisés comme moi. Certains se retrouveront pour courir la distance en groupe, d’autres en profiteront pour renouer avec les sorties en solitaire. Comme moi.

L #32

23’45’’ les deux boucles de ce chaotique parcours de 5km dans les Buttes Chaumont, mais quelle ambiance et quel bonheur d’entendre mon nom scandé au micro devant le Rosa Bonheur à l’issue de la première boucle et à l’arrivée par un Poney déchainé, la course de la Saint Valentin est résolument l’événement sportif le plus festif de la saison et je me suis régalée à encourager mes camarades qui avaient pris le départ du 10km le plus tordu de Paris. J’avais profité de la douceur printanière pour parcourir à pied la distance de 3km jusqu’au gymnase proche du parc, en mode échauffement, et la traversée du canal sous un ciel souriant m’avait provoqué un frisson de joie. Le retour autour de midi fut moins fluide avec le monde, une manière de travailler la reprise après un effort intense et malgré les petits tiraillements. Une journée de repos et j’espère repartir dès le lendemain en profitant de ce temps clément. Le compte à rebours des dix jours avant la relâche est lancé et je suis allée nager tous les midis de cette longue, fastidieuse et éreintante semaine pour me permettre de tenir jusqu’à la fin de chaque journée, ponctuée par une curieuse alternance entre éclaircies et giboulées. Quelle idée de sortir le deuxième jour une séance de fractionné maison alors que la pluie tombe drue et n’a pas décidé de cesser, entrecoupée de quelques épisodes de grêles, sinon que les éléments déchainés contre moi m’incitent à tout donner pour en finir au plus vite, très vite. J’ai couru seulement neuf kilomètres la veille, je n’ai pas l’énergie pour aller plus loin alors que mon tracé idéal m’aurait emmené facilement au-delà des douze kilomètres, seulement voilà plus rien ne semble évident, pas plus le rythme de ma foulée que ma respiration, rien. Mon endurance est mise à rude épreuve en plein hiver, je manque surtout de sorties longues. Rien n’y fait, je me traîne derrière une prépa marathon qui ne me motive pas, je suis nouée. Plus que cinq jours et la course à pied sera derrière moi, avec l’objectif cette fois de rouler, rouler toujours plus loin et toujours mieux pour aborder sereinement une distance de 90km. Cela fait un an jour pour jour que j’ai retrouvé mon bonnet de bain, j’étais retourné nager une petite heure, simplement pour tester les sensations et sans même mettre la tête sous l’eau, jamais mes cervicales n’auraient tenu le rythme de 5000m de nage ainsi toutes les semaines. Plus que quatre jours et je décide de retourner aux Buttes Chaumont dès ce soir pour l’entraînement côtes et escaliers de la prépa marathon, histoire de revenir sur les lieux et profiter encore un peu des souvenirs de cette course folle samedi dernier entre les ballons et l’enthousiasme des pisteurs. Je ne vais rien lâcher et revenir rompue mais satisfaite peut-être, à bientôt dix jours du semi marathon de Paris.

L #29

Ce n’était pas difficile de faire mieux qu’à Joinville, j’aurais voulu faire mieux encore. Mais. Mais il faisait très froid ce dimanche matin, les bronches s’enflamment vite en courant, et j’ai du faire le trajet vers le départ de ce premier 10km de l’année à vélo par manque de métro. Autant dire que je ne me suis pas réchauffée en traversant Paris, je suis arrivée les doigts de pieds et de mains congelés, le temps de récupérer mon dossard sans épingle, je me suis alignée pour un départ donné à 9h30. Je connaissais le tracé tout en virages, plutôt éprouvant. Je me souviens l’année dernière avoir pensé abandonner au 7e kilomètre, j’avais les bronches en feu, je parvenais à peine à inspirer et je n’avais plus l’impression d’avancer, je me traînais. Rien à voir cette année, je me fais doubler bien évidemment au départ, mais je ne pars pas trop vite non plus, en fait j’ai la foulée parfaite, le rythme idéal pendant le premier kilomètre. C’est au troisième kilomètre que tout s’est gâté, et non plus au septième ou huitième qui se passent beaucoup mieux pour le coup qu’au moment de la première boucle, la côte me ralentit parce que je ne suis pas échauffée ou déjà essoufflée par les dix kilomètres de vélo dans le froid, un bon enchaînement pour m’améliorer dans la transition vélo course à pied au triathlon. Toujours est-il que ce fameux troisième kilomètre sera le plus lent de la course. Ensuite, je retrouve un rythme plus soutenu, pas trop discontinu, moins decrescendo qu’avant. Et surtout je ne flanche pas sur la fin, je m’offre même le luxe d’un sprint sur la ligne d’arrivée pour que personne, et c’est bien la toute première fois, ne me double à mon arrivée. Je n’ai pas fait mieux que l’année dernière, pourtant les sensations étaient meilleures, j’ai profité du soleil lorsque je sentais sa chaleur m’emmitoufler, j’ai pensé à mon vélo qui m’attendait sage sur la ligne d’arrivée, à l’après-midi que je ne voulais pas passer seule, à elle. Si cette année, contrairement à la précédente, mise sur la qualité des sensations plus que sur la quantité des épreuves et des performances, tout me porte à croire que je vais pouvoir prendre le temps et le loisir de me régaler comme jamais dans ma nouvelle catégorie d’âge de vétéran.

Je conclue donc dans l’allégresse cette première semaine de préparation très peu intense puisque j’ai initié une première séance de fractionné maison en m’attelant à effectuer 5x1000m avec un kilomètre aller et un autre pour le retour en mode récupération, j’ai tenu un rythme autour des 4mn/km. Pour la première fois aussi, j’ai réalisé une séance d’escaliers & côtes maison en remontant ma rue jusqu’à son sommet, la place du Tertre, avec une exploitation dans les règles de l’art de la rue Foyatier, composée d’un seul escalier de 222 marches à escalader entre les passants à la montée et à dévaler le plus rapidement possible dans la descente. Ma sortie d’endurance fondamentale du lundi soir m’a emmenée faire le tour des stades sur 12km et ma sortie matinale de 8km le mercredi a été inspirée par une boucle dans le quartier jusqu’à la place Clichy. Cette semaine, je retourne à l’entraînement, le vrai.

L #28

Je n’ai pas récidivé dans le triathlon maison depuis mercredi dernier, les forces m’ont manquées pour boucler l’aller-retour en vélo à l’entraînement matinal de natation par une dernière sortie course à pied, que j’ai effectuée le lendemain mais sur les rotules. C’est moi que j’aurais du regonfler à la cave samedi matin, et non pas mon vélo à plat. Une inscription au triathlon d’Enghien-les-Bains plus tard et le moral repart à la hausse… celui-là, avec sa fameuse côte de Saint-Prix que j’aimerais apprendre à dompter d’ici là, je ne pouvais pas le louper. Un peu comme un triathlon maison, un peu comme chez moi.

Me voici donc inscrite à deux triathlons L, respectivement en juin puis en juillet, et à trois triathlons M sur les dimanches du mois de mai, histoire de mettre en pratique les bénéfices du stage de triathlon prévu en avril, une semaine après le marathon de Paris. Tout se met doucement en place et je finis par m’inscrire à un premier 10km, celui du 14e arrondissement de Paris, et que j’avais déjà couru l’année dernière, transie de froid. J’avais fait mieux qu’à la Prom’ Classique, le 10km de Nice couru deux semaines avant, mais je n’avais pris aucun plaisir à sillonner les ruelles encastrées dans la grisaille.

J’y retourne cette année parce que l’ambiance des courses me manque, parce que je n’ai pu courir qu’un semi à Palerme et que le dernier 10km sur lequel je me suis alignée à Joinville remonte à septembre de l’année dernière, autant dire dans une autre vie. Entamons donc la nouvelle année par un premier défi, ne pas faire pire qu’à Joinville… Comme prévu, je retourne à l’entraînement, j’improvise même une séance de fractionné maison, sur 5x1000m avec un kilomètre d’échauffement vers le stade et le même trajet pour récupérer au retour, j’atteints la vitesse de 3:34/km en me motivant toute seule.

J’exulte alors qu’une demi-heure plus tôt, je m’inquiétais et je m’inquiète toujours de savoir si je suis encore capable d’avoir de bonnes sensations en course à pied, les douleurs persistent aux ischios, le démarrage est de plus en plus laborieux. Et pourtant, je m’entête à m’aligner sur des courses comme pour m’offrir la promesse d’une forme retrouvée, d’un regain d’énergie à venir, et m’inspirer l’espoir de pouvoir prendre du plaisir encore longtemps, au moins cette saison, voir venir arriver les beaux jours du printemps et courir en assistant au joli spectacle d’un lever de soleil au-dessus du stade.

L’inquiétude sera toujours au cœur de la course à pied, à la lisière de l’excitation et sur fond de blessures anciennes ou à éviter, j’aurais au moins appris à me connecter à mon corps et à l’écouter un peu plus réagir au fil des saisons, éprouver ses limites et me pousser dans mes retranchements lorsque je me retrouve face à moi-même, qui suis mon seul et unique adversaire, mon meilleur soutient aussi dans l’épreuve. Pourvu que le plaisir de sortir et la satisfaction de rentrer rassasiée et enivrée d’énergie persiste plus que tout !

L #14

07/11-17/11. Et de trois. Je ne sais pas ce qui me prend cette semaine, après trois jours de repos, j’ai les jambes qui me poussent un peu plus loin que les 7 ou 8 km que j’ai prévu. Oh, trois fois rien. Un simple changement dans le parcours car au lieu de démarrer ma sortie par le stade le plus proche pour finir, lorsque la force et le courage sont au rendez-vous, par progresser vers le stade plus éloigné, situé de l’autre côté du boulevard des Maréchaux, je décide cette fois de m’élancer d’emblée vers ce dernier stade, d’y rester plus longtemps que prévu, d’en partir finalement au bout des 8km prévus à l’origine. Et à part de ce moment-là, sachant que je suis déjà sur le trajet retour, je m’emploie à rallonger le parcours par autant de détour que je peux prendre, l’objectif d’atteindre le stade éloigné étant atteint, amusons-nous. J’initie de grandes boucles, je tourne autour du quartier, et je finis dans le stade le plus proche. C’est un peu comme de commencer le marathon par le mur pour finir toujours plus soulagée, en tout cas au point où j’en suis de reprise après un mois d’arrêt, la satisfaction est présente. Je n’avais pas couru 10km depuis celui de Joinville-le-Pont, le lendemain d’un anniversaire arrosé, je progresse en douceur et ce nouveau parcours s’est imposé à moi avec évidence. Autrement, jamais je n’aurais couru 13km… pourquoi 13 ? Alors que je bouclais 12km dans l’heure, en 57mn exactement, lorsque je n’étais pas blessée, ou bien s’il me fallait un début de sortie un peu plus longue, je tentais au moins d’arracher un petit 15km, multiple de 3 et de 5. Mais 13 ? Au pire, 14km, soit le tiers d’un marathon, j’aurais à la limite compris l’idée, sinon qu’actuellement je ne suis pas en mesure d’envisager un marathon avant l’année prochaine. Sans doute l’idée de cette nouvelle distance si atypique, que je la cours non pas 2 mais 3 fois. Les sensations sont agréables, j’ai l’impression de courir pour de vrai à nouveau, même si je ne retrouve pas encore mon rythme, ce qui n’est pas choquant, l’effort est soutenu jusqu’au bout de cette boucle nouvelle qui me fait traverser les portes de Paris à la tombée de la nuit. Nouvelle expérience aussi lorsque je fais mes premiers mouvements de crawl dans la piscine des Halles où je n’avais encore jamais mis les pieds, parce qu’il n’était pas envisageable de me retrouver en maillot de bain en plein milieu d’un centre commercial, à la vue de tout.e.s. Au contraire, l’expérience me plaît, je me retrouve de l’autre côté de la vitre pour une plongée dans les sous-sols de Paris. Je vois les gens passer devant la piscine et y jeter un œil intrigué, comme moi auparavant, avant de poursuivre vers le cinéma ou ailleurs. Je suis fascinée au point que j’en oublie même de déclencher le chronomètre au moment de me mettre à l’eau. Cet automne, j’ai décidé de troquer ma montre contre une boussole.

Format M #4

Autant je luttais contre les vagues pour nager en mer Méditerranée et je me battais contre la puissance du vent pour courir sur l’île, autant le retour à la piste m’attriste. Je manque de résistance, je sens l’air me salir au bord du périphérique, à aucun moment je ne vois l’horizon s’élargir, il n’y a surtout aucun figuier pour assurer les ravitaillements. J’accélère une fois arrivée dans le stade, au bout d’un kilomètre et sur la même distance, histoire d’en finir au plus vite, puis je reprends mon souffle en trottinant, je réalise que je viens d’inventé le fractionné à ma sauce, alors je reprends l’exercice plusieurs fois. Bien sûr l’effort n’est pas aussi intense que lorsque je suis en entraînement avec d’autres, mais l’idée y est et je finis ma sortie en étant plutôt satisfaite de ma soudaine inspiration.

Je lui donne rendez-vous non pas au bar de La Plage, puisqu’elle m’indique que celui-ci n’ouvre pas avant 18h, mais au café des Canailles pour profiter d’un peu de fraîcheur à l’extérieur en ce samedi après-midi. La marathonienne m’interpelle alors qu’elle est en train d’attacher son vélo et que je range mes écouteurs à l’approche de la terrasse convoitée, en pleine zone de transition pour ainsi dire. Je ne l’ai pas revue depuis des mois, une saison entière même, depuis la course de la Saint Valentin plus précisément. D’emblée elle me parle du marathon de Palerme qu’elle envisage de courir, avec l’appréhension de reprendre un dossard certes, la demoiselle court le marathon en moins de trois heures quitte à se blesser et ne plus écouter son corps malmené, mais avec le bonheur de renouer avec l’entraînement au club, la prépa marathon et les sorties longues. Je suis inscrite au marathon de Palerme, il aura lieu en novembre et je me réjouis déjà de profiter d’un parcours exceptionnel en Sicile dans un climat sans pareil à la même période en Europe. La préparation commence le 27 août, ce qui tombe plutôt très bien, à deux jours du triathlon format M.

Et comme une inscription en entraîne souvent une autre, je décide de m’aligner sur mon premier Ironman 70.3 aux Sables d’Olonne le 5 juillet 2020. J’avais d’abord envisagé celui de Cascais pour la destination, c’était au moment où j’imaginais pas encore tout le travail à fournir pour progresser en crawl et en moulinage, l’Ironman du Portugal était prévu le 29 septembre. J’ai fini par renoncer pour m’inscrire à la course Paris-Versailles à laquelle je n’ai encore jamais participé. L’Ironman 70.3 est un triathlon format L comprenant 1,9km de nage, 90km de vélo et un semi-marathon (21,097km), le label est américain avec toute la machinerie marketing que cela inclut, l’ambiance semble être inoubliable. J’ai toute une année pour préparer cette épreuve. Mais cela est une autre histoire.

Trois éternités #62

Pour fêter ce week-end de trail où je finis exceptionnellement le jeudi à 16h, je m’offre un triathlon maison en démarrant par une séance de natation à l’ouverture de la piscine pour nager un kilomètre sans m’arrêter, avant d’enchaîner 20km aller-retour au stade et profiter de la séance de fractionné long pour la partie course à pied de 7km allure 4mn15, je me régale. J’ai trouvé mon truc. Mon truc à moi qui donne à chaque journée une nouvelle impulsion, quelque chose comme métro boulot vélo ou bien entrée crawl dessert, bref matin midi espoir. Je suis à la fois dans l’instant présent pour chacune des trois disciplines dans lesquelles je chercher à me perfectionner, et déjà dans le moment d’après lorsque j’envisage la transition, y compris lorsqu’il s’agit de savoir si je vais parvenir à faire fonctionner ce cadenas tout neuf. Je retrouve l’intensité qui me plaît tant et je travaille à économiser mon effort jusqu’au bout. Et l’entraînement au triathlon continue à payer dans les autres disciplines, je le constate au trail d’Aurillac auquel je participe le week-end suivant, un parcours de 24km avec 600md+. C’est mon troisième trail cette année, après le trail des deux baies au bord de la mer et en pleine tempête de sable, celui des Griffons au cœur de la forêt et dans une boue que je peine à gérer avec mes chaussures de piste, cette fois-ci j’ai misé sur les hauteurs pour les paysages. Et j’ai eu le temps de m’équiper de chaussures de trail, ce qui ne sera pas un luxe cette fois-ci. Les ultra-traileurs partent à 00h01, il pleut déjà des cordes et les orages sont prévus le lendemain sur cinq longues heures, autant dire que la boue et les glissades sont au rendez-vous. Les coureurs du marathon de la Jordane partent à 9h et il pleut, toujours et encore. Enfin, il est 11h, le départ du trail va être donné quand le ciel se dégage d’un coup pour laisser filtrer une première éclaircie, comme un petit miracle en pleines prévisions catastrophiques. Nous partons même sous une chaleur cuisante et par une côte déjà très prononcée, les coureurs s’arrêtent pour se changer, j’essaie de m’extraire du troupeau en me demandant quelle idée m’a pris de m’inscrire à cette course où toute échappée paraît plus qu’improbable. Ils marchent, je marche, nous marchons en traversant plusieurs champs occupés par des vaches de Salers, qui me semblent tellement moins grégaires que notre groupe d’agglutinés. Les montées sont rudes mais praticables, les descentes nous plongent dans une forêt dont le terrain humide est particulièrement glissant, nous dévalons des toboggans entiers de gadoue. J’arrive au point de ravitaillement situé à mi-parcours au bout d’une heure et demie exactement et me dis que je devrais, contrairement aux cinq heures que l’on m’avait annoncé, boucler le parcours dans les trois heures. L’orage éclate soudainement à l’instant où je repars, nous sommes rafraîchis mais ralentis dans notre progression, je continue à courir là où beaucoup se sont mis à marcher, le terrain devient plat et bientôt nous retrouvons le bitume, au-dessus d’Aurillac. Je m’arrête pour prendre la photo panoramique, une minute. 3h01mn15s

Trois éternités #61

Je suis celle qui évite les podiums, non pas que je n’ai jamais eu l’occasion d’en faire, au contraire je me suis retrouvée plusieurs fois en tête du classement depuis ma première médaille d’or au marathon des Gay Games, j’ai fini deuxième en duo au 5km de la Course de la St Valentin, 2e au 8km de la Course pour l’Egalité, 3e aux deux triathlons XS du 19e et 15e. Sauf que la plupart du temps je ne m’attends tellement pas que je n’attends pas les podiums. Comme ce samedi où je prends le départ du 10km du TIP (Tournoi International de Paris) dans le bois de Vincennes, je finis première femme avec un temps plus que moyen, 46mn37s. Certes nous sommes une dizaine de coureuses guère plus, toutes catégories confondues, et je ne me suis pas spécifiquement entraînée sur cette distance, j’ai même nagé 4km la veille et pour rien au monde je n’aurais manqué la séance de natation du vendredi soir jusqu’à 23h. Autant j’arrivais détendue à cette course, autant j’aurais vraiment adoré que quelqu’un n’importe qui vienne m’annoncer que j’étais la première femme à franchir la ligne d’arrivée. Mais le départ du 10km est commun avec le 5km ainsi que le duathlon… d’où la confusion. Je m’étais déjà alignée sur cette course il y a trois ans, l’année où j’ai repris la course à pied après la fracture du bassin en courant mon premier marathon, j’avais fini le 10km en 51mn. Cette année, je suis encouragée sur tout le parcours, par les coureurs comme par les pisteurs tout au long du parcours, j’encourage moi-même ceux qui me doublent ou que je reconnais, ça fait chaud au cœur et surtout sur ces deux boucles interminables de faux plat ça m’occupe. Cent mètres avant l’arrivée je m’offre même le luxe d’un sprint pour honorer la haie des supporters du club qui m’encouragent dans la dernière ligne, je tire sur les bras et ça passe, c’est fait. Je me dis encore une fois que j’ai du arriver parmi les dernières, j’ai de la chance parce qu’il reste quand même pas mal de victuailles liquides et solides au niveau du ravito. Mais je ne parviens pas à me réchauffer et je ne vois aucune raison de rester plus longtemps. Je lis les résultats du 5km, ceux du 10km tardent à paraître, tout le monde ne serait pas arrivé. J’apprends en début de soirée seulement que j’ai fini première femme et que j’ai encore une fois loupé l’occasion d’afficher les couleurs de mon club sur une marche du podium. Fichtre ! Pour la peine, je m’aligne dès le lendemain matin sur la même distance, le 10K Adidas, dont le parcours depuis la Concorde vers Opéra et la place Vendôme puis la pyramide du Louvre et les quais, fait vibrer les 22000 coureurs inscrits pour défendre leur quartier. Je n’oublie pas que j’ai commencé à courir avec le groupe de Pigalle, je suis passée sous les 50mn avec eux. Le temps est parfait et la course me paraît moins longue que la veille, l’ambiance est exceptionnelle et je finis à la seconde près quasiment dans le même temps que la veille, 46mn31s. Je ne m’explique pas la satisfaction d’avoir couru ces deux courses à la même allure, sinon l’impression d’avoir retrouvé un peu de forme et beaucoup de plaisir.