L’année dernière à la même date, j’avais participé à mon seul triathlon de toute l’année, un XS à la piscine de Jacqueline Auriol dans le 8e alors même que j’étais paralysée, victime d’un déplacement de bassin que j’avais anesthésié à l’aide d’un simple patch. J’avais enduré des semaines ensuite sans pouvoir courir, mais j’avais gagné la médaille. Ce dimanche, j’ai participé à mon deuxième triathlon longue distance après Les Sables, aucune douleur particulière ou inquiétude cette année, et surtout la météo était parfaite. Troisième réveil à 5h du matin pour rejoindre Nath et sa voiture déjà prête à me recevoir, Storm se cale à l’arrière et je prends place devant, il fait nuit noire, les fêtards rentrent, nous avons une heure de route devant nous, le temps qu’il faudra au soleil pour se lever. Arrivées sur place autour de 7h, une nappe de brume enveloppe le lac et donne à la base un aspect magique hors du temps, j’ai du mal à me projeter en train de nager étant donné la température extérieure encore trop fraîche, la lumière trop faible, l’heure matinale, mais une heure après nous apprenons dans un soulagement général que l’eau est à 21,6°. Je retrouve Jérôme et Michel, inscrits sur le M, et Tim au moment où il accède au parc. Il est stressé comme moi par le départ de la natation en masse plutôt qu’en rolling start, au moment de s’élancer je laisse partir devant les champions pour recevoir le moins de coups possibles, ça part vite et 100m plus loin nous n’avons déjà plus de fond, tous les athlètes sont obligés de marcher dans l’eau pour accéder enfin à la première bouée. Virage à droite et première ligne droite avec le soleil dans les yeux, je nage à la brasse pour récupérer de la panique du départ, puis je trouve enfin mon rythme en crawl au prochain virage, avant de sortir à l’australienne et replonger à l’assaut de la seconde boucle, cette fois-ci en crawl uniquement, j’entends Nath m’encourager sur la plage. Une fois sortie de l’eau, et même je n’ai paniqué à aucun moment voire profité de bonnes sensations, je ressens un immense soulagement parce que le pire est passé, je vais pouvoir enfourcher mon vélo et profiter pleinement du vélo pour dérouiller les jambes. Le parcours sillonne les environs de Fontainebleau et nous réserve quelques jolies bosses, nous traversons trois villages mais croisons peu de public durant ces trois heures. Autant je me demande systématiquement pendant la partie natation, et ce quelle que soit la distance puisque je me souviens de ce moment-là lors du triathlon XS l’année passée, pourquoi je ne me mets pas plutôt à l’aquagym ou au waterpolo plutôt que de peiner, autant sur la partie vélo, qui n’est pourtant pas mon point faible, je prends un plaisir fou. Je passe toujours les bosses en force et sans changer de vitesse, ce qui est une aberration sur une distance de 90km mais je ne maîtrise toujours pas la tenue sur les prolongateurs, dans les descentes je pédale dans le vide, je ne pédale plus, je savoure à fond la vitesse. Je ne passe pas les vitesses et je ne bois pas une seule goutte d’eau pendant tout le trajet. Autant dire que j’ai des progrès à faire si je veux rentrer dans les rangs des cyclistes amateurs, aucun ravitaillement n’est autorisé, je prends ma soif en patience, je pédale. Arrivée dans ma zone de transition, je récupère la gourde et je pars pour la course à pied, voilà une occupation qui va m’emporter sur la première boucle de 10km en buvant à petite gorgée tous les 100m, on nous avait prévenu qu’il s’agissait d’un trail, je déguste. Devant moi, une cycliste semble ouvrir la voie à une coureuse dont la foulée me plaît, je me cale un instant sur elle après avoir doublé les deux coureurs qui la suivaient aussi, puis je finis par la doubler elle aussi, sauf que la cycliste reste devant moi et se retourne. Elle me demande une première fois si je suis bien sur le parcours du L et non pas du M, c’est le cas, elle continue à rouler et moi à boire, puis elle me demande si j’en suis bien à ma seconde boucle, j’infirme en réalisant que la coureuse derrière est proche de la fin. La première femme finira son L en 4h44, et j’ai eu la chance de la croiser sur ma boucle. Autant dire que sans cycliste devant moi et une fois ma gourde vidée, rien ne va plus. J’en ai marre de courir, la faim s’installe, j’ai avalé deux pâtes de fruits par manque d’appétit et je n’ai pas assez bu pour maintenir mon énergie, je bois trois verres de coca et je me mets à discuter avec les bénévoles du stand de ravitaillement à 5km de l’arrivée. Un jour, j’aimerais sentir mes bras mouliner en crawl au point que je dépasser et slalomer entre les nageurs comme je le fais en piscine, j’aimerais pilonner les kilomètres sur mon vélo, être capable d’une reprise en fin de chaque accélération sur prolongateurs, j’aimerais maintenir le rythme que j’insuffle au début de ma course jusqu’à l’arrivée sans recourir à n’importe quel prétexte pour décélérer, j’aimerais entrer en zone rouge. J’arrive à cent mètres de l’arrivée, j’entends mon nom au micro, je suis contente, un peu. Soulagée surtout, heureuse vraiment lorsque je me rappelle de l’année dernière au XS, jamais je ne me serais projetée à l’époque sur un L, encore moins sur un deuxième déjà. Pourtant, je reste sur ce goût de reviens-y lorsque je considère chacun des efforts séparément et la marge de progression énorme qui m’apparaît, rester en crawl quoiqu’il arrive, mouliner toujours plus vite et plus longtemps, maintenir le cap en course à pied. Le Frenchman se profile déjà dans trois semaines, aucun miracle n’est possible d’ici là, mais je peux d’ores et déjà prévoir mon programme pour les longs mois d’hiver que je redoute tellement, en misant sur la dynamique de groupe et les entraînements au club, j’ai apprivoisé mon super bolide et ce n’était pas gagné après des mois à l’appréhender. Parions sur la douceur de l’automne pour continuer à sortir aussi souvent et longtemps que possible maintenant que j’ai la distance d’un triathlon longue distance dans la peau.

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