Comment savoir que je suis à ma place quand les choses ne se passent pas comme prévu ? L’année dernière encore, je n’aurais peut-être pas pu courir jusqu’au bout la course pour tous parce qu’à force d’en faire trop, je ne pouvais plus rien faire du tout, marcher me faisait mal et j’avais fini par prendre rendez-vous à l’institut national de podologie, en désespoir de cause. L’année dernière, j’étais blessée et je n’avais personne à qui confier mon inquiétude et partager ma faiblesse, la douleur d’un bassin qui se bloque pour m’empêcher de continuer à courir, personne n’aurait compris puisque j’étais toute seule aller chercher ma peine sans écouter ni mon corps ni ma raison, cette année j’ai décidé de provoquer la chance, profiter de chaque jour. Les nouvelles semelles, la troisième paire en trois ans sans que cette douleur ne disparaisse, m’ont enfin permis de courir normalement à nouveau et renouer avec des sensations, liée à une détente physique générale progressive à mesure que le souvenir de la douleur s’éclipsait aussi, que je n’avais plus vécues depuis des mois entiers à m’acharner sur de trop petites distances, j’ai fait l’expérience d’une résurrection à travers une ambitieuse et très belle saison de triathlon. Il n’y a pas de rendez-vous manqué, il n’y a que des rencontres reportées parce que ce n’était pas le bon moment, parce que je n’étais pas la bonne personne au bon endroit à cet instant-là, parce qu’il faut laisser le temps au temps pour savoir à quel point je tenais à ce rendez-vous. Paris 2024 suscite chez moi beaucoup d’enthousiasme parce que je fais partie d’un club et que nous aurons l’occasion de vivre cet événement comme une fête géante en y participant tous ensemble, en préparant cette grande occasion de voir des champions et suivre toutes les disciplines olympiques sur place, en direct, toute seule je n’y aurais pas trouvé le même intérêt. Toute seule, je dois traverser l’hiver et rester motivée par mon objectif personnel qui concerne la prochaine saison de triathlon, personne d’autre ne le fera à ma place, c’est un rendez-vous que je me suis fixée à moi-même, maintenant que je suis rassurée un tout petit peu sur ma capacité à finir un triathlon longue distance tout en étant consciente de la marge de progression qui s’offre à moi, nous allons axer le travail sur la qualité et la technique plus que sur la quantité. Nous y voilà, à la qualité. Et si toute rencontre n’était pas d’abord une question de qualité et de disponibilité de soi à l’autre pour lui offrir le meilleur visage de soi-même – marathon ou pas ? Peut-être n’étais-je il y a deux ans, trois ans, pas encore aguerrie à la patience et à la résolution suffisamment pour me sentir rassurée et inspirer à mon tour confiance plutôt qu’autre chose, c’est en tout cas ce que j’ai envie de croire aujourd’hui alors que nous nous retrouvons enfin. Club de sport, chorale et collègues, les confinements se sont suivis et nous ont plongé dans une certaine solitude propice au recul et à la lenteur, tant de choses se seraient déroulées différemment si la crise sanitaire n’avait pas imposé son contexte de trêve exceptionnelle dans lequel aucune décision ne paraissait définitive ni aucun choix réellement décidé de plein gré.

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