J’ai attendu trois jours, samedi dimanche et lundi, avant de la contacter, et puis peu avant midi j’ai cédé à la tentation de prendre de ses nouvelles, à douze heures moins une minute. Quelques semaines plus tôt, c’est-à-dire un peu avant le mois de mai et la délectation de ses longues journées, jamais je ne serais restée trois jours sans nouvelle de la grande magicienne, que je quittais le vendredi matin, fourbue à l’idée de retourner travailler, mais heureuse. Heureuse d’avoir vécu ces quelques heures de magie loin, très loin du reste du monde, je retournais sur terre enrichie d’un secret, comblée de mille souvenirs comme au retour d’un voyage qu’il me tardait de reprendre rapidement, à l’occasion d’un prochain rendez-vous. Comme on prépare un départ, je passais des heures et des heures, un temps infini que même le cadran d’une montre n’aurait pas suffi à exprimer, avec elle à son insu, à poursuivre nos discussions et trouver de nouvelles issues aux questions restées en suspens, je tricotais. Des pelotes entières d’histoires et d’intrigues se dénouaient dans mon esprit tandis que mes pieds effectuaient le trajet quotidien, je renouais avec l’évolution des choses et le destin des personnes en forgeant le mien sous le feu attisé de ses récits et des souvenirs que j’en gardais. Un véritable univers émergeait, peuplé de tribus et de chefs, de collègues et de relations communes, dont le visage changeait en fonction du rôle que je leur prêtait et des rêves qu’ils m’inspiraient et où je les croisais, n’ayant pas eu la chance de rencontrer ces personnages dans la réalité, mon imagination se chargeait de m’en donner une impression que je colorais. Je découvrais alors une palette extraordinaire de couleurs pareille à l’immensité des possibilités et des intensions dans chaque geste, au sein de chaque mot, pour peu qu’il soit chargé du sens qu’on aura pris la peine d’exprimer avec le plus de précision et de sincérité. Chaque jour, une nouvelle couleur apparaissait sur la toile qui me plongeait dans une joie inouïe à l’idée de pouvoir l’utiliser pour dire l’effet produit sur moi par un sourire ou un silence, selon. Une joie qui me consolait presque de la tristesse causée par ce même silence, si la couleur trouvée comme par magie pour dépeindre mon sentiment et ma peine sonnait juste. J’apprenais à user des couleurs comme on apprend à se maquiller jusqu’à se cacher derrière un masque qui n’aurait plus rien à voir avec le vrai visage, justement par besoin de le cacher, j’en abusais parfois comme pour n’importe quelle substance dont le novice veut expérimenter les effets trop vite tant l’expérience dépasse tout ce qui existait auparavant pour se transporter ailleurs, transcender la raison même qui aurait permis d’accéder un jour au moyen d’évasion. Ce jour où le silence fait son apparition, entre deux voyages, et le sentiment de tristesse envahissant avec lui et dont on ne sait que faire, ni le lendemain, encore moins le jour d’après.

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