S’il y a bien une personne qui m’a encouragée à chacune de mes sorties, que je parte tôt le matin ou que le vélo soit de sortie le soir, ou encore lorsque je passais avec mon sac de natation en filant vers la piscine, c’est mon concierge et pour cause, c’était son métier. Depuis le début, il me suivait et me conseillait, il s’est intéressé, hier matin il s’est éteint. Ce quartier, notre quartier, il l’aimait au moins autant que moi, je le croisais aux bonnes adresses, sorti de sa loge c’était un plaisir surprenant de croiser son sourire dans la rue. Et c’est d’autant plus bouleversant de voir partir quelqu’un qui, sans être un ami intime, faisait partie de ma vie pour en connaître plus de détails que la plupart de mes amis, comme un confident au quotidien avec qui j’ai partagé les trois confinements et à qui j’ai laissé plusieurs fois mes clés pour garder mes chats dont il connaissait les humeurs. J’ai suivi ses tentatives pour arrêter de fumer, son numéro de charme avec l’une ou l’autre voisine qui venait d’emménager, ses escapades dans le Sud-Ouest et sa coupe très court lorsque la France avait gagné au foot alors qu’il portait les cheveux très longs. Souvent, je l’entendais râler dans la cour parce que les poubelles n’étaient pas triées comme il l’aurait souhaité, ou alors j’entendais sa voix grave qui s’échappait d’une messe basse avec le voisin marathonien du rez de chaussée, il avait l’art de mettre en valeur et en contact les gens entre eux, beaucoup se connaissent grâce à lui aujourd’hui. La plupart du temps, il était dans la rue et m’ouvrait la porte lorsqu’il me voyait chargée. Il offrait l’accueil le plus chaleureux que l’on puisse recevoir après une journée harassante à l’extérieur, j’étais heureuse d’être rentrée à la maison rien qu’en le voyant. Aujourd’hui, sa loge est éteinte et les rideaux sont tirés, les bouquets de fleurs devant sa porte et sa fenêtre lui rendent hommage, une photo de lui a été affichée, il avait 60 ans et j’avais bien remarqué qu’il n’était plus en forme comme avant ces dernières semaines. Je découvre mon attachement pour lui au moment où je perds sa présence si précieuse, jamais je n’aurais pensé un jour me sentir triste de ne pas le lui avoir dit ça de vive voix. Tous les matins, je m’attends encore à voir la lumière dans sa loge avant de me reprendre parce que je ne réalise pas qu’il a disparu, j’ai l’impression de le croiser dans la rue et lorsque j’approche de mon immeuble, je m’attends encore à voir sa silhouette de loin, qui me reconnaîtrait et m’ouvrirait la porte pour me faciliter la vie, par gentillesse aussi, et je crois toujours entendre sa voix qui résonne dans la cour à n’importe quel propos. Comme beaucoup de personnes, tu es parti trop tôt et j’aurais voulu prendre le temps d’échanger plus posément au lieu de passer en coup de vent ou chargée comme un mulet, tu resteras cette présence devenue omniprésence rassurante et bienveillante, tu as marqué mon quartier de tes conseils et de ton aisance à lier amitié avec tout le monde. J’espère que de là où tu es, quelqu’un prend soin de toi comme tu as pris soin de nous, Eric.

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