Nadège Night and Day #64

Les sensations en course à pied reviennent, je me suis donnée la semaine de Fam Trip pour arriver à courir 5km à nouveau, en profitant des paysages extraordinaires de la Côte d’Azur puis de la Côte d’Azur pour allier l’effort et le plaisir, créer de nouveaux souvenirs magiques. Family Trip, c’est la visite de nos Maisons dans une région pour en découvrir tout le patrimoine. Nous sommes arrivés par Nice pour découvrir les villages d’Eze et de Saint-Paul-de-Vence, nous avons même apporté le soleil depuis Paris mais alors cette lumière en fin de journée là-bas, puis nous avons poursuivi par la Saint-Tropez et Antibes, la mer le port et les vagues, avant de pénétrer les terres en direction du Vaucluse en passant par les gorges du Verdon, Château-Arnoux et la piscine de la Bonne Etape dans laquelle je me suis baignée le matin à 19 degrés. La Provence, le Lubéron, Gargas avec la vue sur Bonnieux, Gordes, enfin retour par Avignon. J’ai commencé à courir au Mas de Pierre, situé en bas de la côte de Vence, parcours vallonné. D’abord deux kilomètres le soir à l’arrivée, un kilomètre respectivement de part et d’autre de la Maison, puis quatre kilomètres le lendemain matin, en découvrant un sentier plus tranquille. Le vert y décline des nuances de fraîcheur incroyable et j’ai la sensation de pouvoir continuer. Le soir-même, je pars courir à l’arrivée dans les hauteurs de Saint-Tropez, c’est bien simple, la Maison se situe tout pile à un kilomètre et demi du port, ce qui me fait une jolie boucle de 3km. Je trouve le port très facilement, c’est pratiquement tout droit, en tout cas c’est ce que je me dis, mais je tâtonne à me repérer sur le trajet du retour et je pars sur une mauvaise piste si bien qu’au bout d’un kilomètre parcouru, je me vois obligée de constater que je suis totalement perdue. J’arrête une voiture qui me guide, je promets de ne plus jamais parler en mal des gens du Sud. Le Coquillade Village me semble être le lieu parfait pour partir sur une boucle de cinq kilomètres dans la forêt, les vignobles et les jolis sentiers aux noms poétiques, je lis « Route panoramique » et « Route du petit paradis », en effet j’en prends plein la vue au moment où le soleil se lève et illumine le décor de mille nuances de chaleur, c’est un bonheur de courir si tôt. Je remets ça le lendemain, de retour sur Paris, une nouvelle boucle de cinq kilomètres aller-retour vers le grand stade et je me sens à nouveau à l’aise pour accélérer un tout petit peu, forcément j’ai un peu perdu mes repères mais la satisfaction est grande de ne plus souffrir, peut-être que la récupération se fera d’autant plus sûrement que j’y suis retournée avec prudence, pourvu que toute inquiétude disparaisse pour reprendre vite l’entraînement sur le triple effort.

Nadège Night & Day #61

Courir avec les bras, partir sur autre chose pour faire autrement et avancer, mais partir et courir. Je n’ai pas couru depuis deux mois, j’ai décidé que j’allais reprendre aujourd’hui, c’est une belle journée, la journée parfaite pour reprendre la course à pied, j’y pense toute la journée, comme un refrain qui devrait permettre à mon pied de reprendre la course, de se mettre à courir. Mon pied d’appel, il n’arrête pas de m’appeler, stop t’en fais trop, tu t’es blessée, je t’avais dit, il appelle et je ne l’écoute pas, comme si ma tête savait mieux, la tête ne sait rien, le corps si. Cette phrase de Spinoza, On ne sait ce que peut le corps, comme une menace qui planerait sur l’espèce humaine depuis les temps ancestraux et qu’aucun homme ne prend en compte parce qu’on a érigé l’esprit en maître supérieur, l’esprit sait que le corps peut mais il ne sait pas quoi. Je m’habille comme quelqu’un qui irait courir pour la première fois, changer tous les habitus, pas le jogging mais à peu de choses près, je chope un t-shirt de course que je n’ai jamais mis, sur le trajet je me rends compte qu’il s’agit du t-shirt du triathlon de Deauville avec cette sacro-sainte côte de Saint-Laurent, le mur au tout début de la partie vélo sur lequel j’ai tant souffert. Le stade est rempli de mini-footballeurs en herbe, je regarde mon ombre, l’ombre se décline au masculin en allemand, der Schatten – ai-je un Schatten ou plutôt une ombre ? -, mon profil longiligne à l’allure dégingandée prend tout le couloir dans le virage, à sa sortie je dois courir. Ma tête dit cours, mon pied répond certainement pas alors les bras prennent le relais et je pars. Qui commande les bras ? On ne sait ce que peut le corps. On sait que le corps peut, mais quoi ? Mes bras ont assuré une semaine entière de stage de triathlon, ils ont soutenu mon corps en danseuse sur le vélo dans les montées, ils se sont cramponnés de toutes leur force au guidon dans les descentes vertigineuses, pour finir ils ont compensé les jambes en crawl, nage tractée. Et il faudrait à présent qu’ils se mettent à courir aussi ? Mais dans quel monde vivent nos bras. Ma tête sait juste d’où je pars sur la piste et où je suis sensée arriver, deux-cent mètres plus loin, cela répété cinq fois d’affilée, ce n’est pas compliqué, il suffit de suivre, je fais de la résistance, pourquoi est-ce que je résiste à tout, tout le temps, partout, tant que je n’ai pas tout compris. Mes bras ordonnent à mes genoux de monter plus haut, je me vois en train de courir, je décolle. En vrai, ce premier tour de piste ne ressemble à rien du tout mais j’ai fait semblant de courir, personne ne sait que je cours sur fracture, je veux avoir l’air de courir, ma tête y a cru et repart, deuxième tour de piste et je ne détecte aucune douleur comme il y a deux mois, forçant l’arrêt. Ma montre m’indique que j’ai couru plus vite, les sensations sont meilleures, je suis heureuse, mon ombre a l’air de danser entre chaque tour de piste, je pourrais m’offrir une ola à chaque passage, j’ai déjà connu cette joie, ce renouveau comme de ressusciter, mon cœur bat très fort, j’arrive au cinquième et dernier tour, les gamins rentrent au vestiaire, je donne tout et c’est fou. J’ai couru un kilomètre et c’est tout, le premier jour de ma reprise, les autres suivront et je sais, on ne sait ce que peut le corps mais le corps sait ce qu’il ne peut pas, à moi de savoir l’écouter.

Nadège Night and Day #48

Le bassin d’été de Molitor profitant d’une vidange pendant les vacances, je prends mes quartiers dans le bassin d’hiver que j’avais boudé jusqu’ici et je nage mes longueurs de crawl à côté du cours d’aquagym dont je ne comprends pas les indications délirantes données par le coach. Comme les saisons peuvent changer d’un jour à l’autre, cette semaine je nage en plein hiver et alors que la nuit est déjà tombée depuis plus d’une heure, la semaine passée nous profitions d’un soleil radieux et de températures printanières en plein cœur de la vieille ville de Köln pour passer plusieurs heures en terrasse comme avant, comme lorsque nous étions tous insouciants. J’ai aimé la photo prise par notre voisine de table, les dégustations de Kölsch en préférant toujours la plus récente et sans pouvoir se décider finalement pour la meilleure, nos pique-niques dans la chambre d’hôtel au bout d’un palier qu’il nous semblait avoir privatisé si bien que nous avions comme un appartement rien que pour nous et loin du vacarme carnavalesque, j’ai aimé nos balades au bord du Rhin, nos bains de soleil, chercher nos cafés, rentrer chez nous. Une fois rentrée chez moi, de l’autre côté du Rhin, je tourne la page du calendrier pour inaugurer les mois que je préfère dans l’année et je tombe sur la photo de ma cathédrale, mon Dom, magique. Je ronge mon frein parce que je ne peux pas encore courir et je me rends compte que le moral reste au top, ce qui ne m’était arrivé ni pour la fracture de l’orteil, encore moins celle du bassin, oui je les collectionne, je me souviens seulement et avec une précision incroyable, de l’intensité de ma joie en reprenant la course chaque fois en 2015, en 2019. Alors cette année, quel feu d’artifice ça va être de pouvoir cueillir le printemps, m’éveiller et m’en émerveiller.

Nadège Night and Day #31

J’ai deux chats, Kit&Kat, et deux vélos, Spring et Storm, ce dernier, mon vélo de course, fait presque partie de ma famille de félins tellement nous nous sommes apprivoisés lui et moi, j’ai mis un temps fou à me familiariser avec lui, mon Storminou, trouver mes marques, être à l’aise. Il est parti hier soir aux cycles Laurent pour lui changer le cintre, en espérant qu’il n’y ait rien à modifier d’autre dans sa structure, le gars de l’atelier m’avait l’air plutôt confiant et rassurant. Pour parcourir les routes de la Sainte Victoire dans quatre mois, il me faudra pouvoir changer de vitesses autrement qu’en allant les chercher au bout des prolongateurs en pleine côte, jusqu’ici je n’avais pas été capable de gravir quoique ce soit sans devoir m’arrêter, trouver le pignon adapté et tenter de repartir en danseuse et en force alors que tout le monde progresse. Pourvu que je le récupère au moment où la météo nous permettra de retourner à Longchamp. J’en suis à 42km de course à pied en ce dernier jour travaillé, avec une dernière séance côtes et escaliers sur ma sacro-sainte butte Montmartre, ou plutôt une séance touristes et pavés pendant laquelle je slalome comme je peux parmi la foule qui monte et redescend du Sacré-Cœur pour trouver le meilleur spot et se prendre en photo avant de filer en terrasse dans le quartier, nous sommes plusieurs à grimper et dévaler les escaliers de la rue Foyatier et courir sur Caulaincourt. Mercredi soir, la piscine était plus bondée que jamais pour un soir en semaine, je me suis incrustée tant bien que mal parmi les vrais athlètes aux muscles saillants et au rythme frénétique, je compte récidiver d’ici quelques heures en me projetant déjà dans ce moment où je m’enfonce tête la première en apnée jusqu’à une ligne libre pour m’étirer de tout mon long et sentir les courbatures disparaître progressivement sous l’effet de l’élimination de l’acide lactique accumulé pendant l’effort et recyclé grâce à la stimulation du système vasculaire dans l’eau.

Nadège Night and Day #29

Mieux que samedi ! Moi qui croyais à un miracle ponctuel, ce genre de bon moment dont on se souvient longtemps mais qu’il n’est pas possible de reproduire de manière intentionnelle, après une journée de repos sans courir, je retourne sur mon premier stade avec les mêmes sensations. Je cours mon premier kilomètre vers le stade qui n’est pas accaparé par les classes scolaires, mon impression est d’avoir parfaitement bien récupéré de la semaine dernière, aucune douleur, la douleur a tellement fait partie de la course depuis trois ans que je crois vivre un vrai miracle, et j’enchaîne les tours à nouveau sans essoufflement ni perte de vitesse, mieux je trouve à nouveau un rythme et une foulée qui m’emportent comme si j’avais le droit de hurler très fort. Je cours à perdre haleine sauf que je pourrais courir ainsi sur des kilomètres et des kilomètres, les cinq premiers passent sans que je m’en rende compte et je quitte le stade boucler ma boucle. J’ai fini la semaine sur 12km, si je commence ici sur la même distance, est-ce de bonne augure ? Dans cinq jours, samedi 22 donc, nous serons à quatre mois de l’Ironman 70.3 d’Aix-en-Provence, ma priorité est de sortir le vélo le plus rapidement possible, je passe ma journée à consulter la météo en espérant profiter d’une accalmie dans cet hiver froid et humide, j’attends. Les températures s’adoucissent, je vois des dizaines de cyclistes dehors alors pourquoi pas moi, pourquoi je ne retourne pas à Molitor tôt le matin ou à l’hippodrome de Longchamp le soir, peut-être que ce n’est pas le bon moment encore comme ça l’est pour la course à pied ou alors je devrais profiter de ces quelques jours avant que le soleil ne se couche après 18h et ne se lève avant 8h pour corriger les défauts que je sens dans ma natation, chaque chose en son temps. Retournons nager pendant que les autres n’y sont pas et profitons de ces lignes désertées que je regretterai bien assez tôt lorsque le soleil inondera cet espace et les transats peuplés de monde. Et parions que je suis capable de m’offrir un triathlon maison pour ma semaine d’anniversaire.

Nadège Night and Day #27

Après deux séances de fractionné court sur 5km et trois séances de fractionné long sur 7km cette semaine, je me rends compte sans surprise aucune que ce retour sur la piste de mes stades fait un bien fou à mes articulations, moins sollicitées que sur le bitume, je retrouve mes marques. Quoi de mieux en ce samedi travaillé que de faire le tour de mes trois stades en mode tranquille pour assurer une petite sortie longue à l’heure de la pause déjeuner, dans l’attente du week-end. Je sors à 13h en me disant que je vais forcément traîner de la patte, 6 jours travaillés, 6e séance. Or il se passe quelque chose d’improbable dès le moment où je sors et que le soleil m’inonde, dès le premier kilomètre vers le stade de 300m je sens une énergie nouvelle me transporter et surtout, je ne sens pas cette fatigue chronique au niveau du bassin, comme si les semelles que je porte maintenant depuis deux ans sur différentes chaussures faisaient effet enfin pour apaiser et que, sans m’en rendre compte jusqu’ici, j’avais adopté une posture de course plus efficace. J’arrive au premier stade pour y courir trois kilomètres et je trouve un nouveau souffle de suite, aucun besoin d’ajustement, je me surprends en train de sourire en courant, je n’y crois pas, tellement pas, je retrouve les sensations d’il y a trois ans, lorsque je courrais comme une fusée. Dommage que je sois de corvée aujourd’hui, j’aimerais courir ainsi tout l’après-midi jusqu’à l’épuisement totale, la sensation me renvoie à des souvenirs de course poursuite jusqu’au bout. Je sors du premier stade en me disant qu’au prochain stade, dans un kilomètre, la magie finira. Le soleil m’accompagne toujours et c’est un bonheur de sentir sa chaleur me ressourcer ainsi, j’arrive au stade de 400m en plein match de rugby, je prends tous les encouragements pour moi, c’est toujours moi qui suis en train de pousser la foulée pour qu’elle reste sous les 5mn/km et je ne sens toujours aucun signe ni d’essoufflement ou de douleur, je dois actualiser mon profil, je ne souffre plus en courant, je peux même sortir de ma zone de confort et accélérer encore. Non seulement la surprise de cette énergie soudaine et salvatrice me grise, mais surtout la perspective d’aller au bout de cette sortie pure plaisir en prenant conscience de ce changement me rend légère, j’en arrive à penser qu’il faudrait que je me pèse à la piscine ce soir pour voir. Je continue à tourner sur le stade comme si j’écoutais une chanson en boucle et que je ne voulais surtout pas que le disque vinyle cesse de jouer, j’entends Kungs, Lipstick dans mes écouteurs. Il va bien y avoir un moment où je vais flancher, me dis-je en sortant du stade à grand regret.  J’embraie sur le prochain, le dernier petit stade tout rempli de monde sur la rue Championnet, et je me rends compte dans mon euphorie, sans doute je regarde trop de séries en ce moment, que tous les feux sont au vert lorsque j’arrive pour traverser, j’ai décidé de ne pas m’arrêter, j’escalade le faux-plat vers la butte et j’arrive sur la piste de 250m, je reste ici sur l’extérieur, je ne regarde plus l’heure, aucune contrainte ne pèse plus sur moi, je suis libre et heureuse ici. Maintenant, j’en suis à 11km et il est temps de rentrer sur le dernier kilomètre qui me sépare de chez moi, j’ai couru 4km sur le premier stade, 3km sur le deuxième et ici 2km, un kilomètre sépare très exactement chaque stade l’un de l’autre, je vis à un kilomètre des deux plus proches. J’aime les boucles qui se ferment, les comptes qui tombent juste et les choses qui font signe, forcément cette sortie me parle comme une petite voix qui m’encouragerait à croire en moi. J’arrive devant ma porte quand ma montre sonne le douzième kilomètre. Vive la saison 2022 !

Nadège Night and Day #25

Trois années séparent cette photo de la précédente, prise sur la place Masséna au cœur de Nice. Trois années et trois confinements, je porte la même tenue du club, les chaussures ont changé, et tellement d’autres choses aussi que je m’amuse à regarder ces deux photos en les comparant. Sur la première, j’ai rejoint le club des Front Runners de Paris depuis à peine six mois, j’ai couru et gagné ma médaille d’or au marathon des Gay Games, supportée par la coach Delphine, je suis partie courir le marathon d’Athènes en novembre et j’ai rencontré Pascal en devenant bénévole pour la course de la Saint-Valentin comme lui, nous avons partagé la même chambre, les mêmes délires, et j’en suis à progresser sur les courses de 10km d’une minute chaque fois. Un mois plus tard, je cours les 5km en duo avec Chloé sans plaisir mais avec un podium, puis je découvre enfin le triathlon à l’occasion du Super Sprint organisé par Athletic Cœur de Fond. Sur la deuxième photo, j’ai rejoint ACF depuis ce premier triathlon XS au mois de mars 2019, je m’entraîne en tant que triathlète et j’ai à mon actif trois triathlons longue distance en 2021, mais par-dessus tout je suis venue passer un week-end en amoureuses avec ma coureuse hors-pair dont je partage la passion, les résultats, le moindre entraînement pour s’encourager à deux. Je prends du plaisir dans tout ce que je fais, un plaisir fou à chaque fois, je m’estime chanceuse, tellement heureuse d’avoir trouvé cette personne qui respire la même joie, ce bel enthousiasme. Peut-être me fallait-il patienter ces trois longues années avant de la rencontrer, ne serait-ce que pour attirer son attention enfin et me montrer plus rassurante, c’est qu’elle me donne envie de l’être chaque jour un peu plus et de devenir cette meilleure part de moi vers laquelle je tends. C’est forte d’un élan nouveau et de souvenirs ensoleillés par milliers que je retourne sur la piste dès lundi midi, lendemain de notre sortie sur les collines de Nice avec les trois clubs réunis, et parce que nous avons couru ensemble dans mon stade de 300m je choisis d’y retourner pour une séance de fractionné de plus en plus court, je me sens en forme plus que jamais, transportée. Le lendemain, je double la distance d’échauffement pour courir jusqu’au stade de 400m prête à m’essouffler sur un fractionné long, le vigil à l’entrée m’informe que j’ai un quart d’heure seulement avant l’arrivée des scolaires, c’est parfait pour assurer la séance de 3x1000m à fond. Et puisque j’ai déjà visité deux de mes trois stades, je profite de la séance relax du mercredi pour m’entraîner sur le petit stade de la rue Championnet avec son église et ses arbres, il fait 250m et contrairement à ma séance de la veille, seule sur la piste, je suis entourée d’une dizaine de coureurs et d’un public de parents venus assister à l’entraînement de foot de leur progéniture, l’ambiance est printanière, ou alors c’est l’été dans ma tête qui se dilue dans la météo hivernale. Un mois tout pile que je ne suis pas retournée à la chorale, depuis le week-end au château de Presles, nous avons logiquement gagné une demi-heure d’ensoleillement depuis donc et le chat dans ma gorge s’est dissipé, nous chantons Over the Rainbow pendant quasi toute la répétition. Il ne me reste plus qu’à honorer ma première séance de natation pour me laisser glisser vers la fin de la semaine et le timide retour du soleil sur la capitale pour y adoucir les températures.

Nadège Night and Day #24

Nous retournons sur les hauteurs de Nice dès le lendemain matin pour la sortie longue du club. Le rendez-vous est donné à 10h place Masséna pour la traditionnelle photo de groupe en tenue, pour une course annulée nous sommes plus nombreux encore qu’il y a trois ans, même date. Moi qui posais la question la veille de savoir ce qu’il y avait après le vieux port, la réponse m’est donnée dès les premiers kilomètres sur lesquels les Front Runners de Nice nous emmènent courir à flanc de falaises, juste au-dessus de la mer, le paysage côtier est sublime. Nous quittons la ville et son animation après une autre photo de groupe, nous sommes si beaux, je me sens beaucoup plus en forme que la veille, je ne sais pas encore que la sortie sera bien plus exigeante qu’une course de 10km sur la Promenade, j’y vais d’une foulée sereine et après tout, j’ai été couronnée Reine la veille au soir pendant la dégustation de notre toute petite couronne aux fruits confits, autre spécialité de Nice, plus rien ne peut m’échapper, il faut foncer. Le groupe progresse en file indienne sur le sentier côtier avant d’escalader la centaine de marches, nous voici au début de la route qui mène au parc du Mont Boron au milieu de la pinède, la vue se dégage sur le Cap Ferrat et sur la rade de Villefranche, le spectacle est unique. Nous atteignons le fort du Mont Alban pour une photo victorieuse avant de faire le tour de la bâtisse, puis redescendre vers Castel plage, elle a pris des couleurs comme une fleur qui éclot.

Nadège Night and Day #23

Nadège propose d’inviter Annie à diner dans notre appartement le lendemain, samedi soir, c’est une excellente idée entre deux courses, la Prom’Classic que nous avons décidé de faire en off et la sortie longue du club prévue dimanche matin dans les collines de Nice, il faudra juste faire les courses entre les deux courses, la balade dans le vieux port et la visite obligée du château. Nous courons la Prom’Classic le samedi matin à 10h sous un soleil toujours aussi enthousiaste, un mauvais rhume que je traine depuis le début de la semaine m’empêche au début de profiter d’un élan digne de cette belle et large avenue, je commence à me sentir plus à l’aise une fois les bronches dégagées sur le retour vers le Cours Saleya où le marché aux fleurs et aux légumes nous attend, le soleil prend toute la place dans le ciel, la mer éclatante, je nous prends en photo. Les étals du marché rivalisent de légumes et fruits issus de petites productions locales, de souvenirs et de senteurs de lavande, de sourires du midi et de bonne humeur, j’aimerais faire plaisir à tout le monde sauf que nous n’avons toujours pas trouvé notre menu, place à l’inspiration, deux petits bouquets d’artichauts et un autre d’oignons verts, une belle batavia et des avocats, trois belles pommes et je craque pour la petite barquette de framboises et myrtilles. Il nous manque le poisson que nous pensons trouver dans le vieux port, ce sera un poulet rôti. Elle choisit un pain encore plus spécial que les bières artisanales de la veille et nous profitons d’un brunch riche et réconfortant après cette première sortie course à pied du week-end. Nous ne sommes pas les seules à avoir couru la Prom’Classic en off, les trois coureurs du train l’ont également fait en mode footing et l’organisation a mis en place à partir du dimanche un 10km connecté pour consoler ceux qui seraient tristes de ne pas avoir reçu leur médaille de finisher. Je découvre à nouveau le vieux port dont une partie est joliment ensoleillée, les gens y déjeunent en regardant les quelques voiliers de sortie, elle prend en photo de très jolies petites barques. Aucun poissonnier en vue, nous les verrons le lendemain matin lors de la sortie longue, il faut arriver un peu plus tôt pour trouver les pêcheurs à la descente de leur barque, comme à Tinos. Nous poursuivons donc notre escapade touristique vers le château pour profiter d’une vue panoramique sur la baie des Anges, c’est incroyable comme le ressac des vagues sur la plage de galets nous parvient d’en bas, la ville s’offre à nous entourée de ses collines aux dénivelés qui font la joie des nombreux cyclistes et autres adeptes du plus célèbre Ironman en France. Pourvu que je sois un jour à la hauteur de la côte de Vence pour m’aligner moi aussi sur Nice.  

Nadège Night and Day #20

La Prom’Classic est annulée, qu’à cela ne tienne le week-end à Nice en sera moins stressant dès l’arrivée et plus festif jusqu’au bout, c’est ce que je me dis en notant même que je m’étire, la bonne nouvelle c’est aussi que je peux retourner courir sans m’économiser jusqu’à dimanche. Pour remplacer le 10km, une sortie longue est prévue par le club sur les collines autour de Nice, le reste du programme ne change pas et un très joli soleil est toujours prévu sur la Promenade. Ici, les gants et le bonnet sont à nouveau de rigueur pour sortir courir, j’encourage la lumière. J’ai une envie furieuse d’être en train de courir sous le soleil, c’est ce mois de janvier qui me rappelle déjà juin et juillet en m’induisant en erreur alors que décembre me ramenait à octobre, j’emporte dans ma course des espoirs d’accélération du temps pour mieux percevoir la chaleur, ressentir son réconfort et me trouver enveloppée par sa présence tandis que le froid est absence. J’ai le choix en attendant de faire mon sac entre une nouvelle séance de natation après mardi, un aller-retour aux cycles Laurent pour retrouver mon vélo de course prêt en cas de redoux, ou le plus simplement du monde une séance de cinéma en attendant qu’elle vienne me rejoindre. En voyant le dernier Matrix, j’ai eu envie de regarder à nouveau les trois autres films en me rappelant de l’effet qu’avait provoqué sur moi le premier épisode en 1999, l’histoire d’une quête et je me souviens aussi avoir commencé à écrire sur la bande son que j’écoutais en boucle comme pour mieux entrer en transe ou dans un rythme obsédant, j’écrivais alors une lettre. Aucun souvenir ne m’est resté des films précédents, je me dis surtout qu’il faut que je reprenne mon texte Genre parce qu’il continue à me questionner et me relance de son côté régulièrement. Ce matin, j’ai revu la photo de groupe que nous avions prise place Massena avant la course, c’était le 6 janvier 2019 et il faisait un froid glacial, j’étais en débardeur et j’allais finir en 46’ avant de progresser sur cette même distance en janvier puis en février, toujours avec Pascal. Nous avions pris une photo de nos ombres la veille, lui et moi face au kilomètre 9, sans savoir que j’aurais un coup de mou dès le 5e kilomètre, au moment du demi-tour avant de repartir dans le sens opposé sur la Prom noire de monde, des badauds, je n’avais rien mangé la veille au soir, j’aurais mieux fait de retrouver tout le monde à la pasta party, les mauvais choix me marquent. Le village de la course était très animé, nous y retournions souvent, et le coucher de soleil m’avait projeté en Grèce sur mon île alors que je connaissais pourtant déjà Nice, sauf que je ne connaissais pas encore Tinos à l’époque où Annie m’avait fait découvrir son joli havre de paix, les terrasses sur le Cour Saleya avec mes premiers coups de soleil parce que je ne passais pas encore la plupart de ma vie à l’extérieur, la plage de galet et la vague de 16h, le marché, l’Italie. Demain je renoue avec la Méditerranée dans une nouvelle ambiance, qu’il me tarde de découvrir comme si je partais en vacances d’été en plein hiver, par le truchement d’une matrice.