Trois jours à attendre des nouvelles, trois jours pour trouver un coiffeur, changer de tête. Ma grand-mère disait toujours que pour se changer les idées, il suffisait de changer de tête, elle disait aussi que la bière était comme du pain liquide, elle savait s’arranger avec la réalité. Pas de nouvelle le vendredi et, contrairement à l’habitude prise au cours de ces derniers mois, il n’était pas prévu de se retrouver le lendemain pour un ciné ou une exposition, pour se voir. Autant changer de tête dans ce cas et ôter ce casque devenu trop lourd pour mon crâne, comme pour rendre les armes au moment où j’aspirais à retrouver légèreté face à l’impuissance dans laquelle me plongeait soudainement la situation d’attente et de déroute. Un vendredi matin, j’avais reçu de la grande magicienne l’un de ses plus jolis messages, nous venions de nous quitter quelques instants auparavant, il était prévu de se voir le lendemain. Elle tenait à me faire savoir qu’elle était heureuse, je ne connais rien de plus gratifiant à ce jour qu’un message de quelqu’un qui vous faire comprendre que grâce à vous, c’est plus doux, pourquoi avoir recouvert ces moments de grâce de ton manteau sans prévenir, cher automne ? Tu es arrivé un matin où elle ne s’est pas retournée tout de suite vers moi avec le premier sourire de la journée, et avec toi les premiers doutes, la froide réalité d’être dehors, ce vent – il balaie les souvenirs comme des instants morts qui n’auraient jamais appartenus à une vie, alors que l’arbre abrite encore tous mes espoirs, je caresse les branches et nourris les racines. Il y a eu ce samedi aussi où elle a été prise d’un fou rire jusqu’à pleurer parce que je ne parvenais pas à prononcer correctement un mot, le nom d’une ville peut-être, une formule. Je n’avais pas besoin de vérifier son envie de me voir voire me revoir, tout était encore évident. Le dimanche que nous passions ensemble, je l’ai occupé à trouver un coiffeur ouvert dans mon quartier, ma quête est devenue la nouvelle obsession du moment, la vie n’est peut-être rien d’autre qu’une série de substitutions. Toujours est-il qu’il me fallait substituer la gêne du désagrément si je ne trouvais pas mon coiffeur, au manque cruel d’une personne très spéciale. J’ai trouvé un petit salon de coiffure tout de rose habillé à seulement deux rues de chez moi, il était ouvert un dimanche tandis que les primeurs de la rue du Poteau repliaient leurs stands, et surtout la coiffeuse avait l’air disponible lorsque j’ai franchi la porte pour m’approcher d’elle. Sans doute a-t-elle compris que j’entrais pour demander un renseignement, parce que lorsque je lui ai demandé si elle était disposée à rafraîchir ma coupe, elle a eu ce geste de mettre ses deux mains devant sa bouche en me fixant avec terreur comme si je lui avais annoncé une mauvaise nouvelle, avant de se confondre en excuses parce qu’elle ne savait pas couper court, mais sa patronne oui qui serait  là dès le lendemain. Je suis sortie du salon persuadée que la réaction de la coiffeuse n’était pas étrangère totalement à la détresse qui devait se lire sur mon visage à un point que je n’avais peut-être pas moi-même envisagé. J’ai redoublé de patience.

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