« Vous gagneriez à assouplir votre nage… » Qui me parle ? Derrière moi, je me retourne, un maître-nageur, je ne l’avais encore jamais vu, je dois avoir l’air étonné et j’ai de l’eau dans les oreilles, il répète sa phrase et montre ses épaules, « tout part de là, tout part toujours d’en haut. » Un philosophe sur le bord du bassin, j’aimerais qu’il développe, je suis soudain tout ouïe, il file. Mais comment ça assouplir ma nage, qu’est-ce qu’il veut dire par là, je devrais avoir des bras en caoutchouc au lieu d’aller chercher loin comme une furie pour brasser plus d’eau et glisser ? Tout part d’en haut, mais d’où en haut, faudrait-il que je nage avec ma tête pour mieux tracter ? Assouplir ma nage, mais s’il n’y avait que ma nage qu’il faudrait que j’assouplisse, mon dieu, si seulement je ne prenais pas les choses autant au sérieux, bien sûr que la vie serait plus douce et ma nage plus souple, on me confondrait même avec un dauphin jouant dans le grand bassin. Des années de gymnastique dans ma jeunesse ne m’ont pas apporté la souplesse, je m’étire peu. Et tous les jours je rêve de devenir cette personne moins sévère et exigeante, moins rigide aussi, pour me lâcher la grappe et n’en faire qu’à ma tête justement, comme si tout partait d’en haut. Je me promets de retrouver mon maître-nageur-philosophe à l’occasion de ma prochaine séance pour ne surtout pas lui demander quelques exercices d’assouplissement des épaules et du dos, plutôt des suggestions de lecture auxquelles je pourrais penser pour me détendre en nageant.

Photo : David Storey, « Woman Wading ».

13 réflexions sur “Nadège Night & Day #69

      1. J’ai découvert ça en regardant un match de rugby mais ça peut s’appliquer à tous les sports.

        Au cours d’un match, tous les joueurs font au moins une faute et ça n’empêche pas pour autant d’avoir la victoire au bout.

        Alors dans la vie c’est pareil, il faut être bienveillant avec ses inévitables erreurs et tout donner de soi.
        Du coup dans mes moments difficiles, je m’imagine un entraîneur qui m’encourage depuis le bord du terrain « allez c’est bien continue » « allez c’est pas grave, replace toi » « Allez !!! jusqu’au bout » …
        Et ça marche.
        (je ne suis peut être pas clair)

        Aimé par 1 personne

      2. C’est très clair et surtout très inspirant. Saviez-vous que le marathonien Alain Mimoun (champion olympique à Melbourne en 1956) avait pour secret de s’insulter en pleine épreuve, lorsqu’il se sentait fléchir 😉 (C’est une autre approche et je préfère largement la vôtre.)

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