J’ai toujours aimé souhaiter leur anniversaire à minuit pile aux personnes que j’aime, elle aussi, je pensais être la seule à m’amuser à ce petit jeu et je suis surprise d’avoir ses vœux dès la première seconde de ma journée d’anniversaire, vingt-quatre heures plus tard nous éteignons ensemble la lumière à minuit pile sur une journée comme je les aime, forte et riche en émotions. Je passe devant la Timbale où je me souviens de notre dîner juste avant Noël quand elle m’avait offert par avance un premier cadeau, j’avais découvert un calendrier si particulier qu’il suffit que je le regarde comme en ce moment pour que la page de janvier m’inonde du soleil niçois. J’arrive ensuite sur la petite place Petrucciani, que je trouve très animé ce soir, il a fait beau aujourd’hui et les gens sont en terrasse, ce que je m’apprête à faire, et je traverse devant le Village où nous nous étions posées, une fois les courses pour le dîner du Nouvel An enfin faites, pour profiter d’un moment suspendu entre deux années, une petite parenthèse enchantée avant de reprendre le train, ce genre d’instant dont je me sais en le vivant que je m’en souviendrai parce que je me sens parfaitement détendue et déchargée de toute contrainte, tout objectif, enfin. Cette fois-ci, je m’installe à la Patakrep, dont la terrasse est chauffée, ça faisait trop longtemps. Je n’y ai pas mis les pieds depuis des mois, je commence tout juste à investir à nouveau cette petite place qui m’a réchauffé le cœur pendant les confinements quand j’y voyais du monde et la solidarité se déployer entre les trois cafés qui l’animent pour partager stocks et bonne humeur. Le patron vient me saluer et me parle du nouveau concept de bistrot breton qu’il veut lancer, la crêpière me raconte sa surprise devant l’affluence des derniers jours, enfin la serveuse me confirme que ça fait définitivement beaucoup trop longtemps que je n’étais plus venue m’assoir, la plupart du temps, lorsque je salue la sympathique petite équipe, c’est d’un geste, en courant. J’intercepte quelques bribes de conversation à la table d’instituteurs, ça disserte sur le protocole. Elle arrive et je ne peux m’empêcher de partager ce que j’ai entendu parce que j’ai envie de rire, elle connaît parfaitement la situation et me confirme l’absurdité de certaines situations et le niveau de saturation en terme de patience et de cohérence dans la gestion actuelle de la crise. Nous avons bientôt fait, elle et moi, le tour de cette petite place à laquelle j’inclue comme dans un seul et même village d’habitués et de têtes que l’on a plaisir à reconnaître de loin la boulangerie qui vend le pain baltique à tomber et le restaurant sicilien juste en face de chez moi. Il ne manquait plus que ce dernier pour parfaire la visite du pâté de maison en ce jour spécial, ma table préférée nous est attribuée et nous humons l’odeur généreuse et galvanisante de truffe. Nous nous régalons des assiettes d’antipasti qui nous sont servies, c’est un bonheur d’avoir tous les bienfaits de la Sicile à portée de trottoir, je suis gâtée et j’ai conscience de l’être, et encore je n’ai pas encore profité de mon gâteau d’anniversaire, moi qui ne mange jamais de gâteau, il a été tout spécialement confectionné pour moi en évitant la plupart des ingrédients que l’on met dans un gâteau, pour ne garder que le meilleur, le goût de la noisette et l’onctuosité de la pâte. Ma grand-mère faisait son gâteau aux noisettes, Nusskuchen, en incorporant autant de farine que de poudre de noisettes, son glaçage était réalisé à partir de Nesquick, quand j’y repense. Ensuite, ma mère a augmenté la proportion de noisettes par rapport à la farine et surtout remplacé le glaçage par du vrai chocolat noir, du chocolat pâtissier, à bas la poudre Nesquick. Ma sœur a fini par renverser complètement la tendance en intégrant à la recette des noisettes entières tout en réduisant toujours plus la farine et le sucre, sans parler du beurre, grand absent. Je parviens même à dénicher des bougies d’anniversaire et à les souffler, comme quand j’étais petite, et je fais un vœu, celui que je fais à chaque occasion de me souhaiter que tout cela dure.

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