Rien ne m’attirait particulièrement parmi les échoppes du marché nocturne au Moule, encore moins sans doute la perspective de dîner debout ni sous les néons criards. Le spectacle me plaisait mais je ne souhaitais pas y prendre part, les gens marchaient et s’arrêtaient pour regarder, échanger et laisser la place aux clients suivants, tandis que les odeurs et parfums se mêlaient sans que je ne puisse reconnaître quoi que ce soit. C’est ainsi qu’en poursuivant notre marche, nous sommes tombées sur ce tout petit bar ; si j’avais une histoire à raconter, c’est ici que je serais venue m’installer pour de bon. Dix jour s’étaient écoulés depuis notre arrivée en Guadeloupe, nous avions sillonné l’île et les éléments s’étaient déchaînés pour nous accueillir sur une véritable terre d’aventure, depuis l’inondation jusqu’aux brûlures en passant par la jungle et la boue. La jungle d’abord, il a fallu que nous l’inventions pour ne rien faire comme les autres. Parce que nous ne sommes pas comme les autres, nous sommes des aventurières et la Guadeloupe est, comme chacun sait, une terre d’aventure où révéler notre vraie nature. Alors après une première promenade le long de la rivière à Prise d’Eau, pour éviter le trop plein de soleil et de monde en bord de mer dès le premier jour, nous nous sommes baignées dans un bassin plus large après avoir remonté le courant assez longtemps. L’eau était fraîche et claire, assez profonde pour faire quelques brasses, et personne ici. Revigorées, nous avons décidé de redescendre le cours de la rivière par l’eau et à travers les rochers, en évitant de se laisser emporter par le courant bien sûr. Bien évidemment. Après quelques risques de chute et autres impressions de crampes naissantes, nous avons changé nos plans pour sortir du lit de la rivière et remonter vers le chemin plus sûr, donc à travers la jungle qui s’offrait à nous et nous séparait du sentier emprunté à l’aller. Quelle ne fut pas notre déconvenue lorsque la jungle s’est révélée beaucoup plus dense et opaque, moins invitante que jamais alors que tout espoir de revoir un sentier, une infime trace de civilisation s’amenuisait, mais nous continuions à nous débattre quand même, encore trempées par la baignade, le sac à dos alourdi et les jambes lacérées. Retenant nos pas, les lianes se mêlaient aux broussailles pour nous empêcher dans notre avance, en même temps que les insectes venaient à notre rencontre parce que nous surprenions leur vie cachée dans ces lieux très peu avenants, à l’abri de toute intrusion. Nous rompions la virginité d’une jungle jusqu’ici respectée et il aurait fallu que les arbres se transforment en panneaux de signalisation pour nous guider, dans nos rêves. Notre sauvetage est venu de la rivière, nous avons entendu des voix, enfin des gens ici.

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