Quand une obsession me prend, me rafraîchir la coupe ou bien changer de chaussures de course, il n’y a pas moyen pour moi de négocier avec moi, je dois agir ici, maintenant, tout de suite. Mon vélo est japonais, je ne sais pas s’il a vraiment déjà roulé là-bas, son origine est nippone, j’ai aligné mes chaussures de course en optant pour Asics après cinq années de course à pied dans des chaussures Adidas, le changement s’est fait facilement et j’en suis à quatre paires. Pour être plus précise, j’ai choisi ma quatrième paire d’Asics hier soir après avoir épluché tous les sites de vente en ligne pour préparer ma sélection sur place, selon ma pointure et mon confort, je chausse chez les hommes parce que je ne trouve ni l’un ni l’autre chez les femmes, ma paire m’attendait donc au rayon hommes, mon choix a été vivement appuyé par la vendeuse. Je suis donc chaussée pour ma première course de l’année samedi prochain, 1er jour de l’année. En attendant, je retourne sur la piste pour le fractionné long, je suis sensée tenir un kilomètre en 4’15’’, ce qui ne semble pas dans mes cordes aujourd’hui, pas plus qu’hier donc sur 100m, j’ai un petit coup de mou en cette fin d’année comme si la reprise du boulot ne signifiait pas non plus que je devais y retourner partout aussi et démarrer la préparation de la nouvelle saison, j’ai plutôt en tête l’annulation probable de la Prom’Classic et un week-end plus festif à Nice. Pour le coup, je trouve un compromis avec moi-même, comme ces nombreuses fois où j’abandonne l’idée d’éprouver mes limites, en fait la plupart du temps, et je cours 6 fois 500m. J’accélère à grand peine et mes anciennes chaussures, que je trouvais encore neuves la veille, n’y peuvent rien, je n’ai pas de jus et le vent contraire, qui m’a dissuadé encore ce matin de prendre mon vélo pour aller nager, ne m’aide pas non plus à tout donner, je lutte contre tout. Pour finir de lutter, je retourne nager dix jours après ma dernière séance, dix jours déjà, et je prends les transports, j’ai une sainte horreur des transports en commun, qu’on y mange ou pas, comme la plupart des gens je supporte plutôt très mal l’idée de perdre autant de temps ainsi, d’une manière générale de ne trouver aucun sens dans ce que je fais sinon la stérile logistique. J’arrive et je tombe sur une première famille avec trois gosses, puis deux autres gosses plus loin et je comprends pourquoi je n’ai pas mis les pieds dans cet espace durant les congés de Noël, j’oublie mes tongs en rejoignant le bassin et au moment de mettre mon bonnet, celui-ci craque, mon bonnet du triathlon de Paris me reste en deux morceaux entre les mains, j’y vois un signe, la bonne nouvelle c’est que le bonnet n’est pas obligatoire pour nager ici, à moi les sensations. Ça m’a tellement manqué et miracle, je suis non seulement seule dans ma ligne mais aussi dans toute la piscine, les familles se trémoussent en peignoir blanc à l’intérieur hors espace d’effort. Mes articulations me remercient, je m’étire de tout mon long à chaque mouvement de crawl. La détente aidant, je sens que mon estomac crie famine et je redouble d’effort, je suis seule ici, chaque instant se dilate dans le chlore et diffuse un parfum d’intensité autant que de satisfaction, je repars pour une dernière longueur qui devient l’avant-dernière jusqu’au repos physique final.

3 réflexions sur “Nadège Night and Day #14

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