Plus de marathon ni de semi-marathon, le premier triathlon de la saison est annulé et les autres vont suivre, les piscines ont fermé, puis les bars et les restaurants, chacun reste chez soi. Confinement, on appelle ça, pas la quarantaine ni la réclusion à domicile mais quelque chose de plus doux à l’oreille, presque comme une invitation à rester proche de ceux qu’on aime, mais voilà j’ai deux boules de poils qui n’ont que moi, je n’irai pas là où mon cœur me porte. Il y aura un avant et un après cette crise majeure du coronavirus dont nous ne pouvons pas encore mesurer les impacts économiques et sociaux, sinon que de nombreuses entreprises mettent clé sous la porte et que de nombreuses personnes sont déjà au chômage technique. Lors d’une conférence vidéo, on nous parlé de sacrifices à faire et de l’après à préparer, clairement le message était flippant et j’ai tenté de continuer à travailler comme je le pouvais, en me raccrochant à qui je pouvais me raccrocher, en respirant là où je trouvais un peu d’air, mais ma tentative pour aller faire quelques courses dans le chaos total à midi m’a achevée. Alors j’ai pris des nouvelles, une chaîne de solidarité entre les choristes s’est créée, entre coureurs et coureuses aussi, j’y participe dans un élan désespéré de faire partie encore de quelque chose qui ressemblerait à l’humanité, j’aimerais ouvrir ma fenêtre sur le printemps. Dehors, il fait encore frais et les coureurs se font rares, les dernières consignes nous ont laissés dans le flou, sinon qu’il faut rester chez soi, courir ? Oui, garder une activité, chez soi. Courir autour de chez soi, me voici acculée à mon exercice préféré, les côtes et escaliers de ma rue du Mont Cenis, avec un aller et retour jusqu’à la place du Tertre, vide comme jamais. En sortant ce matin peu après 7h, je croise un coureur de mon immeuble qui revient de sa course, il me sourit généreusement, je lui rends sont salut et me surprends à regarder dans quel escalier il habite, le premier. Je me raccroche à ce sourire complice et commence à courir en prenant la direction du bureau vers la porte la plus éloignée de Paris, pour mieux revenir. Nous sommes plusieurs coureuses à nous saluer en respectant les distances quitte à changer de trottoir en nous saluant, le ciel est délavé, la lumière me réconcilie avec le reste lorsque sur le trajet retour je cours vers l’Est et que mon regard porte loin sur l’horizon si éclatant ce matin. Il y a six ans, jour pour jour, je me faisais une fracture du bassin, une fracture de fatigue dont je ne savais pas à quel point elle allait changer mon comportement vis-à-vis de la course, des autres et de moi-même, jamais encore je n’avais écouté et suivi les conseils d’autres personnes pour savoir comment faire autrement, sans me blesser, en apprenant à prendre soin. J’ai rejoints un club, je me suis consacrée une année entière au spectacle des dix ans de la chorale, à défaut de mettre mon énergie dans le course à pied, enfin j’ai initié un blog pour partager et poser des mots sur quelque chose, comme la sortie d’une longue, très longue hibernation et la découverte d’autre chose que solitude et souffrance, l’espoir d’une détente.

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