Quand on était petites, on s’enregistrait le 23 décembre sur des cassettes à l’attention de notre moi d’après les fêtes, comme si nous allions écouter ces cassettes ensuite, parce que c’était la journée juste avant celle que nous attendions toute l’année, nous nous narguions nous-mêmes. Noël n’a bien sûr plus jamais été comme avant puisque les personnes qui en faisaient la magie, ma grand-mère allemande par-dessus tout, ont disparu et avec elles ces moments très uniques. C’est parce que tout est différent cette année, vraiment tout, que peut renaître un instant unique. Comme de compter les heures puis les minutes jusqu’à l’arrivée de son train parce qu’une fois avec elle, nous ne nous quitterons plus jusqu’au lendemain des festivités, ce qui nous emmène trop loin étant donné tout ce qu’il y a à préparer d’ici-là et toutes les cases à cocher pour être certaines que tout sera prêt à temps, nous n’aurons plus qu’à profiter pour que la magie agisse. Les températures sont à nouveau douces et le temps se prête à une balade au bord du canal comme nous l’avons fait plusieurs fois jusqu’aux cinémas lorsque nous n’allons pas au Louxor. Lorsque nous sortons de la séance, la nuit est tombée et la surface du canal reflète les lumières vives des néons multicolores comme si la nuit vérifiait dans le miroir son costume de fêtes, j’aime cette ambiance qui se permet des ralentis avant l’effervescence, j’aime marcher avec elle et l’écouter commenter un film sur lequel nous tombons d’accord pour des raisons qui convergent, j’aime la facilité avec laquelle elle accepte toutes les propositions que j’ai cogité. Nous dînons à La Timbale, mon quartier général depuis deux décennies, je suis sûre que nous serons tranquilles la veille de Noël, j’ai à cœur de penser à notre soirée à toutes les deux ce soir, c’est elle qui finit par me surprendre en m’offrant un premier cadeau, plus intime, elle l’a créé. Un calendrier illustré avec des images qui nous projette dans chacun des mois à venir, j’adore. J’ai une photo de la Promenade de Nice et de ma cathédrale de Köln, de figues mûres et un selfie avec la date de son anniversaire écrit à la craie sur une ardoise, mon 5 à l’envers et une photo de Ripley qui illustre le début de la saison de triathlon, une autre du parc des Buttes Chaumont et bien sûr les créations de Tove Janssen, elle ne sait pas encore que je vais lui offrir un livre de l’autrice, je sais encore moins qu’elle m’en offrira deux autres, nous nous alignons. Nous nous réveillons avec la même idée le lendemain et il n’est que 7h, et si nous allions faire le marché tant qu’il n’y a encore personne, mais nous nous rendormons sans nous en être parlé. Deux heures plus tard, il n’y a étonnamment personne devant les stands le jour-même de Noël, et nous imaginons la scène si nous étions arrivées aux aurores pour dévaliser le poissonnier à peine installé, les courses sont réalisées avec tant de facilité que nous doutons même de la date. En arrivant chez elle, nous sommes accueillies avec les Ceremonies of Carols de Britten, crazy.  Nous avons chanté trois des douze chants avec la chorale, il n’y a aucun autre morceau que j’aurais voulu écouter au moment d’arriver chez elle avec nos victuailles et notre plan de fête.

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