Il y a autant de cours de pilâtes qu’il existe de couscous, à savoir chacun sa sauce, son école. Bien sûr je retourne à la salle dès le lendemain pour ma deuxième séance en m’attendant à tomber sur la même prof enthousiaste et souriante, la musique à fond pendant un nuage entier. Et je vois arriver une professeure d’école qui fait l’appel – oui elle fait l’appel des personnes inscrites, elle fait l’appel par nos prénoms -, et comme la veille je me suis installée à côté de l’estrade située à l’autre bout de l’entrée, or il se trouve qu’elle fait son cours depuis ce pupitre. Je me retrouve donc au premier rang, en face de cette petite femme d’un certain âge et qui parle pour elle-même, la séance démarre sans musique et j’image déjà qu’elle finira sur le même monologue élaguant un verbiage technique auquel la novice que je suis n’entend rien du tout, je cherche de l’aide pour savoir ce qu’il faut faire concrètement, je m’accroche et je m’applique. Bien sûr, comme pour chaque chose et chaque personne dans ma vie, je me suis empressée de lire et creuser tout ce que je pouvais trouver sur Joseph Pilâtes et la méthode à laquelle certains semblent vouer un sacro-saint culte, ainsi pendant tout le cours j’entends des citations du maître et des éléments de la vie de cet autrichien, j’aime beaucoup le moment où la comparaison est faite entre la méthode Pilâtes et Siemens ou Bosch, bref tout ce qui est allemand et fonctionne. J’aimerais voir la tête d’un belge si je lui apprenais qu’il est français sous prétexte qu’il parle notre langue, c’est un peu comme de se vanter en France de parler le français le plus pur au monde alors que c’est au Québec que son usage serait le plus proche de la langue de Louis XIV, mais enfin passons, j’ai d’autres fâcheuses approximations à corriger, celles de mes postures.  Samedi je commence par courir dix kilomètres à une allure soutenue, j’ai juste le temps de prendre une douche, j’arrive les cheveux mouillés et le corps gentiment contracté à la séance, cette fois je pose mon tapis à l’opposé de l’estrade, j’ai fait le tour de la salle comme je fais le tour de mes stades en course à pied, et c’est à nouveau la professeure ès Pilâtes qui assure le cours et ne parle plus de machine ou de méthode mais du corps, j’aime qu’on me parle du corps. Ainsi, je l’entends expliquer qu’il faut étirer le plus possible, aller jusqu’au bout du mouvement, moi je suis au bout de ma vie et je tremble de tout mon corps dans l’effort, aller jusqu’au bout donc mais sans à-coups, les-à-coups-sont-nocifs, j’aurais tendance à dire que tous les coups sont plutôt à éviter mais si je suis au bout du mouvement, je ne suis pas au bout de mes surprises car d’un coup je vois les pieds de la prof de pilâtes, aussi nus que les miens, à quelques centimètre de moi, elle vient de traverser toute la salle pour corriger la manière dont je tiens l’accessoire, il faut que je l’empoigne dit-elle en mimant un poing prêt à cogner, et je l’entends me demander si je n’ai jamais punché quelqu’un, alors déjà le verbe vérifie qu’il soit accepté au scrabble, et comment te dire non je n’ai jamais punché dans la vie, j’éclate de rire, elle sourit. Eviter les à-coups et les plis-au-t-shirt car ils sont les plis de l’esprit – je suis à l’école de la vie.

Photo : Pablo Picasso, « Mousquetaire assis tenant une épée dans ses mains », 1969.

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