Au lieu du marathon de Paris, c’est un sixième de la sacro-sainte distance que j’ai parcouru, une nouvelle boucle qui m’emmène aux quatre coins de ce quartier, mon nouveau chez-moi. Ma boucle je la visualise et je la pétrie pour qu’elle soit le plus homogène possible, aucun grumeau ni mauvaise impasse ne doit y figurer, je la veux aussi parfaite qu’une libération. D’abord, je commence par me familiariser avec l’aller-retour que je connais le mieux, vers la gare, ce chemin sur lequel j’ai appris l’annulation du semi-marathon alors que j’allais rentrer sur Paris, et que j’ai fait demi-tour sans parvenir à réaliser encore la gravité de la situation. Ensuite, comme une pâte qu’on laisse reposer pour qu’elle lève avant la cuisson, je garde la gare en repère et j’augmente la distance d’un kilomètre qui me sépare d’elle depuis mon point de départ pour m’éloigner le plus possible avant de revenir vers elle après maintenant deux, puis trois et toujours davantage de kilomètres à l’aller, puis au retour, je multiplie les détours. Enfin, je prends l’habitude de partir à l’opposé de la gare pour un kilomètre de dénivelé en guise d’échauffement, la route descend ensuite vers le lac d’Enghien que je n’ai pas le droit de rejoindre parce qu’il n’est pas situé dans ma zone de confinement, je retrouve le virage que je prenais à vélo après le pont, je savais en tournant à cet endroit que j’étais quasiment arrivée. De fait, à partir de cet endroit, je ne fais plus que me rapprocher de l’appartement en remontant vers la gare par différents quartiers résidentiels et voies étroites désertées, calmes. J’arrive à la gare au bout de cinq kilomètres, je continue à remonter vers les vergers de Deuil. La boucle m’emmène vers un étang avant de serpenter de plus bel sur le chemin du retour, où chaque rond-point me raconte une étape de plus vers l’élaboration du tracé dans sa totalité. J’ai creusé mon sillon, trouvé mes repères et je répète la boucle autant de fois que le temps imparti me le permet, en déclinant la boucle sur des versions plus courtes, moins dénivelées, pour parvenir à une sortie différente tous les jours, un grand luxe en ce temps de confinement. Il est temps que je l’invite à me suivre dans ma boucle de confinement, une occasion de lui montrer que je me suis familiarisée avec son quartier, que j’en ai apprivoisé le moindre virage pour lui offrir une première sortie nocturne, loin des gens, loin du sempiternel tour du jardin. Nous partons au moment où le soleil se couche, le ciel révèle ses tons printaniers et nous offre ses cocktails d’orange et rose, les arbres sont en fleurs, même les oiseaux sont de mèche qui nous guident d’un rond-point à l’autre en nous encourageant l’une après l’autre, nous avons gardé une distance de plusieurs mètres, je l’attends discrètement pour ne pas la perdre de vue. Plus nous progressons, plus le soleil nous enveloppe de ses derniers rayons comme s’il voulait ne plus nous quitter pour jouer encore un peu à nous courir après et je prends plaisir à la voir elle me rejoindre sur mes propres pas vers la gare puis du côté des vergers et enfin de retour. Peut-être que les plus grands voyages commencent ainsi, par un petit tour du pâté de maison, mais un tour à deux, un minimum préparé, avec l’idée de partager une activité, un moment, des envies voire une vie entière, bref ce projet un peu fou d’être ensemble et de vouloir le rester. Au moins jusqu’au prochain coucher de soleil, et celui d’après, et encore après.

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