Je pars en direction de l’Arc de Triomphe, je le garde en ligne de mire. Direction Etoile. Au moment d’atteindre la place des Ternes, je rebique par la rue de Courcelles, un virage en épingle pour passer par le parc de Monceau dont je fais le petit tour avec tant d’autres. Le jour du marathon de Paris, le bus 31 qui m’amène vers la ligne de départ depuis Jules Joffrin voit son terminus arrêté place des Ternes et non plus Etoile, pour cause de course, et nous sommes une demi-douzaine de coureurs à porter le dossard sur tout mon trajet. Curieusement, le trajet vers la ligne de départ du marathon est également celui que j’emprunte tous les matins, que j’empruntais tous les matins pour aller travailler lorsque travailler sur un lieu commun à tant d’autres collègues était encore une chose possible, voire tout à fait banale, les temps ont changé si brusquement en une seule année, fichtre. Si je prenais la rue du Faubourg-Saint Honoré une fois franchie la place des Ternes, celle-ci m’amènerait jusqu’au marais, en passant par l’église de la Madeleine où j’ai entendu pour la première fois résonner la Magnificat de Bach, mon œuvre préférée, parvenue ensuite aux Halles et à Beaubourg, je n’aurais plus qu’à rejoindre le quai de Seine par Templier puis République et Jaurès avant de me laisser couler pont Marcadet. Dernier jour travaillé, le mini triathlon maison est devenu mon obsession printanière. J’adore avoir la possible de nager rouler et courir en une même journée parce que le triple effort m’apporte la sensation d’accomplissement insensé, comme une complétude. Vendredi, mi-mars. Il y a un an pile, je repartais du travail avec un ordinateur pro et la consigne de ne plus remettre les pieds au siège jusqu’à nouvel ordre, non seulement je n’avais jamais eu recours au télétravail mais surtout je prenais conscience de la situation. J’allais, comme des millions de personnes sur cette terre, me retrouver dans une solitude et un contexte totalement inédit, au point même que personne ne savait dire précisément pour combien de temps allait durer le confinement décrété pour éviter tout contact contagieux avec son prochain, de nouveaux mots sont apparus dans notre vocabulaire. Aujourd’hui, jour de vacances anniversaire de ce début chaotique de confinement, j’intègre le couvre-feu dans mon quotidien et je roule le cœur léger et heureux vers les dernières minutes qui me permettront de profiter d’un verre en terrasse éphémère de mon troquet avec quelques voisins de quartier aussi hystériques au moment de la fermeture des trottoirs, ça crie et ça rit, puis chacun part de son côté à contrecœur. L’année la plus étrange qui soit vient de s’écouler et la vie reprend le dessus, une envie de vie assourdissante s’empare de moi alors qu’il fait encore jour et que dans la vie d’avant, les gens auraient tout juste commencé à se retrouver en cette fin d’après-midi, chaque minute de gagné sur la nuit est maintenant et ici comme la promesse d’un printemps plus éternel et délirant, intense et foisonnant, oui plus passionnel que jamais.

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