Il y a quelque chose de fascinant à se réveiller sur une île, cerné par la mer, simplement l’idée d’avoir isolé un écosystème pour en faire le tour, le sonder et l’explorer, comme un univers onirique et unique, détonant dans le cosmos, un ailleurs très loin de tout, tellement différent du reste du monde et fascinant qu’on imagine guère revenir à autre chose. Trop souvent je me suis réveillée en étant persuadée que j’avais décidé de déménager dans cet espace parallèle qu’est le rêve, sans retour possible tant l’installation s’y était bien déroulée. Il en fut de même sur notre île le jour de Noël, loin des conventions et de l’hiver rude, nous nous sommes posées dans l’après-midi à la terrasse d’un café pour fêter l’arrivée et le printemps éternel, nous avons trinqué et dégusté une bière locale en plein soleil et décalage généralisé. Ils étaient loin les Noëls réglés comme du papier à musique, chacun derrière sa partition et tous à caracoler derrière la mélodie sans que personne ne s’entende ni ne crée d’harmonie. Parfois, il suffit d’une personne, et ce n’est pas celle que l’on voit diriger ni celle qui aurait l’oreille absolue pour mettre au moins tout le monde d’accord sur la première note, rien à voir avec la justesse mélodique définitivement, mais plutôt avec cet autre talent d’avoir le cœur absolu, une forme de bienveillance plutôt désintéressée et inspirante pour l’environnement. Quelqu’un dont la présence suffit à donner le ton, sans autorité déplacée, la note juste qui met tout le monde à l’unisson parce que si l’ont peut bien souvent s’accorder sur quelque chose, plus que sur la beauté ou sur le bien, c’est sur une note, quelque soit le temps que cela prend. La note crée le lien et le lien assure la paix, dans le meilleur des mondes possibles bien sûr, encore faut-il vouloir entendre la note pour s’accorder, être capable aussi de baisser d’un ton. Sur notre île, le ton fut donné par la note de bleu dans le ciel dès l’atterrissage, comme un soulagement après n’avoir plus distingué aucune éclaircie, voire plus de ciel du tout au-dessus de nos têtes, si l’on parle d’une vaste étendue qui ouvre vers l’horizon, ce rendez-vous visuel. Le soleil et le ciel, la chaleur et la détente, voici ce que nous étions venues chercher ici comme la plupart des explorateurs d’autres cieux en ont l’habitude depuis la nuit des temps, sauf que la grande magicienne est une artiste de la couleur et qu’elle porte le bleu royalement, ce qui est encore un point de vue subjectif me direz-vous, le beau temps sied à tout le monde. Disons plutôt que c’est le bleu des cieux qui me semblait porter la grande magicienne au trône du royaume de la marche en montagne, domaine dont je savais qu’il est le sien comme les petits riens et la souffrance, la tempête et le beau temps, forment la matière des grands poètes. J’en avais des bleus à l’âme dès le matin, cette idée insupportable de n’être pas à la hauteur. Pour autant, je me régalais d’observer l’artiste évoluer de ses petits pas envolés, dansés et sautés, comme on admire un grand fauve que l’on vient de lâcher dans son milieu sauvage, après une éternité passée en captivité.

Une réflexion sur “La poésie des petits pas #44

  1. Je te cite bien évidemment « La note crée le lien et le lien assure la paix, dans le meilleur des mondes possibles bien sûr, encore faut-il vouloir entendre la note pour s’accorder, être capable aussi de baisser d’un ton. » Je trouve cette phrase très belle et très juste bien que je n’avais jamais vu les choses sous cet angle.

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