Suffit-il d’être né au bon endroit et au bon moment pour se sentir à sa place, se demandait-elle à chaque fois que naissait en elle une impression d’étrangeté par rapport à sa propre personne. Un gouffre s’ouvrait au milieu de son thorax pour la happer et l’emporter dans une zone obscure plus inquiétante encore que l’image reflétée dans le miroir de quelqu’un qu’elle n’était pas et qui lui faisait peur, une zone d’emprisonnement éternel dans ce corps sans issue. Dans cette confusion, le premier réflexe dont elle ne prend pas encore conscience est de se fuir elle-même pour se perdre dans l’autre, dans tous les autres comme pour deviner l’image qu’ils se font d’elle et trouver un moyen de mieux s’adapter à la vie en chercher à imiter ou se distinguer, se reconnaître dans un geste, une réflexion, renier totalement tel comportement et ainsi puiser dans cette intrusion poussée à son maximum une façon se composer une identité. Peu lui importe si cette identité n’est pas la sienne, pourvu qu’il y ait ce commencement, déjà. Ensuite, viendrait le temps des interrogations avant le moment de se positionner quelque part, les autres semblaient en savoir davantage sur elle qu’elle-même et elle avait besoin de vérité, sans avoir conscience encore que si vérité il y avait, alors il lui fallait trouver celle-ci en elle. D’abord elle voulait entendre les autres parler d’eux et lui parler d’elle, et tout en faisant parler les autres d’eux-mêmes, sans s’en apercevoir au début, elle se mit à parler d’elle aussi. En cherchant les réponses, elle se mit à poser les bonnes questions et s’entoura des bonnes personnes pour avancer sur le chemin de sa propre identité dans ce monde en se projetant dans le masculin comme dans le féminin, jusqu’à ne plus se projeter du tout, entendre sa voix. Enfin, les sentiments de honte et d’inquiétude disparurent, et elle ne se souvint même plus qu’ils avaient existé avant de repenser un jour au chemin parcouru et des sentiers empruntés, la honte de ne pas savoir en étant persuadée que les gens savaient quelque chose sur elle, l’inquiétude de se dire que ce quelque chose sur elle pouvait être terrible, puisqu’on ne lui disait rien et qu’on faisait comme si de rien n’était. De fait, il n’y avait rien à savoir de grave. Pire, il y avait tout à oublier des idées reçues et autres convenance pour acquérir la liberté de déjouer les préjugés et grandir avec intuition et sagesse, à l’écoute de l’environnement proche. La honte disparut pour faire place, après des années de quête, à un sentiment d’immense fierté, et l’inquiétude persista par petite touches ponctuelles, comme des piqures de rappel, pour ne pas laisser à la confiance l’occasion de s’installer trop facilement alors que le doute continuait à être permis sur soi comme sur les autres ou sur les décisions prises pour avancer. Toujours est-il que le champ des possibles avait été ouvert et découvert, exploré au maximum et construit de sorte à pouvoir y revenir régulièrement pour poser ici une nouvelle brique d’intuition vérifiée et là tout un pan de poésie, comme un écho à chaque pas de plus vers l’autre, moins étranger et à la fois éternel mystère d’une vie où son ombre apporte la lumière.

4 réflexions sur “Genre #1.1.1

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