On m’avait vendu la Prom Classic comme la course où je pouvais battre mon record. Sur 10km le parcours déroule depuis la place Masséna vers l’aéroport puis retour dans le sens inverse sur la Promenade des Anglais, au bord de la mer et en plein soleil du mois de janvier. L’ambiance est festive en ce dimanche matin, le temps est frais mais le vent ne s’est pas levé, on pourrait se croire au printemps déjà, le ciel est bleu et les palmiers invitent à fainéanter, quelques arbres de Noël se dressent comme des illusions d’optique, nous sortons des fêtes. Dès la sortie de l’aéroport deux jours plus tôt, vendredi après-midi, le contraste était frappant, la douceur de l’air nous donne envie de marcher et voir la mer, je l’ai attendu ce week-end. Notre enthousiasme est commun, le tout nouveau tram nous éblouit, la vue de la mer nous ravit, les appartements loués pour notre groupe de course nous rend excités et l’attribution des chambres doubles m’amuse beaucoup, enfin je vais passer ce fameux séjour niçois avec elle. Le retrait des dossards se fait au village de la course, dressé parmi les palmiers entre le Negresco et la place Masséna, la couleur du t-shirt officiel est décalquée sur les gilets jaunes et il n’y a qu’un sas préférentiel sous les 40mn, dont elle partira, les autres sont libres d’accès. Nous nous promenons de long en large sur la Promenade comme pour baliser le parcours de la course dont les kilomètres ont été affichés sur la route, sous l’écume les galets grondent. Pendant deux jours entiers, le temps n’a plus aucune importance, il nous file entre les mains puis s’étire sur la plage de tout son long, le temps ensoleillé nous invite à toutes les terrasses pour trinquer à cette première course de l’année, profiter des salades niçoises in situ, visiter les expositions en cours pour mieux ressortir à l’air libre et profiter de la douceur de l’air tandis que les chronomètres se sont tus, pour le moment, ce qui compte c’est d’être ensemble. Le matin de la course, j’ai à peine dormi quatre heures, j’attends les premiers bruits dans l’appartement pour me lever, nos dossards épinglés l’excitation est palpable à la table du petit-déjeuner, le temps est toujours au beau fixe et les chronomètres sont cette fois-ci de la partie. J’ai passé mon séjour à lui courir après, à courir après elle, d’une terrasse à la promenade en passant toujours par l’instant d’après et sans parvenir à profiter de l’instant, comme une fuite. Cette fois-ci je cours après moi-même, face à la mer et au soleil, je me retrouve et me rends compte au bout du 5e kilomètre déjà que je n’ai plus de jus, je n’ai aucune réserve d’énergie. Je continue à courir en regardant la mer, elle m’accompagne et je lui dis que je la retrouverai, nous finirons notre vie ensemble, moi épanouie au bord d’elle et elle à tempêter gronder et ronronner à proximité de plage ou de falaise, selon son humeur, nous écumerons des discussions par vagues entières, nous partagerons nos points de vue par marées intermittentes. La ligne d’arrivée est à portée de vue, j’ai décroché depuis la moitié du parcours, mes jambes ont fait le nécessaire pour me permettre de me poser à une dernière terrasse, profiter du temps.

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