Faire du jus et apprendre à rouler avec des pédales automatiques, le programme des vacances. Lorsque le vendeur à qui j’ai donné rendez-vous à Franconville ouvre la porte de son garage, mon cœur s’emballe, un mélange d’excitation et d’appréhension, et si le vélo que j’ai choisi sur un site de troc n’était pas le bon,  si je n’avais pas le regard pour ces choses, une arnaque ? Les vitesses se trouvent au bout des prolongateurs et non pas, comme d’ordinaire ou pour le dire autrement comme sur un vélo normal, à côté des freins et les pneus sont en boyaux, enfin et ce dernier point ne m’étonne pas, les pédales sont faites pour être clipsées aux chaussures. J’essaie le vélo en me hissant presque avec peine sur la selle trop haute pour moi, simple réglage, mais déjà autre chose m’apparaît au milieu des bourrasques de vent, son extrême légèreté, je m’envole de la direction choisie en un coup deux mouvements, je ne maîtrise rien. Et pourtant, je le veux, je veux ce vélo, c’est déjà le mien même s’il me domine pour l’instant. Reste à trouver les chaussures et fixer les cales sur les pédales pour profiter du mouvement des jambes dans toute leur amplitude, plus facile à dire qu’à faire, la sensation est nouvelle. D’emblée je me vois chuter, abandonner, mettre fin à mon envie d’en découdre avec le triathlon mais je ne chute pas, c’est pire. Je perds les vis qu’elle a pris soin de ne pas trop serrer parce que je lui ai dit que cela me rassurera de pouvoir retirer plus le pied de la pédale. Résultat, je perds les cales avec les vis et les lamelles qui étaient sensées les tenir, le tout au bout de deux minutes de fausse sortie sur la place de l’église. Je ramasse ce que je trouve ici. Bien sûr, il me manque une vis, c’est la vis du désespoir, celle qui me dit « laisse tomber va ». Nous ressortons après un passage de pluie torrentiel, je n’ai aucun espoir de retrouver la vis, ce qui en soi ne serait vraiment pas grave, sinon que j’investis la recherche d’un nouvel enjeu, si je ne la retrouve pas je ne remonte pas sur le vélo avant d’avoir acheté un nouveau set et je risque de perdre patience, de laisser tomber tellement j’appréhende cet apprentissage nouveau. De toute façon, je ne retrouve jamais rien, je l’aurais déjà ramassée si elle avait du se trouver là où j’ai fait ma tentative avortée de rouler avec des cales, c’est un signe, je dois abandonner. Au mieux, c’est elle qui va la retrouver ma vis, appliquée qu’elle est dans tout ce qu’elle fait. J’en suis à mes tergiversations lorsqu’une lueur métallique me parvient un mètre plus loin sur le chemin détrempé de cette petite place tranquille derrière l’église bordée d’une jolie pelouse. La voilà qui me nargue, je reconnais la vis au beau milieu du chemin, impossible de l’ignorer. « Tu pensais me perdre et trouver le prétexte parfait pour ne pas remonter sur le vélo ? Han ! » Je reviens vers Jeanne avec le sourire, elle va pouvoir me fixer à nouveau les cales, serrées.

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