Nous sommes le jeudi 20 octobre et j’ai fait une demande de transfert de mon inscription pour l’Ironman 70.3 sur l’Ironman Full distance à Vichy qui aura lieu le dimanche 20 août 2023, dans dix mois très exactement, un Ironman complet : 3800m nage + 180km vélo + 1 marathon. J’espère le finir vivante, plus vivante que jamais même, je me souhaite de le boucler en moins de 16 heures mais surtout je veux le finir, franchir la ligne d’arrivée, entendre la fameuse phrase. L’année prochaine je fêterai mes dix ans sans tabac et mes dix ans chez Relais & Châteaux, mes dix premières années de course à pied également alors je mets la barre haute pour fêter ça, rien n’est fait, je n’ai pas même encore la réponse à ma demande de transfert et déjà je jubile, comme si je savais depuis l’annonce de la mise en place d’un Full distance aux Sables en 2025 que je ne pourrais jamais attendre aussi longtemps. Dans cette attente mon retour sur l’Espagne.

Sur le trajet vers l’aéroport, et alors que la circulation est encore sporadique à quatre heures du matin, ce sont des kilomètres impressionnants de queue qui s’alignent devant les stations-services en quête d’un plein de plus en plus hypothétique dans ce contexte de pénurie d’essence, mon chauffeur ne commente pas et je ne lance aucune discussion, tout se passe de commentaire. Comme toujours j’arrive la première, mes camarades de périple Sophie et Maria me rejoignent après les contrôles deux heures plus tard, contrairement à elles j’ai appris à voyager très léger. Quatre heures de vol pour atteindre Madère au milieu de la matinée et nous sommes accueillies par toute l’équipe préparée à nous faire vivre une expérience intense et inouïe, ma dernière visite en ces lieux remonte à quelques années en arrière, nous avions seulement déjeuné montre en main pour ne pas rater l’avion du retour, cette fois nous repartons le lendemain, c’est différent. Pourtant les deux mêmes personnalités enthousiastes nous accompagnent, Sonia pour la réservation et Katia pour la réception à l’hôtel du Casa Velha do Palheiro que nous sommes invitées à visiter, en commençant par nos chambres pour finir par le golf en voiturettes, en passant par l’immense jardin recueillant des arbres et des fleurs du monde entier, une chapelle sacralisée et des sentiers où se promener à l’infini, l’île ne semble pas manquer d’eau du tout. Nous déjeunons au restaurant du Club de golf en terrasse et je me régale d’un powke bol avec les avocats et les mangues produites sur l’île, partout on peut déguster de superbes fruits locaux. L’aventure commence au sortir de table puisque nous avons rendez-vous dans le port de Funchal pour un tour en bateau privé pour voir les dauphins, aucune de nous ne retient son enthousiasme en embarquant, nous voilà installées à l’avant, scrutant l’horizon avec fièvre. Soudain ce n’est pas un mais plusieurs dauphins qui croisent notre trajet par familles entières, ils sortent de l’eau pour respirer bruyamment à quelques mètres seulement face à nous, c’est une folie furieuse qui s’empare de nous à chaque fois, une dizaine de dauphins nagent à présent. La présence parmi eux d’un bébé nous oblige à quitter la zone pour ne pas les effrayer, la promesse est tenue et dépassée, nous avons vécu un moment d’émotion en quelques secondes. Et ce n’est pas fini, nous nous rendons à présent dans la cave de production du vin de Madère pour une visite du propriétaire avec dégustation de vin à la clé, bien sûr il n’est pas question de comparer avec le vin de Porto mais tout de même, le goût et la texture sont proches, je savoure. Entre la visite de l’hôtel et de son parc aux dimensions astronomiques, la promenade dans le port et la dégustation de vin, nos jambes commencent à fatiguer et le retour dans nos chambres nous fait le plus grand bien avant le diner au restaurant de l’hôtel, je me sens très privilégiée lorsque le chef nous amène le thon péché l’après-midi même par un client, il fond en bouche. Tout le dîner se passe dans la joie et le récit de notre journée, je me couche tard et quadrilingue.

Nous étions prévenues qu’un trail serait organisé lors de notre séjour sur l’île de Madère, c’est donc équipées de bonnes chaussures que nous prenons le petit-déjeuner le lendemain matin avant de gagner en voiture les hauteurs de l’île pour démarrer notre circuit pédestre le long des canaux qui permettent d’irriguer toutes les terres cultivées depuis le réservoir d’eau dont nous avons fait le tour la veille sur les hauteurs du parc, cette île me rappelle tant la mienne, Tinos. Finalement le trail se termine en balade de deux kilomètres avec un ravitaillement en figues. Notre avion doit nous ramener d’abord à Lisbonne avant de reprendre un vol vers Madrid, notre destination pour les deux prochains jours avec la visite des hôtels Orfila puis Heritage Madrid. Comme prévu parce que j’avais entendu parler de nombreux retards à l’aéroport de Lisbonne, notre vol est reporté d’une heure si bien que notre correspondance tombe à l’eau, mais rien n’entame notre joie à l’issue d’une découverte délirante de Madère et d’un départ pour Madrid. La soirée prend même un tournant joyeux lorsqu’on nous donne à chacune un bon d’achat suite au retard de deux heures, nous papillonnons entre les guichets pour nous restaurer avant le dernier vol qui nous amène à plus d’une heure du matin vers notre première escale madrilène. Nous n’avons plus la notion du temps, le premier vol m’a permis de dormir et je pars pour somnoler dans le second parce que j’ai offert ma tournée de bière portugaise pour fêter cette intrusion de l’improvisation dans notre programme jusqu’ici réglé un peu trop sur un timing parfait, or aucune lumière n’est éteinte dans l’avion et l’appareil amorce sa descente dès quarante minutes après le décollage, le regard de mes collègues est aussi perplexe que le mien. L’idée réconfortante de la soirée, c’est de penser au jour de la fête nationale le lendemain à Madrid, que j’associe dans un premier temps à la découverte de l’Amérique, non seulement nous allons pouvoir profiter de notre matinée en ce jour de congé où personne ne travaille, la visite de l’hôtel se fera après le déjeuner, et déambuler parmi les espagnols pendant le défilé.

Photo : ceci n’est pas une bière mais un consommé de safran et écume de menthe verte. Restaurant Coque, Madrid.

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2 réflexions sur “Vichy #20

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