Depuis le haut de ma rue, tout en haut, j’ai l’impression de dominer le monde. D’un côté les tours Eiffel et Montparnasse s’érigent de part et d’autre d’un paysage urbain dégagé que je ne me lasse pas d’admirer, je crois y reconnaître les quartiers et les rues que d’en bas j’ai sillonné de long en large et en travers jusqu’à m’y familiariser. Les tours deviennent des phares si mon regard imaginaire vise un peu plus loin en direction du Sud et que mon esprit s’égare en pleine mer vers mon île, sa baie, son port. J’aimerais qu’il soit envisageable de me projeter là-bas depuis mon kilomètre autorisé. Plus facile s’avère la projection vers le Nord, lorsque le Sacré-Cœur me tourne le dos, je devine le Stade de France, les collines au loin, j’imagine l’Allemagne, Köln, le Dom. Comment ne pas se raccrocher aux meilleurs souvenirs alors que l’actualité ne permet guère d’en créer de nouveaux et vivre ce qu’il y aurait à vivre en saison d’automne en temps normal, les terrasses chauffées et les balades emmitouflées, les week-end ailleurs. Comment renouer avec la proximité lorsque la distance est imposée, le contact physique et le lien social remplacés par les artefacts virtuels sans aucune possibilité de se projeter, comment survivre au présent sans un avenir à prévoir aussi court-termiste soit-il ? Comment se raccrocher comme seule bouée de sauvetage au passé où tout était permis. Bien sûr, je ne peux m’empêcher au retour de dévaler ma rue en me rappelant les moments de vie qui m’ont marqué comme pour saupoudrer mon quotidien morose d’un peu de poudre d’espoir, les rendez-vous sur les marches de la basilique avec le groupe des Guépards de Pigalle, les heures d’écriture toute seule accoudée au bar du Corcoran, le concert de la Manufacture Vocale à l’église Saint-Pierre de Montmartre, sa cheffe de chœur charismatique, Aurore Tillac et son sens de la répartie, son contact avec le public, notre emplacement au 20 de la rue du Mont Cenis pour chanter à la fête de la musique, l’after au Tralali toutes ensemble en train de chanter et animer mon petit bar de quartier, la terrasse de chez Francis et sa tapenade qui tombait si bien, mon pacs à la mairie. Depuis le haut de ma rue, tout en haut, j’ai l’impression que le monde entier me domine.

7 réflexions sur “Clignancourt #20

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