Direction Etoile #48

J’ai rêvé que je prenais le dernier virage au bout de ma course et que je regardais ma montre au moment de l’arrêter, certaine d’être à 12km au bout d’une heure, je lis 22km. C’est aujourd’hui le jour du marathon de Paris mais je ne vais pas courir les 42,195km sous peine de ne pouvoir reprendre l’entraînement comme prévu cette semaine, néanmoins j’ai tenu à aller retirer mon dossard et je serai au départ de la course à 9h41. Direction Etoile. Le bus 31 passe à 8h31, c’est le trajet en bus que je préfère de l’année, tous ceux qui montent ont un dossard et il n’y a personne ou presque dans les rues, lorsqu’on grimpe vers l’Arche de Triomphe, les coureurs convergent tous vers le même endroit en courant, en traînant, le monde entier s’est donné rendez-vous sur les Champs. J’y retrouve Marion, une coureuse du club, chose incroyable car on peinerait presque à avancer vers les sas tellement la foule est dense, c’est son premier marathon, je suis fan. Avec le recul, je suis soulagée et contente d’avoir écourté ma sortie vélo de la veille pour rentrer sur Paris après 40km depuis la gare de Brunoy, je pars donc sur des distances olympiques pour ma reprise, la logique veut que je cours une dizaine de kilomètres, à savoir l’équivalent de ma sortie trail à Meaux le dimanche précédent, j’écoute les signaux qui viennent à moi pour gérer ce temps de récupération au mieux. Le soleil commence enfin à nous réchauffer lorsque nous prenons le départ pour dévaler le long des Champs Elysées, c’est un moment magique que je n’aurais raté pour rien au monde et je suis ravie de le partager avec une future marathonienne motivée à bloc et à l’affut de son allure, nous accélérons depuis Concorde jusqu’à rue Rivoli après avoir effectué le désormais traditionnel crochet par Opéra, je lui montre la boutique R&C. Lorsque nous approchons du bois de Vincennes, notre allure est sous les 5mn au km, j’espère que Marion tiendra cette allure jusqu’au bout ou du moins ne pâtira pas d’un départ trop rapide, tout indique qu’elle est à plus qu’à l’aise, elle a trouvé son rythme. Arrivées au niveau de la Porte Dorée, nous entendons de loin la si jouissive play-list du stand des pom-pom dressée par le club pour encourager les coureurs, j’accompagne Marion jusqu’aux supporters déjà à l’œuvre et je la laisse poursuivre sa course épique. Elle finira son marathon en 3h38 et sa folle performance me donnera le sourire jusqu’au bout du week-end et définitivement envie de retourner à l’entraînement avec les autres. J’y suis d’ailleurs dès le mardi soir pour l’entraînement aux Buttes Chaumont alors que la nuit commence déjà à tomber, je viens tout juste de quitter l’été ce dimanche, l’échauffement est à peine terminé que les gardiens sifflent déjà pour nous inviter à quitter le parc pour courir autour des grilles, je m’incruste dans un groupe et je m’élance.

Direction Etoile #47

Mercredi 13 octobre, cela fait 10 jours que j’ai franchi la ligne d’arrivée de mon dernier triathlon longue distance, j’ai récupérer en me décrassant sur une petite sortie de quartier avant de prendre le départ d’un tout aussi petit trail sous un joli soleil en bord de Marne. L’année dernière à la même date, je nageais une dernière fois dans le lac de Torcy et l’eau était à 13 degrés, j’avais paniqué sans qu’il n’y ait aucun départ de course ou autre épreuve en cours, le froid m’avait simplement pris à la gorge et empêché de respirer. Cinq triathlons plus tard, je connais par cœur cette sensation, à défaut de savoir l’éviter, j’apprends à faire avec en gardant en tête qu’un triathlon se joue dans chaque discipline, et pas seulement à la mise à l’eau, comme une journée est faite de plusieurs moments. Cette année, le même week-end donc, c’est un Classics Challenge qui est au programme et jamais je ne me serais inscrite à une étape cycliste aussi longue il y a quelques mois, aujourd’hui c’est l’occasion de sortir mon vélo de course de son sac et profiter du soleil. Le parcours part comme d’ordinaire de Paris avec pour direction Montargis à 155km, plusieurs étapes sont proposées avec des gares si l’on veut écourter la distance, j’ai noté celle de Fontainebleau à 80km comme un bel objectif, ou encore Moret-sur-Loing, 77. Le rendez-vous est fixé au vélodrome de Vincennes à 8h30, je croise sur ma route Edwige, quelle aubaine pour être certaine de trouver le point de départ, les cyclistes sont arrivés en nombre et les départs sont donnés tous les quarts d’heure, selon son allure. Notre groupe part à 8h45 et je suis le peloton, un énorme peloton, ça me change des derniers parcours vélo où la distance de rigueur entre chaque cycliste était de 12m pour éviter le drafting, je garde ma ligne droite pour ne pas gêner les autres, I ride the line. Sortir de Paris ne m’a jamais paru aussi simple, très vite nous traversons la banlieue puis les villes de proximité et les paysages commencent à s’étirer et prendre de l’espace sous le ciel qui se dégage pour nous ouvrir un horizon plus serein, moins urbain, très beau. Arrive la première côte et le peloton s’étiole, je pars en danseuse pour passer en force sauf qu’il ne s’agit plus d’un faux plat et je ne tiens pas longtemps sans changer de vitesse, je dois m’arrêter pour activer le levier et remonter en pleine cote, c’est la chute. Je me retrouve au même endroit qu’en pleine côte de Saint-Laurent sur le départ de la partie vélo du triathlon de Deauville, sauf que personne n’est là pour me pousser au cul, je tente de prendre mon élan, je pédale du pied droit uniquement, je retente et ça repart. Règle numéro un, ce que je m’étais promis de faire au moment de reprendre l’entraînement, je m’oblige à le faire avant d’y retourner, je dois changer de guidon pour changer de vitesse ailleurs qu’au bout des prolongations qui m’échappent en pleine côte. J’ai perdu mon groupe et la confiance que j’ai acquise en cette fin de saison, case départ.

Direction Etoile #46

Répétition de pupitre, nous nous retrouvons entre Altesses en ce samedi ensoleillé et à heure convenue pour travailler les points bloquants de nos parties d’alto, et il y en a, puis surtout pour parler de notre nouvelle formidable cheffe, je déborde d’enthousiasme. Je n’avais pas remarqué encore à quel point au bout de plusieurs mois à enchaîner les compétitions en solo, le réconfort d’un groupe m’avait manqué, la solidarité du pupitre et l’harmonie de la chorale, je vais enfin pouvoir jouer les prolongations après la répétition et me réveiller le lendemain matin des chants et refrains entêtants plein la tête. Pendant la partie vélo de mes triathlons, je suis assaillie d’accords et de mélodies qui m’obsèdent sur 90km sans discontinue, un peu comme les poèmes courts que Goethe composait lorsqu’il cavalait à cheval vers l’heureuse destinataire de sa folle inspiration, ces airs m’envahissent et il suffit qu’un rayon de soleil vienne sublimer le moment pour qu’un orchestre symphonique entier soit à mes trousses et me poursuive jusqu’au bout. Mon côté romantico-rhénan n’est sans doute pas pour rien dans le sacro-saint mental. Sortie de la répétition de pupitre, l’air de Libertango ne me quitte pas et tourne en boucle en particulier le final, et plus précisément encore la partie basse du final des altis, voilà. Les cinq mesures finales chantées sur une seule et même note, un la grave, concentrent en un instant l’intensité d’un après-midi en train de marcher sous le soleil avec une envie de hurler Palam Papalapila Palam à tue-tête dans la rue comme une vérité universelle. Chanter ces cinq mesures m’offre l’impression d’avoir du coffre et l’illusion que ma voix pourrait être entendue aux autre coins du monde parce que lorsque je le chante j’entends aussi les autres altis en renfort, ainsi que les autres pupitres qui entonnent leur final en crescendo jusqu’à cette même note ronde qui vient créer une harmonie parfaite. Le lendemain, mon réveil sonne Palam Papalapila Palam à 7h et je ne bronche pas pour me lever en ce dimanche matin encore très obscur et confus, le jour n’est pas levé et je me suis inscrite sur un petit parcours, le trail du soldat de la Marne, malgré la récupération que je dois respecter, simplement pour profiter d’une météo très clémente, aucun enjeu sur cette course sinon le plaisir de me retrouver à nouveau dans un groupe. Nous nous retrouvons avec les trois autres coureurs de mon club en gare de Meaux, dont je découvre enfin la cathédrale et le tracé au bout de 25mn de trajet dans une belle brume. Notre départ est donné à 11h par Jean-François Coppé en casquette et en grande forme, le parcours présente quelques côtes et de gros cailloux qui me font trébucher plusieurs fois mais je repars d’aussi belle et au bout d’un soupir, ma montre annonce déjà les cinq premiers kilomètres, Nadège me rattrape et me double, je ne la perds de vue qu’à deux kilomètres d’une arrivée très animée et joyeuse, Palam Papalapila Palam, ça c’est fait !

Direction Etoile #45

Troisième et dernier triathlon L de la saison, je suis finisher du Frenchman à Hourtin sous les 6h après 1900m de natation dans le lac, 91km de vélo dans le Médoc, un semi. J’avais rêvé d’un sub-6h aux Sables il y a trois mois, je le réalise en toute fin de saison. La veille du départ, je perds à nouveau l’équilibre comme à Tinos, et je m’écorche l’autre genou, chou pou hibou caillou je ne tiens pas debout et je vise la ligne d’arrivée ? Ces chutes m’interpellent parce que mon corps me parle d’une fragilité que j’entends, jamais je ne suis encore tombée de la sorte et c’est mon moral qui prend un sacré coup, quelque chose semble mal ajusté et me retourne l’estomac, je me relève mais je retiens. Le matin de la compétition, il pleut des cordes, que dis-je il tombe un rideau de pluie depuis une éternité dirait-on, tant le bruit de l’averse paraît installé sans que rien ne puisse altérer le cours de cette intempérie prévisible après ces quelques jours d’accalmie, les distances M et XL qui ont eu lieu les jours précédents ont échappé à cela, pas nous. Le départ est donné à 11h et je m’élance parmi les premiers sas alors que j’aurais pu patienter en laissant les machines de guerre parader jusqu’au premier virage que je ne distingue pas encore, je ne trouve pas mon souffle et je n’en suis pas surprise, je galère. Je ne suis pas non plus surprise lorsque nous avons à nouveau pied et qu’il n’y a plus d’autre solution que de marcher, comme lors de l’épreuve de Bois-le-Roi, cette fois le sol est sablonneux et je ne me coupe pas le pied, je ne suis pas surprise non plus par les vagues car au point où nous en somme d’une terrible intempérie, une vague de plus… Lorsque je sors de l’eau, la pluie a cessé et je sais que la prochaine fois que j’enfilerai cette combinaison, j’aurais progressé en eau vive, c’est une promesse que je me fais. Tous les autres cyclistes sont équipés en imperméable ou coupe-vent, pas moi et je peine à sécher sur le vélo, j’ai très froid et envie d’en finir, mais surtout pas d’abandonner car je sais qu’en une heure de temps, tout peut encore changer, mon humeur et la météo. C’était sans compter le lever imprévu du soleil au bout de trente kilomètres, le ciel se dégage et vire au bleu alors que je l’ai connu gris depuis mon arrivée dans le Médoc, aucun autre cycliste à l’horizon, je retrouve espoir et je ne suis pas au bout de mes joies. Le parcours évolue parmi les pinèdes et l’odeur de pin me galvanise, je ris toute seule quand d’un coup le paysage s’élargit et laisse apparaitre l’océan, juste en face de moi. La météo était si défavorable que je n’avais pas pris le temps de visualiser le parcours, qui longe à présent la côte Atlantique sur plusieurs centaines de mètres, les vagues sont plus déchaînées qu’une foule en délire, j’ai le cœur qui bat vite et je retiens mon souffle. Je visualise ma course à pied pendant le trajet vélo, j’ai hâte d’en découdre avec le semi. Tous ou presque sont déjà en train de courir lorsque j’arrive au parc à vélo, c’est en tout cas l’impression que j’ai et il me faudra un certain courage pour ne pas partir défaitiste. La première boucle me permet de retrouver les autres concurrents, un cycliste d’Afrique du Sud notamment, que j’ai salué sur son vélo, le public est quasi partout pour encourager les coureurs, personne ne lâche rien, j’aimerais être dans ma seconde boucle. C’est bien simple, je ne fais que penser à mes entraînements à venir en natation et en vélo pour ne pas partir en négative split sur les deux premiers efforts et pouvoir amorcer la course à pied en même temps que tout le monde, en attendant je double et je redouble. Les premiers coureurs commencent à décrocher sur la seconde boucle et je continue à avancer sans m’arrêter aux ravitaillements, j’ai bu toute ma gourde et je n’ai pas pu la jeter avant de repartir, elle m’accompagne donc sur tout le parcours jusqu’à l’arrivée. Au dix-huitième kilomètre, je regarde ma montre pour la première fois, j’ai bien vu que tous les coureurs contrôlaient leur vitesse très régulièrement pour garder un bon rythme, la possibilité d’arriver sous les six heures existe belle et bien, il faut que je m’accroche. Au Half-Ironman des Sables, ma montre était tombée en rade au onzième kilomètre et mon moral avec, je m’étais alors arrêtée aux ravitaillements, j’avais regardé la mer et repris mon souffle sans savoir que j’aurais pu être sous les six heures à dix minutes près. Au triaLong de Bois-le-Roi, il n’y avait pas de public du tout sur le parcours de la course à pied qui s’apparentait davantage à un trail, Nath m’avait trouvée à la fin de la première boucle, je lui avais donné ma gourde qu’elle avait même pris soin de remplir à nouveau, je m’étais arrêtée pour parler avec les bénévoles et les autres coureurs en fin de parcours. Au dix-huitième kilomètre du Frenchman, le public s’est éclipsé et les bénévoles se lâchent, j’encourage tous les coureurs que je croise pour m’encourager moi-même, jamais je n’ai été aussi près de la ligne d’arrivée, je ne dois rien lâcher, bravo c’est fou. J’arrive sur l’aire du village de la course et l’ambiance bat son plein, tout le monde s’est retrouvé et j’aborde mon dix-neuvième kilomètre comme si je faisais un aller-retour vers le stade le plus proche de mon quartier, je visualise ces deux derniers kilomètres. J’arrive au vingtième kilomètre quasiment devant le photographe et je le félicite pour son endurance, le pauvre est allongé dans la même position depuis plus de deux heures. Il ne me reste même pas un kilomètre à courir et je franchirai l’arche du Frenchman, c’est à peine croyable et pourtant je suis parvenue au bout de ce troisième triathlon L. Personne devant, personne derrière, je foule le tapis bleu en souriant, je suis sous les 6h.

Direction Etoile #44

Quatrième triathlon, quatrième ligne d’arrivée en trois mois, deux distances L, deux M. J’ai bien failli ne pas prendre le départ parce qu’une vive douleur dans le dos m’a immobilisée trois jours avant, exactement comme l’année dernière avec mon bassin, repos et vigilance m’ont permis d’être sur la ligne de départ, mais avec appréhension. J’étais bloquée au niveau du dos jeudi soir et je me souviens avoir passé tout l’hiver dernier sans pouvoir m’entraîner parce que j’étais allée chercher la médaille sur le XS. Comme pour le Half-Ironman des Sables, j’ai mis un patch en espérant un gros miracle. Les vagues déferlent sur la plage, s’il pleut ce sera avant le départ qui sera donné à marée haute pour 14h30, les routes seront détrempées et on parle de la côte Saint-Laurent dès les premiers kilomètres de la partie vélo, autant dire que je ne suis pas au top de la forme. Quelque chose me fait dire que j’aurai davantage de regrets si je ne prends pas le départ. Je m’insère dans le sas des nageurs intermédiaires pour ne pas trop subir la baston que vont s’infliger les nageurs confirmés, nous sommes 1500 au départ de ce triathlon M. L’ambiance sur la plage est festive et surtout, le soleil fait son apparition entre les nuages, la nage est faite de deux boucles de 750m avec une sortie à l’australienne comme pour le L de Bois-le-Roi, les grosses vagues et une petite trotte dans le sable fin en plus. J’alterne brasse et crawl en visualisant la bouée rouge chaque fois en haut de la vague, je me prends des coups autant que j’en donne, impossible de faire autrement pour nager. Une vague mais de soulagement cette fois-ci m’envahit lorsque je sors de l’eau après la seconde boucle et quarante minutes de divagation marine, je peux courir vers mon vélo, une fois passée cette satanée côte de Saint-Laurent, peut-être que je ne serais pas si mal. Sauf qu’il faut la passer la côte de Saint-Laurent et elle s’avère plus ardue que prévue, j’ai l’impression d’être en face d’un mur encadré par un public encourageant qui ne lâchera aucun cycliste avant qu’il ne soit parvenu au sommet de ce premier obstacle, si bien que je me fais même pousser par derrière au moment où je change encore de vitesse. Quatre côtes nous séparent de la ligne d’arrivée et je les vis comme un véritable calvaire. C’est à peu près la montagne que je me représente lorsque je vois la marge de progression grossir comme une vague qui monte en pleine marée haute, la déferlante, forcément je devrais surfer dessus et ne plus faire que grimper des côtes, toujours plus. L’entraînement de cet hiver se prépare, je focalise sur les points faibles en fin de saison.

Direction Etoile #43

A une semaine du prochain triathlon distance M et à deux semaines du prochain L qui clôturera une jolie saison dédiée au triple effort, je retourne à l’entraînement au club en décidant de rejoindre le groupe des marathoniens sur leur sortie longue sur les quais. C’est l’une de mes sorties longues préférées, avec la boucle de la Marne, parce qu’elle est toute en longueur et que chacun peut aller à son rythme par petits groupes d’allure. Je commence par caller ma foulée sur celle de Stéphanie qui mène le groupe depuis le MK2 quai de Loire où nous avons rendez-vous à 9h30, un bonheur de retrouver ce club, les Front Runners de Paris m’ont portée depuis les Gay Games jusqu’au marathon de Palerme à renfort de séances de fractionné le soir et de lever aux aurores le dimanche. Contrairement aux prévisions, la météo nous est favorable et le footing est très agréable avec peu de monde encore sur les sept premiers kilomètres avant la traditionnelle photo. La suite du programme consiste en deux blocs d’accélération pendant 15mn chacun. Tandis que le groupe repart à l’assaut de l’horizon au bout de la ligne droite du quai, j’en profite pour rester à l’arrière avec Thomas et Christine, qui ne visent pas eux non plus la ligne d’arrivée sur le marathon parce qu’ils courent après leurs propres objectifs. Nous parlons de Deauville, de mon prochain triathlon et du marathon que nous allons courir en relais au mois de novembre, Christine me propose une nouvelle course en octobre, le 20km de Paris en mode connecté pour se motiver l’une l’autre sur la distance, ma saison de triathlon sera achevée et je serai disponible pour tout, espérons en forme. Deux jours plus tard, je me motive pour la sortie côtes et escaliers à Montmartre, chouette une séance pile dans mon quartier et animée par Christine qui m’explique le tracé au téléphone la veille pour que je puisse rejoindre le groupe qui partira d’ailleurs. Je pars de chez moi à l’heure où le groupe s’élance depuis le parc des Buttes Chaumont et je décide de faire une boucle de 3km en guise d’échauffement avant de rejoindre la zone de course au créneau indiqué, lorsque j’y parviens je commence par tourner sur une première boucle de deux escaliers, rue Becquerelle et passage Cottin, moi qui n’aime ni côtes ni escaliers je prends goût à l’intensité dans le changement de rythme. Pas encore de groupe en vue, je récupère la rue du Chevalier de la Barre pour descendre par l’escalier qui prolonge la terrasse du Soleil de la Butte et je rejoins enfin l’escalier de la rue Foyatier, l’escalier de la mort au cœur de la Butte de mon quartier préféré. Deux tours de cette nouvelle boucle plus tard et je n’ai toujours vu aucun coureur du groupe que je suis sensée avoir rejoint, je souffre toute seule à chaque nouvelle marche. Pour preuve de mon assiduité à suivre le parcours imposé, je vais pour télécharger mon tracé, quelle n’est pas ma surprise en découvrant à la place de mes jolies boucles de Montmartre une ligne droite soporifique qui me géo-localise au fin fond d’une forêt des Yvelines, perdue sur la bien-nommée « Route du Bout du Monde » qui m’est inconnue. Ma boussole intérieure m’inviterait-elle à éprouver de nouvelles limites imaginaires ?

Direction Etoile #42

L’année dernière à la même date, j’avais participé à mon seul triathlon de toute l’année, un XS à la piscine de Jacqueline Auriol dans le 8e alors même que j’étais paralysée, victime d’un déplacement de bassin que j’avais anesthésié à l’aide d’un simple patch. J’avais enduré des semaines ensuite sans pouvoir courir, mais j’avais gagné la médaille. Ce dimanche, j’ai participé à mon deuxième triathlon longue distance après Les Sables, aucune douleur particulière ou inquiétude cette année, et surtout la météo était parfaite. Troisième réveil à 5h du matin pour rejoindre Nath et sa voiture déjà prête à me recevoir, Storm se cale à l’arrière et je prends place devant, il fait nuit noire, les fêtards rentrent, nous avons une heure de route devant nous, le temps qu’il faudra au soleil pour se lever. Arrivées sur place autour de 7h, une nappe de brume enveloppe le lac et donne à la base un aspect magique hors du temps, j’ai du mal à me projeter en train de nager étant donné la température extérieure encore trop fraîche, la lumière trop faible, l’heure matinale, mais une heure après nous apprenons dans un soulagement général que l’eau est à 21,6°. Je retrouve Jérôme et Michel, inscrits sur le M, et Tim au moment où il accède au parc. Il est stressé comme moi par le départ de la natation en masse plutôt qu’en rolling start, au moment de s’élancer je laisse partir devant les champions pour recevoir le moins de coups possibles, ça part vite et 100m plus loin nous n’avons déjà plus de fond, tous les athlètes sont obligés de marcher dans l’eau pour accéder enfin à la première bouée. Virage à droite et première ligne droite avec le soleil dans les yeux, je nage à la brasse pour récupérer de la panique du départ, puis je trouve enfin mon rythme en crawl au prochain virage, avant de sortir à l’australienne et replonger à l’assaut de la seconde boucle, cette fois-ci en crawl uniquement, j’entends Nath m’encourager sur la plage. Une fois sortie de l’eau, et même je n’ai paniqué à aucun moment voire profité de bonnes sensations, je ressens un immense soulagement parce que le pire est passé, je vais pouvoir enfourcher mon vélo et profiter pleinement du vélo pour dérouiller les jambes. Le parcours sillonne les environs de Fontainebleau et nous réserve quelques jolies bosses, nous traversons trois villages mais croisons peu de public durant ces trois heures. Autant je me demande systématiquement pendant la partie natation, et ce quelle que soit la distance puisque je me souviens de ce moment-là lors du triathlon XS l’année passée, pourquoi je ne me mets pas plutôt à l’aquagym ou au waterpolo plutôt que de peiner, autant sur la partie vélo, qui n’est pourtant pas mon point faible, je prends un plaisir fou. Je passe toujours les bosses en force et sans changer de vitesse, ce qui est une aberration sur une distance de 90km mais je ne maîtrise toujours pas la tenue sur les prolongateurs, dans les descentes je pédale dans le vide, je ne pédale plus, je savoure à fond la vitesse. Je ne passe pas les vitesses et je ne bois pas une seule goutte d’eau pendant tout le trajet. Autant dire que j’ai des progrès à faire si je veux rentrer dans les rangs des cyclistes amateurs, aucun ravitaillement n’est autorisé, je prends ma soif en patience, je pédale. Arrivée dans ma zone de transition, je récupère la gourde et je pars pour la course à pied, voilà une occupation qui va m’emporter sur la première boucle de 10km en buvant à petite gorgée tous les 100m, on nous avait prévenu qu’il s’agissait d’un trail, je déguste. Devant moi, une cycliste semble ouvrir la voie à une coureuse dont la foulée me plaît, je me cale un instant sur elle après avoir doublé les deux coureurs qui la suivaient aussi, puis je finis par la doubler elle aussi, sauf que la cycliste reste devant moi et se retourne. Elle me demande une première fois si je suis bien sur le parcours du L et non pas du M, c’est le cas, elle continue à rouler et moi à boire, puis elle me demande si j’en suis bien à ma seconde boucle, j’infirme en réalisant que la coureuse derrière est proche de la fin. La première femme finira son L en 4h44, et j’ai eu la chance de la croiser sur ma boucle. Autant dire que sans cycliste devant moi et une fois ma gourde vidée, rien ne va plus. J’en ai marre de courir, la faim s’installe, j’ai avalé deux pâtes de fruits par manque d’appétit et je n’ai pas assez bu pour maintenir mon énergie, je bois trois verres de coca et je me mets à discuter avec les bénévoles du stand de ravitaillement à 5km de l’arrivée. Un jour, j’aimerais sentir mes bras mouliner en crawl au point que je dépasser et slalomer entre les nageurs comme je le fais en piscine, j’aimerais pilonner les kilomètres sur mon vélo, être capable d’une reprise en fin de chaque accélération sur prolongateurs, j’aimerais maintenir le rythme que j’insuffle au début de ma course jusqu’à l’arrivée sans recourir à n’importe quel prétexte pour décélérer, j’aimerais entrer en zone rouge. J’arrive à cent mètres de l’arrivée, j’entends mon nom au micro, je suis contente, un peu. Soulagée surtout, heureuse vraiment lorsque je me rappelle de l’année dernière au XS, jamais je ne me serais projetée à l’époque sur un L, encore moins sur un deuxième déjà. Pourtant, je reste sur ce goût de reviens-y lorsque je considère chacun des efforts séparément et la marge de progression énorme qui m’apparaît, rester en crawl quoiqu’il arrive, mouliner toujours plus vite et plus longtemps, maintenir le cap en course à pied. Le Frenchman se profile déjà dans trois semaines, aucun miracle n’est possible d’ici là, mais je peux d’ores et déjà prévoir mon programme pour les longs mois d’hiver que je redoute tellement, en misant sur la dynamique de groupe et les entraînements au club, j’ai apprivoisé mon super bolide et ce n’était pas gagné après des mois à l’appréhender. Parions sur la douceur de l’automne pour continuer à sortir aussi souvent et longtemps que possible maintenant que j’ai la distance d’un triathlon longue distance dans la peau.

Direction Etoile #41

La nuit nous a surpris en plein bois de Vincennes alors que nous tournions depuis plus d’une heure sur le Polygone, nous n’étions plus que trois filles, les autres de l’atelier enchaînement course à pied vélo avaient disparu avec le jour, le ciel m’avait fascinée. De bleu, il avait viré rose et s’était obscurci en déclinant toutes les teintes du crépuscule. A dix jours du prochain défi – le Triathlong de Bois-le-Roi, un triathlon longue distance avec deux boucles de 950m dans le lac de la base de loisirs, un parcours de 90km en forêt et deux boucles de 10km sur sentiers -, il était grand temps de retrouver les bases d’un entraînement vélo avec accélération en ligne droite et reprise en danseuse, 10 fois. A l’issue de ma dernière séance au Polygone, juste avant le Half-Ironman des Sables, un orage avait éclaté et j’étais rentrée sous un rideau de pluie, et comme une prédiction il avait plu pendant toute la partie vélo du triathlon, à quoi dois-je m’attendre dans ce sens sur le Triathlong, la nuit va-t-elle tomber dès midi, le jour ne se lèvera-t-il pas ? Cinq jours plus tard, je vais nager à Torcy, je pars en vélo pour gare de l’Est et j’attrape un train plus tôt, celui de 18h16, je suis sensée récupérer mon dossard pour dimanche. Seulement mon contact n’est pas sur place, la voilà la nuit, je vais devoir arriver très tôt. Je pars nager alors que les autres triathlètes arrivent sur la base, il fait très chaud et la mise à l’eau prend des airs de vacances, je fais le tour des trois îles sans m’arrêter, presque mécaniquement alors que j’avais pris l’habitude auparavant de passer à la brasse le temps de m’orienter à nouveau dans la bonne direction, cette fois-ci je trace ma ligne. J’arrive à temps pour sauter dans le train de 20h08, j’ai gagné un beau coucher de soleil. Lorsque je pars courir deux jours plus tard, je sais que ce sera ma seule sortie de la semaine alors je trace une jolie boucle de 8km sur le temps imparti par la pause déjeuner. Difficile de trouver le juste équilibre la semaine de l’épreuve, faire du jus sans ramollir, rester active sans arriver épuisée le jour J, alors je marche, je m’étire, je me couche tôt.

Direction Etoile #40

Le jour du semi-marathon de Paris, le jour enfin arrivé du report de l’événement par lequel tout a commencé à finir, les courses et les entraînements, les sorties et les lieux publics, le bureau et la piscine, bientôt les soirées et le matin à la fraîche, enfin l’espoir. Puis les instants de liberté ont été accordés à nouveau, les distances autorisées allongées comme on desserre la bride pour laisser le cheval qui trépigne partir loin délier sa foulée. J’ai pris le départ du semi pour être avec les gens du club, je m’extasie dans le sas avec les autres sur le nombre de coureurs, 25000, de la folie, on a perdu l’habitude de la foule. Au bout de la première ligne droite, je bifurque pour rejoindre le stand des pom-pom de mon club et encourager les coureurs comme je l’ai été tant de fois, mon semi je le courrai la semaine suivante à Bois-le-Roi, à l’issue de mon prochain triathlon longue distance. Les coureurs aux couleurs du club sont accueillis par des cris de joie et en musique, nous nous déchainons à qui mieux mieux pour les accompagner dans les derniers kilomètres. Je vois passer toutes ces têtes qui m’ont tant manquées, en plein effort sous la canicule, et d’un coup ma marathonienne apparaît au 16e kilomètre souriante, je crie son nom. Les sas passent devant nous un à un, regroupés en peloton pour garder un rythme ou désagrégés en solo pour suivre une foulée personnelle, nous dansons comme des fous, l’ambiance me ramènent deux années en arrière et me projette sur les défis à venir.

Direction Etoile #39

La natation donc, mon point faible quand les autres points ne sont pas si forts que ça. Mais je continue à progresser en vélo et je sais qu’en courant moins et beaucoup mieux, j’ai moyen de retrouver ma foulée olympique d’avant les confinements, reste plus qu’à. Je retourne à la piscine le mardi, j’arrive avant 8h en traînant des pieds et le bassin est déjà plein comme jamais, je vais devoir m’insérer dans une eau qui n’est pas la mienne, m’intégrer à un rythme que je n’ai pas choisi, le bruit des vagues crées est assourdissant. Alors que j’essaie de me rencontrer sur ma nage, il me revient l’image de mes entraînements à la piscine porte de Champerret tous les midis pendant des semaines, c’était une bouffée d’oxygène et d’énergie de pouvoir faire quelque chose de ma pause, par-dessus un couloir était réservé au nageurs de crawl et j’y avais fait de gros progrès. Tous les midis, je venais nager un kilomètre en crawl en essayant d’aligner à la fois la technique apprise au club et le minimum de vitesse nécessaire pour rester dans la ligne, c’est exactement ce que j’ai perdu pendant les confinements où non seulement l’accès aux bassins n’était plus d’actualité, mais lorsqu’il l’est devenu à nouveau avec attestation, j’ai repris la natation en convalescente, en brasse, retour à la case départ. C’est comme si le confinement avait autorisé une régression et permis tous les prétextes. J’en suis là de ma réflexion et je me rends compte que j’alterne une longueur de crawl avec une longueur de brasse, contrairement à précédemment où je nageais ma séance en crawl, j’ai pris de mauvais réflexes que je reproduis jusqu’au jour où je dois performer. Deux jours plus tard, j’arrive à 7h à la piscine et je nage le premier kilomètre en crawl, voilà d’où venait la faille, j’ai dû perdre au niveau de la respiration, il faut tout reprendre. Et comme une bonne résolution ne vient jamais seule, je retourne à la chorale dès le lendemain car la respiration se travaille aussi en chantant m’a-t-on dit, plus aucune raison de basculer à nouveau vers la brasse si je me mets à répéter mes chants sous l’eau, motivée par l’arrivée d’une nouvelle cheffe de chœur prête à nous faire voyager ailleurs.