Il faut plus d’une fois pour parler à un chat #50

pourquoi me parles-tu 
puisque je suis un chat 
non je n’arrête pas 
oui je vais tout griffer
qu’y connais-tu d’abord 
toi qui te perds en mots
l’oiseau est plus direct 
deux notes et il fait beau
tes émotions mon dieu
quel numéro de cirque
un rayon de soleil
et je m’étire de joie
si je savais écrire
au moins je ferais rire
l’art de la chute crois-moi
m’échappe moins qu’à toi
mais loin de toi j’avoue
point de ronronnement
et ce moment où tu
me crois si pertinent
pour rien au monde je lâche
ma place dans tes bras


Photo : Kit & Kat en pleine lecture de Haruki Murakami.

Il faut plus d’une fois pour un conte de fée #49

l’exercice est périlleux 
je saute entre chaque page
ma lecture anachronique
dans les lignes fait la voltige
j’ai les mains grandes ouvertes
l’oiseau trouve son équilibre
et s’envole trouver le sens 
dans un ailleurs que j’envie

Photo : Fernand Léger, « La lecture », 1924.

Il faut plus d’une fois pour un conte de fée #48

je m’avance vers la vague à l’aveugle 
pas à pas je m’enfonce 
et veux la retrouver 
la lumière pointe au loin tend son arc
et m’offre l’horizon 
ouvert et vertical 
elle décoche sa flèche patiemment
visant juste elle touche 
l’aurore à même le cœur
et moi qui l’attendais je m’effondre

Photo : Jean-Louis Forain, « Le pêcheur », 1884.

Il faut plus d’une fois pour un conte de fée #47

hier au soir elle a fait nuit avant le jour 
d’aller parler aux fleurs 
que nous avions plantées 
nous pensions à deux mains en ce dernier matin 
avant le froid d’après qui ne m’a pas atteint 
j’étais déjà trop loin 
d'un extérieur fermé
ramenée au fond de la pliure intestine 
du livre qui ne s’ouvre que dans l’intime abîme

Photo : Rembrandt Van Rijn, "Femme lisant", 1634.

Il faut plus d’une fois pour un conte de fée #46

tu étais mon toujours
et je te le disais
je le répète encore
tu disais j’y serai
j’y ai cru j’y croyais
heureuse d’y avoir cru
et fière de ta confiance
mais plus libre d’aimer
liée par ta promesse 
qu’y a-t-il de sacré
quand l’écrit ne l’est plus
aujourd’hui toi tu vis
je suis aujourd’hier

Photo : Jacques Prévert et Joan Miro, « Adonides », 1975.

Il faut plus d’une fois pour un conte de fée #45

d’épiques ébats enchantent la paresse du soir
et caressent les étoiles ignorées du sommeil 
derrière les paupières le miroir 
de la nuit blanche
me renvoie en mirage le lendemain fini 
d’une fête lumineuse d’un autre âge 
de la vie
et j’implore le réveil d’esquisser quelques pas 
pour ne pas oublier que je savais 
danser 

Photo : Joan Miro, « Portrait », 1938.

Il faut plus d’une fois pour un conte de fée #44

cet appel de l’étoile je l’attends
j’étudie
tous les flux migratoires saisonniers 
comme le tien
pour parler ton élan écouter
ton silence
là où l’eau est plus douce je cultive
les images
que ma tête entêtée a gardé
bien plantées
de ta lumière le soir ton travail
dans la nuit
de mes mots le matin qui veulent te
faire du bien 
si tu files dans mon ciel fais-moi signe
je t’accueille

Photo : Jacques Prévert, « Portrait de Janine », 1943.

Il faut plus d’une fois pour un conte de fée #43

heureuse comme cet air de printemps 
qui insiste et revient s’introduit
dans l’intrigue à chaque tourne de page
et voudrait passer à la suite
fière comme la vie qui reconnaissante
renaît sous un jour différent
à chaque saison pour surprendre
le papillon sorti le premier
libre d’oublier l’avant et
d’être le papillon étonné
je m’éveille à cette mélodie
comme dans un premier temps d’amour

Photo : Felix Vallotton, « La liseuse », 1922.

Il faut plus d’une fois pour un conte de fée #42

et ils pompaient ils pompaient follement 
éperdument ils pompaient cruellement 
ils pompaient en oubliant eux-mêmes 
ce qu’il y avait à pomper au juste
et comme eux je pompe pour 
ne pas être oubliée peut-être 
ou pour rien juste pour pomper
non pas pour m’évader de la terre
mais pour en extraire quelque chose
qui ferait la quintessence du printemps
quelque chose ou bien quelqu’un à capter 

Photo : Joan Miro, 1949.