Le pain, la pomme et les poèmes #55

la pluie est une danseuse

et elle ne ploie jamais

quand la pluie publie car

la pluie écrit oui

elle parle de vous de moi

vous ne l’entendez pas

elle parle tout le temps

elle parle du temps qui passe

et dépasse le cycliste

en parlant c’est la pluie

vous attendez qu’elle cesse

pour qu’elle en fasse promesse

dansez donc avec elle

Photo : Gustav Klimt, « The dancer », 1916.

Le pain, la pomme et les poèmes #54

ô folie

j’ai chanté la vie vécu le chant

vaincu le vent dévêtu l’été au printemps

la pluie n’est pas tombée 

non elle n’est pas tombée

j’ai dansé par tous les temps

épuisé le bal et trouvé la phrase

enrobée par ton emphase

ta robe n’est pas tombée

non elle n’est pas tombée

j’ai cherché mon souffle pris une grande inspiration

plus un son pas un mot

plus un pas dans la cour

les secrets se sont arrêtés dans l’escalier

les pinsons de piailler le chat de se lécher

les nuages de circuler la presse de crier

moi-même je me suis tue

devant toi dévêtue 

Photo : Henri Matisse, « Nu allongé », 1936.

Le pain, la pomme et les poèmes #53

si c’est l’amour 

qui fait naître la fureur et

taire les rumeurs vraiment toutes les rumeurs

et si

si pour de vrai

il coupe le souffle et touche au coeur

dans toutes ses formes 

par le plus grand étonnement

s’il vous rend muet sourd et aveugle

au moment où

vous ouvrez enfin votre coeur 

vos yeux vos lèvres

si c’est encore l’amour 

qui vous fait sautiller

sur place

là où tout le monde s’acharne à aller 

trop vite

s’il vous fait battre les ailes 

sans pousser trop loin

alors parlons d’amour 

mais tout d’abord

dansons

Photo : Henri Matisse, « La danse », 1910.

Vichy #5

Sur le tapis rouge, cela ne se voit pas devant la caméra et encore moins de dos, je rampe. Le soleil, le sel et le vent ont eu raison de mon énergie au bout de six heures et cinq minutes d’effort, que dis-je de triple effort, cinq petites minutes qu’évidemment j’aurais voulu éviter. Seulement voilà, j’ai toujours un peu de mal à trouver mon souffle dans les premières minutes de mise à l’eau même si je ne panique plus, j’ai sans doute encore trop tendance à admirer le paysage défiler devant moi et cela sans regret, enfin je me suis arrêtée aux deux derniers ravitos. Toujours est-il que j’ai fait mieux que l’année dernière et avec un bonheur décuplé parce que je savais où je mettais les pieds, j’avais déjà mes repères sur le remblai, j’étais un peu chez moi. Le réveil n’a pas eu besoin de sonner à quatre heures du matin, j’étais déjà en train d’énumérer toutes ces petites tâches mises bout à bout dans l’ordre le plus efficace et qu’on appelle logistique, j’ai ouvert la fenêtre et les premières mouettes m’ont souhaité beaucoup de courage. Je suis arrivée dans un silence total au parc à vélo pour 5h30 et au moment d’en franchir l’entrée, le speaker nous souhaite le bonjour, je me dis que j’étais alignée, il enchaîne par une interview en direct de Charlène Clavel, du club des Sables d’Olonne, qui finira sur la troisième place du podium, je m’y reprends à deux fois pour gonfler les pneus de mon vélo, tout le monde arrive. Nous sommes quelques centaines à présent à marcher vers la plage tandis que le ciel décline toutes les nuances chaudes des couleurs orange et rouge, c’est un spectacle fascinant, unique. Il est 6h34 lorsque le speaker prend à son tour le micro, c’est le numéro de mon dossard, 634. Une heure plus tard, le départ est donné à mon groupe d’âge et le goût salé de la mer me donne des frissons de joie, la bouée qui marque le virage vers le chenal me paraît cette année moins loin et lorsque je me trouve entre les deux phares, je sais qu’il reste une longue ligne droite à parcourir sans réel besoin de regarder devant sauf à dévier, je peux donc nager en trois temps. Bientôt, la vague des hommes les plus jeunes aux bonnets roses nous rattrape, j’essaie de garder ma respiration et mon calme, ce n’est pas comme si je nageais dans le canal plein d’algues. Quand je sors de l’eau, je sais que le meilleur est à venir et, contrairement à l’année dernière, je trouve mon vélo tout de suite dans l’impressionnant parc à bolides, le temps est au beau fixe, c’est parti pour une série de faux plats sur tout le trajet, il faut relancer sans cesse, je me régale. Je ne peux pas ne pas me dire que j’aurais dû rouler davantage, retourner à Longchamp plus tôt et cesser d’appréhender les sorties vélo sur Paris sauf que la veille j’ai eu la bonne idée de m’abrutir devant un documentaire dénonçant la dangerosité de la circulation à Paris, voitures, vélos, camions et piétons confondus, sans parler de ces encombrants que sont les trottinettes. Un jour, j’irai habiter en bord de mer et je pourrai rouler directement en sortant de chez moi.

Photo : l’arrivée sous l’arche de l’Ironman 70.3 des Sables d’Olonne.

Le pain, la pomme et les poèmes #52

sur mon île aux reptiles

du vent on se protège

il faut être serpent

pour ne pas déguerpir

la morsure du soleil n’est que caresse

quand enfin cesse

la véhémence à nulle autre pareille

de ce qui nous a à l’usure

alors le soir comme la lune je me fais pâle

pour parfaire mon armure

j’invoque dieux et tourments

et danse la transe macabre

au matin j’ai mué

on y voit que du vent  

Photo : Joan Miro, « Metamorphosis », 1936.

Le pain, la pomme et les poèmes #50

l’âme est un oiseau est la mouette

elle me guette depuis le remblai

balayé par tous les rayons

de l’été son intensité

fait soleil en moi et déroule

l’escalier de sable dans mon coeur

car à chaque pas je sens mon corps

prendre le large et s’envoler

face à moi s’ouvre le chenal

comme un passage de rendez-vous

je le remonte jusqu’au bout

pour me retourner c’est au loin

le phare soudain qui apparait

il me fait la promesse du jour

tu me retrouveras en toi

je hisse la grand voile dans le port

le vent en poupe me fait grandir

et je pars loin vers un ailleurs

que tu m’as déjà inventé

accueillir la plage bras ouverts

où tout reste encore à écrire

depuis ma chambre vue sur la cour

il fait bon vivre en bord de rêve

Photo : chenal du Vendée Globe, Les Sables d’Olonne.

Le pain, la pomme et les poèmes #49

mes humeurs sont chromatiques à qui la faute si 

je sursaute de temps en temps d’un demi-ton c’est 

d’attendre intrépide qui décide de la teinte quand 

à la faveur d’un soupir j’écarlate de joie

s’il le faut je peux froncer les sourcils face à 

l’injustice comme n’importe qui elle me plonge dans 

un profond indigo je ne m’en sors qu’en 

retenant les larmes qui me brûlent à vie la vue

souvent alors je trouve refuge sur les terres du

turquoise dont je ne pratique pas la grammaire car

je risquerais d’attraper la quinte du loup et

de ne plus chanter juste au moment de la lune

Photo : Henri Matisse, « La joie de vivre », 1905