Nadège Night and Day #32

Voilà, nous y sommes, à quatre mois tout pile du Half-Ironman d’Aix-en-Provence et je stresse. Comment vais-je affronter ce Col de Cengle – rien que ce nom – et ses 486m d’altitude alors que je ne suis pas fichue encore d’avaler la Côte Saint-Laurent à Deauville, la moindre côtelette. 50km de course à pied cette semaine et d’ici demain 5000m de natation, tout ça en pure fuite. L’objectif principal, la faiblesse la plus latente tout de suite reste le vélo et je ne suis pas prête. La montagne Sainte-Victoire, autrement qu’en terme de dénivelés, je l’adore depuis la fenêtre du train ou de la voiture, elle m’annonce que nous arrivons dans le midi, sa forme est si unique. J’aime l’obsession de Paul Cézanne – j’aime toutes les obsessions de manière obsessionnelle -, à vouloir peindre la Sainte-Victoire sous tous les angles, ou plutôt en s’en approchant au fur et à mesure comme si ce massif aussi atypique que l’artiste lui-même l’avait d’abord intimidé. Elle devient non plus un décor de tableau mais un personnage de plus en plus central, aujourd’hui on dit d’un acteur tel que le trop vite disparu Gaspard Ulliel qu’il crevait l’écran, la montagne Sainte-Victoire crève la toile de toutes les œuvres de Paul Cézanne parce qu’elle raconte l’histoire de sa représentation, montagne dans la ville, un face-à-face qui me terrifie.

Nadège Night and Day #31

J’ai deux chats, Kit&Kat, et deux vélos, Spring et Storm, ce dernier, mon vélo de course, fait presque partie de ma famille de félins tellement nous nous sommes apprivoisés lui et moi, j’ai mis un temps fou à me familiariser avec lui, mon Storminou, trouver mes marques, être à l’aise. Il est parti hier soir aux cycles Laurent pour lui changer le cintre, en espérant qu’il n’y ait rien à modifier d’autre dans sa structure, le gars de l’atelier m’avait l’air plutôt confiant et rassurant. Pour parcourir les routes de la Sainte Victoire dans quatre mois, il me faudra pouvoir changer de vitesses autrement qu’en allant les chercher au bout des prolongateurs en pleine côte, jusqu’ici je n’avais pas été capable de gravir quoique ce soit sans devoir m’arrêter, trouver le pignon adapté et tenter de repartir en danseuse et en force alors que tout le monde progresse. Pourvu que je le récupère au moment où la météo nous permettra de retourner à Longchamp. J’en suis à 42km de course à pied en ce dernier jour travaillé, avec une dernière séance côtes et escaliers sur ma sacro-sainte butte Montmartre, ou plutôt une séance touristes et pavés pendant laquelle je slalome comme je peux parmi la foule qui monte et redescend du Sacré-Cœur pour trouver le meilleur spot et se prendre en photo avant de filer en terrasse dans le quartier, nous sommes plusieurs à grimper et dévaler les escaliers de la rue Foyatier et courir sur Caulaincourt. Mercredi soir, la piscine était plus bondée que jamais pour un soir en semaine, je me suis incrustée tant bien que mal parmi les vrais athlètes aux muscles saillants et au rythme frénétique, je compte récidiver d’ici quelques heures en me projetant déjà dans ce moment où je m’enfonce tête la première en apnée jusqu’à une ligne libre pour m’étirer de tout mon long et sentir les courbatures disparaître progressivement sous l’effet de l’élimination de l’acide lactique accumulé pendant l’effort et recyclé grâce à la stimulation du système vasculaire dans l’eau.

Nadège Night and Day #30

J’ai toujours aimé souhaiter leur anniversaire à minuit pile aux personnes que j’aime, elle aussi, je pensais être la seule à m’amuser à ce petit jeu et je suis surprise d’avoir ses vœux dès la première seconde de ma journée d’anniversaire, vingt-quatre heures plus tard nous éteignons ensemble la lumière à minuit pile sur une journée comme je les aime, forte et riche en émotions. Je passe devant la Timbale où je me souviens de notre dîner juste avant Noël quand elle m’avait offert par avance un premier cadeau, j’avais découvert un calendrier si particulier qu’il suffit que je le regarde comme en ce moment pour que la page de janvier m’inonde du soleil niçois. J’arrive ensuite sur la petite place Petrucciani, que je trouve très animé ce soir, il a fait beau aujourd’hui et les gens sont en terrasse, ce que je m’apprête à faire, et je traverse devant le Village où nous nous étions posées, une fois les courses pour le dîner du Nouvel An enfin faites, pour profiter d’un moment suspendu entre deux années, une petite parenthèse enchantée avant de reprendre le train, ce genre d’instant dont je me sais en le vivant que je m’en souviendrai parce que je me sens parfaitement détendue et déchargée de toute contrainte, tout objectif, enfin. Cette fois-ci, je m’installe à la Patakrep, dont la terrasse est chauffée, ça faisait trop longtemps. Je n’y ai pas mis les pieds depuis des mois, je commence tout juste à investir à nouveau cette petite place qui m’a réchauffé le cœur pendant les confinements quand j’y voyais du monde et la solidarité se déployer entre les trois cafés qui l’animent pour partager stocks et bonne humeur. Le patron vient me saluer et me parle du nouveau concept de bistrot breton qu’il veut lancer, la crêpière me raconte sa surprise devant l’affluence des derniers jours, enfin la serveuse me confirme que ça fait définitivement beaucoup trop longtemps que je n’étais plus venue m’assoir, la plupart du temps, lorsque je salue la sympathique petite équipe, c’est d’un geste, en courant. J’intercepte quelques bribes de conversation à la table d’instituteurs, ça disserte sur le protocole. Elle arrive et je ne peux m’empêcher de partager ce que j’ai entendu parce que j’ai envie de rire, elle connaît parfaitement la situation et me confirme l’absurdité de certaines situations et le niveau de saturation en terme de patience et de cohérence dans la gestion actuelle de la crise. Nous avons bientôt fait, elle et moi, le tour de cette petite place à laquelle j’inclue comme dans un seul et même village d’habitués et de têtes que l’on a plaisir à reconnaître de loin la boulangerie qui vend le pain baltique à tomber et le restaurant sicilien juste en face de chez moi. Il ne manquait plus que ce dernier pour parfaire la visite du pâté de maison en ce jour spécial, ma table préférée nous est attribuée et nous humons l’odeur généreuse et galvanisante de truffe. Nous nous régalons des assiettes d’antipasti qui nous sont servies, c’est un bonheur d’avoir tous les bienfaits de la Sicile à portée de trottoir, je suis gâtée et j’ai conscience de l’être, et encore je n’ai pas encore profité de mon gâteau d’anniversaire, moi qui ne mange jamais de gâteau, il a été tout spécialement confectionné pour moi en évitant la plupart des ingrédients que l’on met dans un gâteau, pour ne garder que le meilleur, le goût de la noisette et l’onctuosité de la pâte. Ma grand-mère faisait son gâteau aux noisettes, Nusskuchen, en incorporant autant de farine que de poudre de noisettes, son glaçage était réalisé à partir de Nesquick, quand j’y repense. Ensuite, ma mère a augmenté la proportion de noisettes par rapport à la farine et surtout remplacé le glaçage par du vrai chocolat noir, du chocolat pâtissier, à bas la poudre Nesquick. Ma sœur a fini par renverser complètement la tendance en intégrant à la recette des noisettes entières tout en réduisant toujours plus la farine et le sucre, sans parler du beurre, grand absent. Je parviens même à dénicher des bougies d’anniversaire et à les souffler, comme quand j’étais petite, et je fais un vœu, celui que je fais à chaque occasion de me souhaiter que tout cela dure.

Nadège Night and Day #29

Mieux que samedi ! Moi qui croyais à un miracle ponctuel, ce genre de bon moment dont on se souvient longtemps mais qu’il n’est pas possible de reproduire de manière intentionnelle, après une journée de repos sans courir, je retourne sur mon premier stade avec les mêmes sensations. Je cours mon premier kilomètre vers le stade qui n’est pas accaparé par les classes scolaires, mon impression est d’avoir parfaitement bien récupéré de la semaine dernière, aucune douleur, la douleur a tellement fait partie de la course depuis trois ans que je crois vivre un vrai miracle, et j’enchaîne les tours à nouveau sans essoufflement ni perte de vitesse, mieux je trouve à nouveau un rythme et une foulée qui m’emportent comme si j’avais le droit de hurler très fort. Je cours à perdre haleine sauf que je pourrais courir ainsi sur des kilomètres et des kilomètres, les cinq premiers passent sans que je m’en rende compte et je quitte le stade boucler ma boucle. J’ai fini la semaine sur 12km, si je commence ici sur la même distance, est-ce de bonne augure ? Dans cinq jours, samedi 22 donc, nous serons à quatre mois de l’Ironman 70.3 d’Aix-en-Provence, ma priorité est de sortir le vélo le plus rapidement possible, je passe ma journée à consulter la météo en espérant profiter d’une accalmie dans cet hiver froid et humide, j’attends. Les températures s’adoucissent, je vois des dizaines de cyclistes dehors alors pourquoi pas moi, pourquoi je ne retourne pas à Molitor tôt le matin ou à l’hippodrome de Longchamp le soir, peut-être que ce n’est pas le bon moment encore comme ça l’est pour la course à pied ou alors je devrais profiter de ces quelques jours avant que le soleil ne se couche après 18h et ne se lève avant 8h pour corriger les défauts que je sens dans ma natation, chaque chose en son temps. Retournons nager pendant que les autres n’y sont pas et profitons de ces lignes désertées que je regretterai bien assez tôt lorsque le soleil inondera cet espace et les transats peuplés de monde. Et parions que je suis capable de m’offrir un triathlon maison pour ma semaine d’anniversaire.

Nadège Night and Day #28

Je décide d’aller à Molitor un dimanche midi, chose que j’ai toujours voulu éviter, et pour cause. Les vestiaires sont envahis non pas de méduses mais de pingouins, des femmes en peignoirs qui font presque la queue pour utiliser les cabines, elles semblent toutes se connaitre par corps, sans doute le groupe du cours de fitness-abdodado-ventriculite, je me change direct devant elles. Dans le bassin, je choisis une ligne déjà occupée par un nageur en crawl, deux types arrivent avec leur planche et pataugent comment des gamins en bavassant, ici aussi je me faufile direct. Les deux crétins occupent toujours la ligne avec leur planche qui les empêchent de couler, heureusement la méduse dont je découvre la couleur rose de jour me donne du baume au cœur, je slalome comme je peux sur un peu plus d’un kilomètre, sans parvenir à me réchauffer, retour au vestiaire, j’aurais couru 43km cette semaine et nagé 5km, je ferai mieux dès demain, ou pas, pourvu que je croise encore cette méduse qui met du rose dans la grisaille passagère de janvier.

Nadège Night and Day #27

Après deux séances de fractionné court sur 5km et trois séances de fractionné long sur 7km cette semaine, je me rends compte sans surprise aucune que ce retour sur la piste de mes stades fait un bien fou à mes articulations, moins sollicitées que sur le bitume, je retrouve mes marques. Quoi de mieux en ce samedi travaillé que de faire le tour de mes trois stades en mode tranquille pour assurer une petite sortie longue à l’heure de la pause déjeuner, dans l’attente du week-end. Je sors à 13h en me disant que je vais forcément traîner de la patte, 6 jours travaillés, 6e séance. Or il se passe quelque chose d’improbable dès le moment où je sors et que le soleil m’inonde, dès le premier kilomètre vers le stade de 300m je sens une énergie nouvelle me transporter et surtout, je ne sens pas cette fatigue chronique au niveau du bassin, comme si les semelles que je porte maintenant depuis deux ans sur différentes chaussures faisaient effet enfin pour apaiser et que, sans m’en rendre compte jusqu’ici, j’avais adopté une posture de course plus efficace. J’arrive au premier stade pour y courir trois kilomètres et je trouve un nouveau souffle de suite, aucun besoin d’ajustement, je me surprends en train de sourire en courant, je n’y crois pas, tellement pas, je retrouve les sensations d’il y a trois ans, lorsque je courrais comme une fusée. Dommage que je sois de corvée aujourd’hui, j’aimerais courir ainsi tout l’après-midi jusqu’à l’épuisement totale, la sensation me renvoie à des souvenirs de course poursuite jusqu’au bout. Je sors du premier stade en me disant qu’au prochain stade, dans un kilomètre, la magie finira. Le soleil m’accompagne toujours et c’est un bonheur de sentir sa chaleur me ressourcer ainsi, j’arrive au stade de 400m en plein match de rugby, je prends tous les encouragements pour moi, c’est toujours moi qui suis en train de pousser la foulée pour qu’elle reste sous les 5mn/km et je ne sens toujours aucun signe ni d’essoufflement ou de douleur, je dois actualiser mon profil, je ne souffre plus en courant, je peux même sortir de ma zone de confort et accélérer encore. Non seulement la surprise de cette énergie soudaine et salvatrice me grise, mais surtout la perspective d’aller au bout de cette sortie pure plaisir en prenant conscience de ce changement me rend légère, j’en arrive à penser qu’il faudrait que je me pèse à la piscine ce soir pour voir. Je continue à tourner sur le stade comme si j’écoutais une chanson en boucle et que je ne voulais surtout pas que le disque vinyle cesse de jouer, j’entends Kungs, Lipstick dans mes écouteurs. Il va bien y avoir un moment où je vais flancher, me dis-je en sortant du stade à grand regret.  J’embraie sur le prochain, le dernier petit stade tout rempli de monde sur la rue Championnet, et je me rends compte dans mon euphorie, sans doute je regarde trop de séries en ce moment, que tous les feux sont au vert lorsque j’arrive pour traverser, j’ai décidé de ne pas m’arrêter, j’escalade le faux-plat vers la butte et j’arrive sur la piste de 250m, je reste ici sur l’extérieur, je ne regarde plus l’heure, aucune contrainte ne pèse plus sur moi, je suis libre et heureuse ici. Maintenant, j’en suis à 11km et il est temps de rentrer sur le dernier kilomètre qui me sépare de chez moi, j’ai couru 4km sur le premier stade, 3km sur le deuxième et ici 2km, un kilomètre sépare très exactement chaque stade l’un de l’autre, je vis à un kilomètre des deux plus proches. J’aime les boucles qui se ferment, les comptes qui tombent juste et les choses qui font signe, forcément cette sortie me parle comme une petite voix qui m’encouragerait à croire en moi. J’arrive devant ma porte quand ma montre sonne le douzième kilomètre. Vive la saison 2022 !

Nadège Night and Day #26

Tout commence par la mesure, tout finit par la mesure. J’en suis à deux heures tout juste d’entraînement, une heure et cinquante-neuf minutes très précisément, après ma course jeudi midi, tout en bas du classement de mon club, en dixième position alors que le premier caracole en tête avec seulement quatre heures de triple effort en milieu de semaine, je me maintiens avec peine en troisième position du Paris Sport Club dans le classement français virtuel Ironman. C’est le froid qui me retient de partir le matin par des températures négatives à vélo alors que d’autres le font, je mesure ma faiblesse en me comparant à d’autres cyclistes dans la ville en pleine journée, d’une part cela ne m’aide pas à me hisser en selle, d’autre part il fait déjà jour. Restons centrée sur nos propres objectifs et au-moins motivons-nous à aller nager pour doubler l’effort, quitte à se faire un peu violence en fin d’une longue journée, je me promets la détente. Une fois sur place, non seulement la promesse est tenue, mais elle s’accompagne d’une surprise. Une méduse géante et éclairée de spots roses surplombe le bassin extérieur et lui donne une magie exceptionnelle et unique, l’eau fume plus que jamais au contact de l’air glacé, je reste figée devant le spectacle une minute avant de m’enfoncer dans l’eau, je n’y vois pas à un mètre. Les sensations sont agréables et à chaque mouvement de crawl, la méduse apparaît figée dans les airs, comme suspendue à une nuit éternelle, tout mon corps s’étire et se détend sous l’eau. Cette année, pour la première fois en dix ans, j’ai croisé des méduses dans la baie de Tinos, j’ai appris qu’elles apparaissent en suivant un cycle de sept, effectivement j’étais à New York l’année où, selon cette logique, j’aurais pu les croiser une première fois, comme à Nice ou aux Sables d’Olonne, et je me plais à croire que le corps humain suit lui aussi un cycle énergétique, qui respecte des phases plus dynamiques et d’autres où le repos est de mise, je suis une méduse.

Nadège Night and Day #25

Trois années séparent cette photo de la précédente, prise sur la place Masséna au cœur de Nice. Trois années et trois confinements, je porte la même tenue du club, les chaussures ont changé, et tellement d’autres choses aussi que je m’amuse à regarder ces deux photos en les comparant. Sur la première, j’ai rejoint le club des Front Runners de Paris depuis à peine six mois, j’ai couru et gagné ma médaille d’or au marathon des Gay Games, supportée par la coach Delphine, je suis partie courir le marathon d’Athènes en novembre et j’ai rencontré Pascal en devenant bénévole pour la course de la Saint-Valentin comme lui, nous avons partagé la même chambre, les mêmes délires, et j’en suis à progresser sur les courses de 10km d’une minute chaque fois. Un mois plus tard, je cours les 5km en duo avec Chloé sans plaisir mais avec un podium, puis je découvre enfin le triathlon à l’occasion du Super Sprint organisé par Athletic Cœur de Fond. Sur la deuxième photo, j’ai rejoint ACF depuis ce premier triathlon XS au mois de mars 2019, je m’entraîne en tant que triathlète et j’ai à mon actif trois triathlons longue distance en 2021, mais par-dessus tout je suis venue passer un week-end en amoureuses avec ma coureuse hors-pair dont je partage la passion, les résultats, le moindre entraînement pour s’encourager à deux. Je prends du plaisir dans tout ce que je fais, un plaisir fou à chaque fois, je m’estime chanceuse, tellement heureuse d’avoir trouvé cette personne qui respire la même joie, ce bel enthousiasme. Peut-être me fallait-il patienter ces trois longues années avant de la rencontrer, ne serait-ce que pour attirer son attention enfin et me montrer plus rassurante, c’est qu’elle me donne envie de l’être chaque jour un peu plus et de devenir cette meilleure part de moi vers laquelle je tends. C’est forte d’un élan nouveau et de souvenirs ensoleillés par milliers que je retourne sur la piste dès lundi midi, lendemain de notre sortie sur les collines de Nice avec les trois clubs réunis, et parce que nous avons couru ensemble dans mon stade de 300m je choisis d’y retourner pour une séance de fractionné de plus en plus court, je me sens en forme plus que jamais, transportée. Le lendemain, je double la distance d’échauffement pour courir jusqu’au stade de 400m prête à m’essouffler sur un fractionné long, le vigil à l’entrée m’informe que j’ai un quart d’heure seulement avant l’arrivée des scolaires, c’est parfait pour assurer la séance de 3x1000m à fond. Et puisque j’ai déjà visité deux de mes trois stades, je profite de la séance relax du mercredi pour m’entraîner sur le petit stade de la rue Championnet avec son église et ses arbres, il fait 250m et contrairement à ma séance de la veille, seule sur la piste, je suis entourée d’une dizaine de coureurs et d’un public de parents venus assister à l’entraînement de foot de leur progéniture, l’ambiance est printanière, ou alors c’est l’été dans ma tête qui se dilue dans la météo hivernale. Un mois tout pile que je ne suis pas retournée à la chorale, depuis le week-end au château de Presles, nous avons logiquement gagné une demi-heure d’ensoleillement depuis donc et le chat dans ma gorge s’est dissipé, nous chantons Over the Rainbow pendant quasi toute la répétition. Il ne me reste plus qu’à honorer ma première séance de natation pour me laisser glisser vers la fin de la semaine et le timide retour du soleil sur la capitale pour y adoucir les températures.

Nadège Night and Day #24

Nous retournons sur les hauteurs de Nice dès le lendemain matin pour la sortie longue du club. Le rendez-vous est donné à 10h place Masséna pour la traditionnelle photo de groupe en tenue, pour une course annulée nous sommes plus nombreux encore qu’il y a trois ans, même date. Moi qui posais la question la veille de savoir ce qu’il y avait après le vieux port, la réponse m’est donnée dès les premiers kilomètres sur lesquels les Front Runners de Nice nous emmènent courir à flanc de falaises, juste au-dessus de la mer, le paysage côtier est sublime. Nous quittons la ville et son animation après une autre photo de groupe, nous sommes si beaux, je me sens beaucoup plus en forme que la veille, je ne sais pas encore que la sortie sera bien plus exigeante qu’une course de 10km sur la Promenade, j’y vais d’une foulée sereine et après tout, j’ai été couronnée Reine la veille au soir pendant la dégustation de notre toute petite couronne aux fruits confits, autre spécialité de Nice, plus rien ne peut m’échapper, il faut foncer. Le groupe progresse en file indienne sur le sentier côtier avant d’escalader la centaine de marches, nous voici au début de la route qui mène au parc du Mont Boron au milieu de la pinède, la vue se dégage sur le Cap Ferrat et sur la rade de Villefranche, le spectacle est unique. Nous atteignons le fort du Mont Alban pour une photo victorieuse avant de faire le tour de la bâtisse, puis redescendre vers Castel plage, elle a pris des couleurs comme une fleur qui éclot.

Nadège Night and Day #23

Nadège propose d’inviter Annie à diner dans notre appartement le lendemain, samedi soir, c’est une excellente idée entre deux courses, la Prom’Classic que nous avons décidé de faire en off et la sortie longue du club prévue dimanche matin dans les collines de Nice, il faudra juste faire les courses entre les deux courses, la balade dans le vieux port et la visite obligée du château. Nous courons la Prom’Classic le samedi matin à 10h sous un soleil toujours aussi enthousiaste, un mauvais rhume que je traine depuis le début de la semaine m’empêche au début de profiter d’un élan digne de cette belle et large avenue, je commence à me sentir plus à l’aise une fois les bronches dégagées sur le retour vers le Cours Saleya où le marché aux fleurs et aux légumes nous attend, le soleil prend toute la place dans le ciel, la mer éclatante, je nous prends en photo. Les étals du marché rivalisent de légumes et fruits issus de petites productions locales, de souvenirs et de senteurs de lavande, de sourires du midi et de bonne humeur, j’aimerais faire plaisir à tout le monde sauf que nous n’avons toujours pas trouvé notre menu, place à l’inspiration, deux petits bouquets d’artichauts et un autre d’oignons verts, une belle batavia et des avocats, trois belles pommes et je craque pour la petite barquette de framboises et myrtilles. Il nous manque le poisson que nous pensons trouver dans le vieux port, ce sera un poulet rôti. Elle choisit un pain encore plus spécial que les bières artisanales de la veille et nous profitons d’un brunch riche et réconfortant après cette première sortie course à pied du week-end. Nous ne sommes pas les seules à avoir couru la Prom’Classic en off, les trois coureurs du train l’ont également fait en mode footing et l’organisation a mis en place à partir du dimanche un 10km connecté pour consoler ceux qui seraient tristes de ne pas avoir reçu leur médaille de finisher. Je découvre à nouveau le vieux port dont une partie est joliment ensoleillée, les gens y déjeunent en regardant les quelques voiliers de sortie, elle prend en photo de très jolies petites barques. Aucun poissonnier en vue, nous les verrons le lendemain matin lors de la sortie longue, il faut arriver un peu plus tôt pour trouver les pêcheurs à la descente de leur barque, comme à Tinos. Nous poursuivons donc notre escapade touristique vers le château pour profiter d’une vue panoramique sur la baie des Anges, c’est incroyable comme le ressac des vagues sur la plage de galets nous parvient d’en bas, la ville s’offre à nous entourée de ses collines aux dénivelés qui font la joie des nombreux cyclistes et autres adeptes du plus célèbre Ironman en France. Pourvu que je sois un jour à la hauteur de la côte de Vence pour m’aligner moi aussi sur Nice.