Tout est plus doux depuis le retour de l’île, courir sans s’écharper contre la violence du vent, nager sans se noyer quand les déferlantes vous poussant à voir le grand bleu d’un peu plus près, même rouler dans la circulation parisienne me paraît civilisé sans les camions et le ravin voisin. Ce que j’ai préféré par-dessus tout là-bas, bien plus que courir nager ou rouler, c’était de trotter pendant trois quatre heures, tous les deux jours, par des sentiers escarpés plutôt très bien balisés. J’étais seule parmi des troupeaux de biquettes sauvages, abandonnée aux figuiers et à mes rêveries et je ne pouvais compter que sur moi, me faire des frayeurs aussi sans perdre la face, et surtout profiter de paysages renversants de beautés, bouleversants comme il n’est pas possible d’en voir sur le littoral, particulièrement après une marche difficile, quand l’étonnement est là. Ce bonheur toutes ces heures de n’être plus connectée à rien ni personne sauf à soi, à l’instinct. Impossible d’être seule au stade, pourtant lorsque je m’élance ce matin après huit heures, il n’y a personne d’autre sur la piste, mais les ouvriers œuvrent pour les Jeux Olympiques et les gardiens à l’entrée font des aller-retours de l’intérieur vers l’extérieur pour faire quelque chose, et c’est pire encore lorsque j’enfourche le vélo juste après pour rouler vers Molitor en empruntant pourtant les quais de Seine pour éviter le grondement autour de l’Arc-de-Triomphe. Mes escapades sauvages ont dû payer parce que j’ai un coup de pédale efficace et sans forcer. Molitor, il fallait oser s’y aventurer un mercredi en plein mois d’août, je me vois repartir en courant mais j’en profite quand même pour récupérer une grande serviette bleue et blanche offerte à tous les adhérents, la responsable de l’accueil s’étonne que je ne l’ai pas déjà prise, vous savez la plupart de nos clients se sont rués début juillet pour l’avoir – ah oui, oui mais non. Comme prévu, le bassin d’été ressemble à un centre commercial immergé dans ce qui devait ressembler à une piscine il y a encore deux saisons, quand j’y nage en plein hiver et ça date, mais dans laquelle il n’est en l’état pas possible d’effectuer un mouvement qui serait de la nage. Je m’approche en deux pièces du bassin d’hiver, je ne trouve plus mon maillot une pièce et après tout c’est encore les vacances, miracle une ligne n’est pas prise, celle du milieu, j’y vais. Impossible tout de même de nager seule, je suis cernée de gens en maillot de bain (est-ce qu’ici aussi l’habit fait le moine ? Pas sûr) allongés sur des transats, oui dans le bassin d’hiver fermé, qu’est-ce que tu as prévu de faire de beau toi, mercredi ? Oh, faire la sieste en maillot à Molitor. Comme si la première vague allait déjà m’emporter vers la rive d’où je tente de m’éloigner, mes mouvements sont plus amples, moins précipités, c’est flagrant comme de crier trop fort, forcément le plaisir s’en trouve décuplé par une sensation de glisse qui porte plus loin en moins de mouvements, je ne vois pas passer les 1500m, j’aurais pu continuer si je n’avais pas si faim. Premier triathlon maison de la rentrée en ajoutant à la natation les 30km de vélo, 7km de course, les figues en ravitaillement naturel et immédiat m’auront cruellement manqué aujourd’hui.

Photo : Henri Matisse, "Nu bleu, la grenouille", 1952.

6 réflexions sur “Vichy #9

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