J-7. La première sortie après la séance d’ostéo ne s’est pas trop mal passée, j’ai fait la tournée en solitaire de mes trois stades en dix kilomètres et les sensations sont plutôt bonnes. Je n’oublie pas que j’ai commencé à courir seule, à jeun et tous les matins il y a quelques années, c’est toujours un réel plaisir de retourner sur mes propres traces, regarder le parcours. Ces trois stades, je les ai connus sous la neige et transformés en patinoire le jour de mon anniversaire alors que je m’offrais un vingt kilomètres, la plupart du temps j’y ai vu le soleil se lever, j’ai également assisté à de jolies lumières déclinantes, j’ai fait les ouvertures et les fermetures et calé ma routine sur ces horaires jusqu’à avoir l’impression de tourner en rond. C’est alors que j’ai décidé de rejoindre un groupe et suivre un réel entraînement avec d’autres, quitte à m’exporter à l’autre bout de la ville et passer autant de temps dans les transports que sur la piste, pourvu que les conseils payent, la stimulation collective favorise le dépassement. Sauf que depuis un mois, je me sens nettement régresser, à la fois j’ai conscience d’enchaîner deux marathons à trois mois d’intervalle, mais j’ai l’impression de n’avoir fait que me ménager, privilégier la récupération plutôt que l’intensification des séances qui se suivent, tandis que je perds de l’avance. Certes, je m’en suis à peu près sortie de mes 20km tout en redoutant en fin de parcours la paralysie au niveau de l’ischio. Et certes, je me souviens avoir ressentie la même lassitude, comme un abattement sur fond d’inquiétude, un étrange mélange, deux jours tout juste avant de courir le marathon en août, avant de me réveiller comme par miracle en meilleure forme le jour dit, je n’y croyais plus et j’ai retrouvé espoir sur le départ. Seul point commun entre ces deux dates, ma tenue aux couleurs du groupe, comme si ce qui dépassait ma petite personne me permettait de porter plus loin ma foulée, mon propre horizon. La différence avec ces deux repères, et elle est notoire, c’est que malgré la douleur ou la seule appréhension de la douleur, j’ai pu continuer à courir et si je me suis arrêter, c’est que la tête ne suivait plus, le corps pouvait encore. J’ai couru mon premier marathon quasi sur fracture. Au contraire, la douleur n’intervient plus désormais comme une information presque accessoire en pleine course, aucune course ne se fait sans douleur, elle m’empêche de courir. Le nerf vient bloquer tout le haut de la cuisse gauche, freine la mobilité et verrouille tout, jusqu’à m’immobiliser sur place, si je me mets à marcher c’est pour mieux me sentir coincée, jamais je n’avais encore senti pareille impossibilité dans mes mouvements, une prise en otage. C’est exactement ce qu’il se passe le dimanche lorsque je retrouve le groupe, malgré un échauffement en règle, un rythme mesuré et une distance relative, dès l’approche du douzième kilomètre je sais que je n’irai pas plus loin. Je m’arrête aux Tuileries pour effectuer les étirements prescrits par l’osteo, quadri, psoas. Le soleil brille haut, les enfants jouent partout. Envie de hurler.

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