Il se trouve que je regardais l’adaptation de l’Amie prodigieuse d’Elena Ferrante, je me souvenais de la scène sur l’île d’Ischia pour l’avoir lue avec plaisir, celle où la narratrice entre dans la mer malgré ses appréhensions et réticences au début du séjour, elle préfère passer ses journées à écrire des lettres à son amie plutôt qu’aller se baigner, parce qu’elle ne se souvient pas d’avoir appris à nager, comme sa mère le lui affirme. Sauf que d’un coup, le corps se rappelle les réflexes acquis et la voilà qui fait ses premiers mouvements de brasse en se délectant de sensations nouvelles de bien-être physique, elle qui était plutôt mal dans son corps. On la voit plus tard nager le crawl. Peut-être que la natation se prête mieux que toute autre activité physique à un exercice matinal parce qu’elle renoue avec notre première sensation physique avant le monde. Nous savons tous nager à la naissance, ou plutôt nous avons tous un réflexe d’apnée. Avant même de savoir marcher courir et tenir en équilibre sur deux roues, nous savons comment agiter les bras et les pieds dans l’eau pour rester à la surface et une fois la tête sous l’eau, nous retenons notre souffle et parfois ouvrons grand les yeux, naturellement. Sans doute le plaisir de me retrouver dans l’eau quelques minutes après 7h du matin, alors que mon esprit non encore caféiné et encore embrumé peine à sortir de la nuit, s’explique par ce retour aux réflexes innés, à peu de chose près je n’ai rien à faire. Pourtant lorsque je me retrouve dans ma ligne cernée par des nageurs en mode papillon, là oui je prends conscience qu’il me faut fournir un effort pour garder un certain rythme. Mon corps endolori se rappelle des efforts de la veille et tracte le poids du sommeil. Mais une fois la séance achevée, je serai alors plus à même d’affronter la course à pied, comme si ce retour aux origines m’avait permis de me ressourcer, me connecter à moi. En cela, ce que j’appelle mon triathlon Maison, comme d’autres font leur pain chez eux, à savoir le triple effort décliné sur une journée entière, non seulement me permet chaque jour et quand bien même j’exploiterais le même tracé, de découvrir une nouvelle facette de mon quartier de Clignancourt aux mille et un charmes, mais j’ai aussi l’impression de renaître tous les matins en me projetant dans un nouvel effort chaque fois, comme une évolution de ma condition humaine depuis le réflexe de flotter jusqu’à l’endurance et la recherche d’une performance liée à la vitesse et à la technique, ma lacune en vélo, en passant par la course à pied et ce réflexe primaire de courir de toutes mes forces, sauf qu’il me faut durer et réguler l’effort pour durer plus longtemps encore, rester en vie. Souvent la dernière étape à vélo me fait défaut parce qu’elle me demande d’acquérir une puissance et la technique que je n’ai pas, cette abominable réticence à l’apprentissage. Mais je garde l’image du triple effort comme ce qui pousse chacun à grimper des cols.

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